Les Vaux et Durbon
Le monastère de Durbon fut fondé par Dom Lazare, disciple de Saint
Bruno, en 1116, sur le territoire de Saint Julien en Bochaine, à quelques kilomètres au
nord ouest des Vaux.
Les chartes de
Durbon sont précieuses pour connaître l'évolution du monastère qui se lança très
rapidement dans une politique d'acquisition pour agrandir son domaine forestier, ses
pâturages et ses terres.
C'est ainsi que vers 1180-1200, l'évêque de Gap, dans une charte,
accorda à la chartreuse l'autorisation d'acquérir des propriétés dans le mandement de
Vaux, terroir de Montmaur (1). L'évêque de Gap interviendra encore à la fin du XIIème
siècle en confirmant la donation que « noble Artaud et ses hoirs » avaient
faite à Durbon des propriétés de Vaux.
Le monastère s'est immédiatement heurté aux seigneurs locaux ;
les démêlés parfois sanglants avec les Montauban dans les années 1300, puis 1500, ont
marqué l'histoire. Mais les chartreux de Durbon et les nobles s'affrontaient pour asseoir
leur autorité et engranger des revenus. Quant aux habitants des Vaux, ils jugeaient ainsi
la présence des moines :
On comprend mieux les « malheureux habitants des Vaux » qui
concluaient :
ou encore :
C'est en 1245 que GARNIER, prieur de la Chartreuse, cède la chapelle de
sainte Philomène au prieur de Montmaur en échange des dîmes du territoire de Vaux. A
cette époque le domaine des chartreux comprend, entre autres, le Grand Vaux, le Petit Vaux et la montagne de
Tombarel. Mais, la délimitation des domaines n'est pas très précise dans les
actes ; et c'est ainsi que la terre des Vaux opposa pendant plus de cinq siècles les
chartreux et les habitants, sans parler des seigneurs. Les droits de ramasser du bois
(bûcherage), de mener paître les troupeaux (paquerage) et de cultiver les terres furent
à l'origine de multiples conflits et procès dont la liste est interminable. La
chartreuse de Durbon et les communautés de Montmaur et Veynes se sont fait une guerre
juridique sans merci pour les Vaux.
Le 15 juillet 1322, Humbert TAPAREL, notaire à Veynes, se déplaça
jusqu'aux Vaux pour faire entendre la sentence de trois sages : le territoire des
Vaux dépendait de Durbon et il fallait payer la dîme aux chartreux (2). Le calme ne
revint pas pour autant ; des années et des siècles de conflits s'écouleront encore
et ce n'est qu'après la Révolution, lors de la vente de Durbon, en avril 1791, que Le
Petit Vaux et Tombarel échurent à Veynes et le Grand Vaux à Montmaur
« La passion d'augmenter ses revenus était entrée dans la maison
de Durbon » écrivait la communauté de Montmaur.
Les bâtiments de Durbon aux Vaux
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Au Grand Vaux les chartreux possédaient une grange
(3), toujours existante, et une seyte : scierie située au bord de l'eau qui
fournissait l'énergie. La scierie produisait le bois à l'usage local des chartreux. La
scie aujourd'hui visible dans la grange du Grand Vaux en est la lointaine descendante.
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Le mur de la grange du Grand Vaux porte encore la marque
de la Chartreuse de Durbon : un globe surmonté de la croix tréflée. |
 le symbole
actuel de l'ordre |
La vingtaine de religieux et de frères de la chartreuse a besoin de
revenus pour assurer sa vie matérielle : bâtiments, vêtements, nourriture,
chauffage,
objets du culte, livres religieux,
soins,
sans parler de celle des nombreuses personnes qui séjournent au monastère : hôtes,
pèlerins et mendiants, hommes d'affaires, artisans, médecins et chirurgiens-barbiers,
Ces revenus proviennent du vaste domaine agricole et forestier de Durbon.
Mais il n'est pas question pour les religieux d'exploiter directement ce
domaine qui est arrenté [loué] par des rentiers [locataires] qui signent un arrentement
[contrat] avec le monastère. La grange du Grand Vaux était une composante essentielle du
domaine. Les zones fraîches et humides du vallon des Vaux sont propices à la culture et
aux prairies ; cependant, les précipitations sont irrégulières et certaines zones,
près du Petit Vaux, sont marécageuses car mal drainées. Plus de quarante hectares de
jardins, prés et terres, entre 1 000 et 1 500 mètres d'altitude, composaient le domaine
des Vaux.
Les chartes de Durbon permettent de suivre l'histoire de la grange du
Grand Vaux (4). En voici quelques épisodes :
Dès 1203, les chartes mentionnent déjà la grange de Vaux.
Le plus ancien arrentement remonte à 1347 ; le dernier date du 6
avril 1762. Les rentiers s'appellent METALLIER, BERMOND, JEAN, GARCIN, ODDOU, LAURENS,
ROBERT, LIOTARD,
L'arrentement de 1537 de Jehan MARCHAND décrit
minutieusement les divers types de terres, de cultures, d'arbres, d'animaux, de fromages,
de bâtiments, ainsi que les soins qui doivent leur être apportés, l'état des lieux au
début du contrat et les conditions de restitution, ainsi que les redevances et
rémunérations du rentier. On y trouve la mention :
En 1595, le procureur de Durbon écrit :
L'arrentement du 25 février 1597 donne la description de l'actuelle
grange de Vaux. En effet, les rentiers, André et Pierre BERMOND, doivent « faire
réédifier et construire la maison dudit Vaux à présent ruinée ». Le bâtiment
à construire est décrit dans un texte de plus de cent vingt lignes qui inclut la
rémunération et les obligations des rentiers.
En 1620, le prieur Dom Edmond MARTIN écrit :
Un four vient d'y être construit, sans doute celui qui existe encore de
nos jours face à la grange.
En mars 1622, les soldats de MONTFORT, lieutenant de MONTBRUN,
général huguenot, s'emparent du blé stocké à la grange des Vaux.
En 1631, la rente de 250 livres ne peut être payée :
L'arrentement de Vaux en 1643 décrit les diverses pièces de la
grange : la chambre où on demeure, la chambre de la voûte de dessous, la chambre du
galetas, les étables, le gas [bergerie ou parc], le four. Toutes ces pièces existent
encore au Grand Vaux. Une grange annexe est édifiée en 1655 au col de la Souchière. Une
chapelle « qui jouxte la grange de Vaux » est mentionnée en 1691, mais ne
peut être située aujourd'hui.
En 1729, Vaux apporte le revenu le plus élevé parmi la quinzaine
d'établissements du domaine du monastère : 1 282 livres, soit 16% du montant total.
Le dernier habitant du Grand Vaux est mort à la fin des années 1990.
Solitaire, il y vivait dans des conditions d'un autre âge.
Les habitants des Vaux et la religion
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Les griefs des habitants des Vaux à l'égard des
chartreux de Durbon étaient nombreux et leur rancur était vive. Malgré cela, les
habitants des Vaux gardaient un attachement profond pour la religion catholique. Au XVIIème
siècle, les huguenots étaient nombreux à Veynes, essentiellement dans la noblesse et
les classes moyennes (notaires, apothicaires, marchands,
) ; il y en avait
très peu dans le village de Montmaur, il n'y en avait pas aux Vaux. Reportons-nous à la
« Réponse de la Communauté des Vaux du 11 avril 1789 » : |
Le baptême de la cloche du Petit Vaux.
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Nous soussigné, Jean Joseph POUILLARD, ancien curé et
archiprêtre d'Aspres les Veynes, bachelier en sainte Théologie et aujourd'hui curé de
Montmaur, certifie avoir béni la cloche de la chapelle du Petit Vaux dit Tombarel (que je
dessers caritate pastorali) suivant le rituel et pontifical romain par permission de
monsieur PUGET vicaire général du diocèse assisté de Mr CHEVALIER, mon secondaire, le
vingt septembre [vers 1770], jour de St Arnoulx et lui ay imposé le nom de Marie
Sauveterre, la parrein Arnoulx METALLIER, la marreine Marie MAURIN du dit hameau ; en
foy de ce J. POUILLARD, curé de la baronnie de Montmaur [le parrain, la marraine et le
curé ont signé]. |
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- Un mandement était une division administrative avec un châtelain seigneurial à sa
tête. Mais selon le Dictionnaire topographique de ROMAN, dans la région on ne connaît
que les mandements de Montmaur et de Veynes.
- Christine ROUX, Histoire de Veynes, Société d'Etudes des Hautes Alpes.
- Les "granges" étaient utilisées soit pour y entasser le foin nécessaire aux
troupeaux descendus de la montagne, soit en été, dans les hauts pâturages, pour abriter
les bergers qui surveillaient les bêtes et fabriquaient le fromage. Plus importantes que
les chalets modernes, ces granges comprenaient d'ailleurs plusieurs batiments dont le
principal était la fromagerie. Très souvent des cultures s'étendirent autour d'elles
; plusieurs devinrent d'importantes exploitations agricoles. Thérèse SCLAPERT, Le
Haut Dauphiné au moyen âge, S.A. du Recueil Sirey Ed., Paris, 1926.
- L'ouvrage de M. Pierre JACQUES LE SEIGNEUR, L'Ordre des Chartreux dans le Diocèse de
Gap, a été publié en 2004 dans la collection Analecta Cartusiana. Plus de 450 pages
sont consacrées aux chartreuses de Durbon et Bertaud. Cet ouvrage a permis la rédaction
du présent résumé de l'histoire de la grange du Grand Vaux.
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