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M. J. ROMAN a réalisé l'inventaire et l'analyse des documents du moyen âge relatifs au Haut Dauphiné depuis l'an 561 jusqu'en 1500 (1). [tiré des chartes de Bertaud : Les limites assignées à Bertaud lors de la donation du
29 septembre 1188 par Adélaïde, femme d'Arnaud Flotte et ses fils,
Arnaud, Raymond, Raimbaud et Mainfroid, sont : la montagne de Moissière (Muscheria),
les cols de Loubet (lupetum), de Folliculus, de Pentacochium (Petra Cucha)
ou Pierre-Pointue, le mont Aurouse (Aurosam), et les territoires de
Chaudun (Caudumi) et de Rabou. Nous apprenons ainsi que le domaine des Sauvas comme les terres de Rabioux appartenaient aux chartreusines de Berthaud et que celles-ci en partageaient les dîmes avec le prieur de Montmaur. Non sans contestation, comme le montre le document du 17 mars 1266 :
Cependant, les Chartreusines ne semblent pas posséder tous les Sauvas car le jugement du 22 mai 1277 concerne Arnoul Régalis, de Montmaur, propriétaires aux Sauvas et le monastère de Durbon :
Ce jugement semble montrer que le partage du territoire entre les deux monastères de part et d'autre de la Béoux, limite fixée le 12 avril 1245 par l'évêque de Gap, n'était pas toujours respecté. Il semble qu'il s'agit là d'une enclave du monastère de Durbon à l'intérieur des biens des chartreusines du couvent de Berthaud. Malgré tout, au cours du temps et achat après achat, tous les Sauvas deviennent propriété du monastère de Berthaut. le 25 mai 1277 :
le 24 octobre 1277 :
le 11 mai 1293 :
le 25 janvier 1294 :
Toutes ces ventes de terrain montrent combien, à cette époque, les terres sont morcelées. Dans la région, certaines ventes ont lieu contre un fromage ; même si les fromages étaient alors de grosses pièces d'environ 1,5 kg, ce prix de vente témoigne de la petitesse de la parcelle. Ce que souligne Roman lorsqu'il écrit (2):
En augmentant leurs propriétés, terre après terre, achat après achat, les deux chartreuses s'opposent à leur manière au morcellement des terres. Cependant, la peste noire qui, au mois de décembre 1347, avait pénétré en Provence, gagna Avignon en Janvier et, se répandant en Dauphiné, y exerça pendant l'année 1348 les plus affreux ravages (3). Du fait des morts en grand nombre, les travaux des champs ne sont plus exécutés, la famine s'installe et les survivants cherchent des boucs émissaires (4):
Pendant les années suivantes, s'ajoutent à la pandémie des guerres et des inondations qui ravagent le pays. A Champoléon, par exemple, les pertes humaines sont telles que, le 11 juin 1352, le Dauphin consent par lettre à diminuer les redevances des habitants :
L'économie de la région est désorganisée pour de nombreuses années, plus personne ne paie les redevances et les dîmes. Ainsi, le 18 Août 1395, une transaction a lieu entre Laurent Amat, procureur de la chartreuse de Berthaud, et Bertrand Amat, de Montmaur, procureur de Guillaume Gautier, prieur de Montmaur, à propos de 40 setiers de blé, 20 d'annone et 20 de petits grains que les dames de Berthaud devaient au prieur pour les dîmes des quartiers de Rabioux et des Sauvas. Le document signale que le paiement :
Sont témoins Jacques, évêque de Gap, Jean de Meyronis, percepteur de Claret, Guillaume Rauqueti, vicaire de la Baume-les-Sisteron. Quelques décennies plus tard, la peste frappera encore la région. A nouveau, les pertes humaines furent importantes. A tel point que le 9 mars 1438, Didier Ramuti, juge majeur du Gapençais, écrit au conseil delphinal, lui annonçant que tous les magistrats de Serres étant morts de la peste, il importe de les remplacer. Les Chartreusines durent se montrer procédurières et surent lutter pied à pied non seulement contre les hommes d'église et notamment le monastère de Durbon ou bien encore les templiers, établis dans la région jusqu'en 1312, mais aussi contre les seigneurs du voisinage. Comme le seigneur de la Roche des Arnauds (5) :
Le 17 juillet 1352, le même seigneur dut avouer qu'il n'avait aucun droit de faire paître ses troupeaux dans le territoire de la chartreuse de Berthaud sans la permission de ce monastère. La chartreuse de Bertaud ayant été ravagée en 1214 par Milo de la Roche, pillée par des bandes armées en 1317, mise à sac par les provençaux en 1369, brûlée en 1376, pillée de nouveau en 1405, était définitivement détruite par un incendie en 1446. Malgré l'intervention gracieuse du dauphin Louis (futur Louis XI) elle ne fut pas restaurée et ses biens réunis, en 1463, à ceux de Durbon. La protection du Dauphin leur sera confirmée le 10 février 1471 par le gouverneur du Dauphiné et quelques jours plus tard, ce dernier interdira à Jean de Varey, seigneur de Manteyer, toute violence à l'égard des moines et des moniales. Vers la fin du XVIIème siècle sont cités dans différents actes : Jeanne CHAIX, Anthoyne, Jean, Marie et Pierre BROCHIER, Guillem et Suzanne EYRAUD, Jean MICHEL et Suzanne ROUX (http://releves05.phpnet.org/). Cependant, lors de la perception de la taille seigneuriale, le 30 novembre 1694, le hameau des Sauvas compte pour 2 feux seulement. Il ne va pas tarder à se peupler, puisqu'au XIXème siècle on comptera 150 habitants. Le 26 février 1761, au milieu de l'après midi, le feu se déclare dans le hameau des Sauvas. L'incendie, qui se propage à tout le hameau, cause la mort de deux habitants, pris sous les décombres et brulés vifs. François JEAN et Jean PELOUX seront enterrés le lendemain dans le cimetière des Sauvas (6) .
Parmi les familles des Sauvas, vers cette époque, on note (7) :
Louées depuis 1501, les trois fermes contiguës constituant le hameau des Sauvas furent vendues le 9 Thermidor An IV de la République (27 Juillet 1796) par les Chartreux de Durbon à qui l'autorité ecclésiastique avait accordé les biens du couvent de Berthaud en 1601.
La chapelle, selon l'état ecclésiastique dressé par l'abbé Félix Allemand en 1892, était sous le titre de la Transfiguration. Construite en 1654, elle permettait enfin aux 150 habitants de l'époque de célébrer le culte sans se rendre à Montmaur difficile à atteindre lors des jours d'hiver (ils n'étaient plus qu'une quarantaine en 1846) (8). La cloche fut bénie le 29 Mai 1772, le curé Pouillard lui donna le nom de Marie Sauve Terre (6).
Toutes ces constructions sont couvertes de chaume. Le cimetière qui encercle la chapelle avait été édifié à la même époque que celle ci afin de pouvoir donner aux morts une sépulture religieuse quelque soit le temps, ce que ne permettait pas l'inhumation à Montmaur. Les tombes paraissent être regroupées par famille. Le petit bâtiment sur la droite de la gravure est peut-être le four qui à cette date appartenait à la famille Collomb. Sur la gauche de la gravure, on observe encore un jardin clôturé, planté de légumes. Et au centre, une charrette remplie de foin ou de paille. Excepté quelques résineux, dessinés en arrière plan, la montagne paraît vide d'arbres. Il est vrai que durant les siècles précédents, on assistait à un phénomène très important de déforestation. Le bois était en effet un matériau recherché par tous, que ce soit les seigneurs des alentours, le clergé, ou la population pour laquelle il en restait bien peu d'ailleurs. Or, cette déforestation entraînant une érosion rapide des massifs, c'est toute la végétation qui avait cessé de pousser, avec pour conséquence des risques non négligeables de catastrophes naturelles, et une situation très difficile que l'on notait à la fin du XVIIème siècle ainsi qu'au XIXème siècle (9). Un document datant de 1789 nous décrit d'ailleurs le hameau sous un angle noir. "La nature du sol n'est pas bonne", explique ce document, qui rapporte également que les torrents (Sigouste et Rif Lauzon) "causent des dégradations considérables en temps de ravines et de débordements, de sortes qu'il y a plus d'un tiers du terrain couvert de leurs graviers et irrécupérable". La création du domaine forestier des Sauvas Un jugement d'expropriation intervint le 2 septembre 1873. Il ne restait plus alors qu'une seule famille aux Sauvas, celle de Joseph Roux, dit "le Roi", père de six enfants qui ne possédait que 7 hectares environ. 13 hectares appartenaient à 20 autres particuliers, 124 hectares étaient indivis entre un certain nombre de particuliers, 498 hectares appartenaient à Marius Depêtre, alors Conducteur des Ponts et Chaussées à Gap. Les terrains communaux devaient d'après le Décret de 1866 être mis en défense afin que le gazonnement pût s'effectuer naturellement. Une indemnité de privation de jouissance devait être versée à la commune de Montmaur. Mais la commune préféra vendre ses terrains, à l'amiable par acte en date du 7 octobre 1876 en y ajoutant ceux qui étaient compris dans le périmètre du Rif Lauzon déclaré d'utilité publique par Décret du 25 août 1875 soit 745 hectares, au lieu de 666, pour la somme de 22 000 f, soit 28 f l'hectare. C'était déjà cher car ils ne comprenaient presque exclusivement que le haut bassin des torrents de la Sigouste et du Rif Lauzon, c'est à dire les falaises et les clapiers qui se trouvent tant sur le plateau d'Aurouze qu'au pied des falaises. Enfin en 1877, l'état achetait le domaine de Gaspardon par licitation des héritiers Jean. Il fallut d'autre part exproprier 566 hectares de terrains communaux compris dans le périmètre du Rif Lauzon situés dans la gorge. L'Etat en possession de tous ces terrains pouvait exécuter les travaux indispensables pour prévenir les transports de matériaux qui risquaient d'intercepter les routes. Il se trouvait en présence d'un vaste cirque de terrains pour la plupart nus, dégradés, sillonnés de ravins profonds, de casses instables coupés ça et là de quelques sapin plus ou moins abroutis et saccagés. Dès 1875, un garde forestier fut nommé et le service forestier se mit à l'œuvre. Simultanément il reboisa les terrains instables, construisit des petits murs en travers des ravins appelés seuils, éleva de gros barrages dans le torrent principal de la Sigouste, améliora les chemins existants et créa un réseau important de sentiers. De 1875 à 1894 c'est à dire pendant 20 ans, 617 hectares de terrains furent semés ou plantés en essences diverses, 3 grands barrages retenant plusieurs millions de mètres cubes de terres, de graviers et de blocs furent construits dans la branche principale, plus de 900 petits barrages vinrent s'opposer au ruissellement des ravins et fixer leurs berges (10). Au mois de juin 1964, le feu prit pour une raison indéterminée à quelques pas de la "fontaine plus basse", au dessus de la Montagne de Montmaur, et détruisit une quinzaine d'hectares de pins. Sans l'intervention rapide des pompiers venus des villes voisines, l'incendie aurait causé des dommages plus importants encore (11) :
Le peuplement forestier 700 hectares sont couverts de forêts naturelles, 1000 hectares ont été reboisés. On y trouve : des pins à crochets qui ont de très faibles exigences à l'égard du climat et du sol, et constituent souvent des peuplements de transition ; des pins noirs dont la résistance au calcaire, à la sécheresse et au froid en fait la plus précieuse essence de reboisement en conditions difficiles ; des sapins pectinés qui exigent un climat humide, ce qui explique leur présence très localisée aux Sauvas (versants à l'ombre et humides). Ils sont relayés dans nos régions par le sapin de Nordmann, supportant mieux un climat chaud et sec. On trouve aussi des mélèzes, très résistants au froid et qui acceptent une saison de végétation très courte (3-4 mois) ; des pins sylvestres: espèce frugale, et souvent pionnière, moins vigoureux sur calcaire, utilisé avec un succès moyen dans les Alpes du Sud ; et des hêtres, souvent subordonnés au sapin ou au pin à partir de 1200 mètres. Il est alors court et noueux mais a un rôle écologique important. Sa présence en mélange dans les peuplements résineux est toujours favorisée (12). Un exemple de peuplement faunistique aux Sauvas : le mouflon Entre 1958 et 1961, six mâles et 6 femelles furent lâchés dans le cirque de Chaudin en vue d'offrir une nouvelle possibilité de chasse. L'évolution de cette espèce animale s'est faite progressivement (1961 : 16 têtes ; 1970 : 144 têtes ; 1975 : 422 têtes ; 1977 : 505 têtes). Actuellement cette population est maintenue au niveau de 500 têtes, ce qui nécessite un plan de chasse pour éliminer le surplus et maintenir l'équilibre des sexes. La chasse se pratique à l'approche : le chasseur équipé d'une carabine à lunette est accompagné d'un forestier qui désigne l'animal à tirer. La sélection effectuée dans le cadre du plan de chasse permet d'éliminer les animaux tarés (mal formés, blessés, tare du pelage) (12).
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