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M. J. ROMAN a réalisé l'inventaire et l'analyse des documents du moyen âge relatifs au Haut Dauphiné depuis l'an 561 jusqu'en 1500 (1).

[tiré des chartes de Bertaud :

Les limites assignées à Bertaud lors de la donation du 29 septembre 1188 par Adélaïde, femme d'Arnaud Flotte et ses fils, Arnaud, Raymond, Raimbaud et Mainfroid, sont : la montagne de Moissière (Muscheria), les cols de Loubet (lupetum), de Folliculus, de Pentacochium (Petra Cucha) ou Pierre-Pointue, le mont Aurouse (Aurosam), et les territoires de Chaudun (Caudumi) et de Rabou.
Cependant, les religieuses ne semble pas s'être établies avant 1200, date à laquelle elles recoivent d'Arnaud, Raymond et Raimbaud FLOTTE un pré "pour construire une église et une maison pour y habiter".
Après avoir dès 1200, acheté ou acquis par don divers terrains dans le territoire du Dévoluy dans le but de faire paître leurs troupeaux, (Premier acte connu, en 1200, à la Cluse, Lantelme de la Piarre, Guillaume de Pontis, Lombarde, sa mère, Pons de la Piarre, le vieux, Pierre de la Piarre, son fils, Lantelme, prieur de la Piarre, agissant au nom d'Isnel, chevalier, de la Piarre, Agnès de la Piarre, Imbert Chagnard, Gérard de la Balme, pour le repos de l'âme de son fils et à cause de l'injure que celui-ci avait faite aux religieuses de Bertaud, Odon de la Cluse et autres donnent à N. D. de bertaud la seigneurie et tous les droits qu'ils avaient sur les pâturages du Dévoluy et de la Cluse (22)), les religieuses de Bertaud tachent de racheter un à un tous les terrains des Sauvas. Le premier acte connu est signé avec le seigneur de Montmaur Raymond de Montauben :
Le 7 octobre 1248, Raymond de Montauban, seigneur de Montmaur, vend à Bertaud tous les droits qu'il possède aux Sauvas moyennant 120 livres (13680 f)(61)
Le 13 décembre 1248, Falques de Veynes, le don, et Falques, le Mecers, chevaliers de Veynes, vendent à Bertaud tous les droits qu'ils ont sur les Sauvas, territoire de Montmaur, moyennant 22 livres (2508 f)(62)
Le 28 décembre 1248, Lantelme de Trisoaut vend à Bertaud les droits qu'il a aux Sauvas, pour 8 livres (912 f)(63 voir 302)
Le 18 mars 1251, Odon de Montmaur, chevalier, Guillaume et Isoard, ses frères, vendent à Bertaud tout ce qu'ils possèdent aux Sauvas, au prix de 47 livres 12 sous et 6 deniers viennois (5424 f 90)(67)
Le 20 juin 1251, Borne de Montmaur, vend à Bertaud toutes ses possessions des Sauvas au prix de 39 livres (4446 f)(69 voir 304)
Le 26 juin 1255, Humbert, Raymond et Hugues de Grimone, fils de Pons, vendent à Bertaud tout ce qu'ils possèdent aux Sauvas, pour 15 livres (1730 f)(72)
Le 7 février 1263, Albert, Pons, Olivier et Bertrand Laurent, fils de Pierre et d'Alaysie, vendent à Bertaud tout ce qu'ils ont aux Sauvas, pour 10 livres (1140 f)(82)
Le 17 mars 1265, à Gap, Accord entre Bertaud et le prieur de Montmaur, au sujet des dîmes des Sauvas et de Rabioux, territoire de Montmaur, et cela de l'agrément de l'évêque de Gap et du prieur de Chavardon, duquel le prieuré dépendait. Il est convenu que les dîmes appartiendront à Bertaud, qui, en retour, donnera au prieur de Montmaur 40 setiers de blé, chaque année, à la fête de Saint-Michel (29 septembre)(86)
Le 6 décembre 1269, Anselme de la Roche, chevalier, et Ermengarde, sa femme, vendent à Bertaud les droits qu'ils ont aux Sauvas, pour 60 sous (342 f)(90)
Le 22 mai 1277, à Gap, sentence arbitrale rendue par frère Pierre Arnoux, aux termes de laquelle Arnoux Réal, de Montmaur, renonce à tous les droits qu'il a aux Sauvas, moyennant 25 sous (142,50 f)(104)
Le 6 juin 1277, à Gap, Raymond Galitz et son fils Guillaume, de Montmaur, vendent à Beratud, la moitié d'une terre suituée aux Sauvas, pour 16 sous (91,20 f)(105)
Le 15 octobre 1277, à Gap, Pierre Galitz, de Montmaur, vend à Bertaud une terre sise aux Sauvas, pour 19 sous (108,30 f)(106)
Le 13 avril 1279, à Montmaur, Guillelma Loba, de Montmaur, vend à Bertaud un pré sis aux Sauvas, lieu dit le Chevalet, pour 40 sous (228 f), ledit pré grevé précédemment d'un cens de 6 deniers (2,50 f) en faveur de Bertaud (108)
Le 26 janvier 1293, à Veynes, Jean Grimaud, de Maubourg, commune d'Agnières, en Dévoluy, en son nom et au nom de Marine, sa soeur, cède à Bertaud tous les droits qu'il a aux Sauvas, moyennant 100 sous (570 f)(148)
Le 11 mai 1293, à Veynes, Jeanne Valentin, veuve d'Etienne-Joseph, de Saint-Etienne-en-Dévoluy, habitant à Montmaur, vend à Bertaud une terre sise aux Sauvas, pour 102 sous (581,70 f)(149 voir 325)]

Nous apprenons ainsi que le domaine des Sauvas comme les terres de Rabioux appartenaient aux chartreusines de Berthaud et que celles-ci en partageaient les dîmes avec le prieur de Montmaur. Non sans contestation, comme le montre le document du 17 mars 1266 :

Transaction entre W., prieur de Montmaur, et Durand Clari, procureur de Berthaud, sur les dîmes de Sauvas et Rabious, du consentement d'Othon, évêque de Gap, et de Raymond, prieur de Chardavon ; Berthaud touchera ces dîmes et donnera 40 setiers de blé, au prieur, chaque année. Témoin Laugier Malisanguinis, juge épiscopal.

Cependant, les Chartreusines ne semblent pas posséder tous les Sauvas car le jugement du 22 mai 1277 concerne Arnoul Régalis, de Montmaur, propriétaires aux Sauvas et le monastère de Durbon :

Sentence arbitrale prononcée par Pierre Arnoul, moine de Berthaud, entre Arnoul Régalis, de Montmaur, et Durbon, Bermond étant procureur ; le premier délaissera au monastère ses biens des Sauvas et recevra 85 livres viennoises. Témoin Giraud de la Cluse.

Ce jugement semble montrer que le partage du territoire entre les deux monastères de part et d'autre de la Béoux, limite fixée le 12 avril 1245 par l'évêque de Gap, n'était pas toujours respecté. Il semble qu'il s'agit là d'une enclave du monastère de Durbon à l'intérieur des biens des chartreusines du couvent de Berthaud.

Malgré tout, au cours du temps et achat après achat, tous les Sauvas deviennent propriété du monastère de Berthaut.

le 25 mai 1277 :

Vente par Raymond Galitz, de Montmaur, fils de feu Guillaume, à Berthaud, Pierre Clari étant procureur, d'une terre aux Sauvas, moyennant 16 sous viennois. Témoins Raymond Olivier, prieur de Durbon, Arnaud, de Saint-Julien.

le 24 octobre 1277 :

Vente par Pierre Guelitz, de Montmaur, à Berthaud, Pierre Clari étant procureur, d'une terre aux Sauvas pour 19 sous viennois.

le 11 mai 1293 :

Vente par Jeanne Valentin, veuve d'Étienne Joseph, de Saînt-Étienne en Dévoluy, à Berthaud, Pierre Clari et Jean Taterii étant procureurs, d'une terre aux Sauvas de Montmaur, pour 102 sous viennois. Témoin, Anselme de la Villete, damoiseau.

le 25 janvier 1294 :

Vente par Jean Guyaud, de Maubourg en Dévoluy, paroisse de Sainte-Marie d'Agnere, et Marine, sa soeur, à Berthaud, Jean Taterii étant procureur, d'une terre aux Sauvas à Montmaur pour 100 sous viennois.

Toutes ces ventes de terrain montrent combien, à cette époque, les terres sont morcelées. Dans la région, certaines ventes ont lieu contre un fromage ; même si les fromages étaient alors de grosses pièces d'environ 1,5 kg, ce prix de vente témoigne de la petitesse de la parcelle. Ce que souligne Roman lorsqu'il écrit (2):

Un fait qui résulte de la lecture des chartes de Durbon, c'est l'extrême division de la propriété dans les Alpes au XIIe siècle : plus de milles vendeurs ou donateurs concourent à créer les propriétés territoriales des Chartreux, et, sauf un très petit nombre de vastes donations, portant généralement sur des terrains incultes ou des pâturages de montagnes, la plupart des parcelles aliénées sont d'une superficie très restreinte.

En augmentant leurs propriétés, terre après terre, achat après achat, les deux chartreuses s'opposent à leur manière au morcellement des terres.

Cependant, la peste noire qui, au mois de décembre 1347, avait pénétré en Provence, gagna Avignon en Janvier et, se répandant en Dauphiné, y exerça pendant l'année 1348 les plus affreux ravages (3). Du fait des morts en grand nombre, les travaux des champs ne sont plus exécutés, la famine s'installe et les survivants cherchent des boucs émissaires (4):

La famine en Dauphiné succéda à la peste en 1348. Les habitants cherchaient les racines et broutaient l'herbe, les juifs accusés d'avoir empoisonné les fontaines étaient égorgés partout, car à Veynes, sur le Buech, quatre vingt-treize d'entre eux furent victimes de cette absurde accusation.

Pendant les années suivantes, s'ajoutent à la pandémie des guerres et des inondations qui ravagent le pays. A Champoléon, par exemple, les pertes humaines sont telles que, le 11 juin 1352, le Dauphin consent par lettre à diminuer les redevances des habitants :

... remettant aux habitants de Champoléon le tiers de leurs redevances à l'avenir, à la suite d'une enquête qui a démontré que depuis six ans, par suite de la peste, de la guerre et des inondations, les feux de cette paroisse étaient tombés de 160 à 40.

L'économie de la région est désorganisée pour de nombreuses années, plus personne ne paie les redevances et les dîmes.

Ainsi, le 18 Août 1395, une transaction a lieu entre Laurent Amat, procureur de la chartreuse de Berthaud, et Bertrand Amat, de Montmaur, procureur de Guillaume Gautier, prieur de Montmaur, à propos de 40 setiers de blé, 20 d'annone et 20 de petits grains que les dames de Berthaud devaient au prieur pour les dîmes des quartiers de Rabioux et des Sauvas. Le document signale que le paiement :

... ayant cessé à cause des guerres et des pestes, le prieur est autorisé, comme indemnité, à percevoir ses dîmes comme bon lui semblera.

Sont témoins Jacques, évêque de Gap, Jean de Meyronis, percepteur de Claret, Guillaume Rauqueti, vicaire de la Baume-les-Sisteron.

Quelques décennies plus tard, la peste frappera encore la région. A nouveau, les pertes humaines furent importantes. A tel point que le 9 mars 1438, Didier Ramuti, juge majeur du Gapençais, écrit au conseil delphinal, lui annonçant que tous les magistrats de Serres étant morts de la peste, il importe de les remplacer.

Les Chartreusines durent se montrer procédurières et surent lutter pied à pied non seulement contre les hommes d'église et notamment le monastère de Durbon ou bien encore les templiers, établis dans la région jusqu'en 1312, mais aussi contre les seigneurs du voisinage. Comme le seigneur de la Roche des Arnauds (5) :

Au XIVème siècle, on vit le seigneur de la Roche, Arnaud de Flotte, le chevalier le plus félon qui fut oncques, s'emparer violemment du domaine de Quint, acquit et formé peu à peu par les chartreusines de Berthaud. Il est vrai qu'en l'année 1343 il voulut bien s'en dessaisir et le rendre à ces religieuses.

Le 17 juillet 1352, le même seigneur dut avouer qu'il n'avait aucun droit de faire paître ses troupeaux dans le territoire de la chartreuse de Berthaud sans la permission de ce monastère.

La chartreuse de Bertaud ayant été ravagée en 1214 par Milo de la Roche, pillée par des bandes armées en 1317, mise à sac par les provençaux en 1369, brûlée en 1376, pillée de nouveau en 1405, était définitivement détruite par un incendie en 1446. Malgré l'intervention gracieuse du dauphin Louis (futur Louis XI) elle ne fut pas restaurée et ses biens réunis, en 1463, à ceux de Durbon.

La protection du Dauphin leur sera confirmée le 10 février 1471 par le gouverneur du Dauphiné et quelques jours plus tard, ce dernier interdira à Jean de Varey, seigneur de Manteyer, toute violence à l'égard des moines et des moniales.

Vers la fin du XVIIème siècle sont cités dans différents actes : Jeanne CHAIX, Anthoyne, Jean, Marie et Pierre BROCHIER, Guillem et Suzanne EYRAUD, Jean MICHEL et Suzanne ROUX (http://releves05.phpnet.org/).

Cependant, lors de la perception de la taille seigneuriale, le 30 novembre 1694, le hameau des Sauvas compte pour 2 feux seulement. Il ne va pas tarder à se peupler, puisqu'au XIXème siècle on comptera 150 habitants.

Le 26 février 1761, au milieu de l'après midi, le feu se déclare dans le hameau des Sauvas. L'incendie, qui se propage à tout le hameau, cause la mort de deux habitants, pris sous les décombres et brulés vifs. François JEAN et Jean PELOUX seront enterrés le lendemain dans le cimetière des Sauvas (6) .

L'an mil sept cents soixante un et le six février sont décédés sur les trois heures après midy dans l'hameau de Sauvas de cette paroisse François JEAN et Jean PELOUX chefs de famille sans sacremens ; et d'une mort pitoyable le feu ayant consummé dans un instant tout l'hameau de Sauvas, ils ont été brulés vifs dans leurs maisons écrasés par leur battimens et ont été inhumés le lendemain dans le cimetière du susdit lieu a signé qui a scû en foy de ce :

POUILLARD Curé.

Parmi les familles des Sauvas, vers cette époque, on note (7) :

  • la naissance aux Sauvas vers 1661 d'Antoine EYRAUD (il mourra vers le 12 Avril 1727 aux Vaux),
  • celle de Magdeleine JEAN, le 21 Septembre 1711 aux Sauvas. Elle décédera vers Novembre 1759. (La famille Jean demeurera à la ferme de Gaspardon jusqu'en 1877).
  • la mort aux Sauvas le 17 Décembre 1766 de Claude ISNARD, né vers 1724 à La Cluse en Dévoluy, et mari de METAILLER Magdeleine
  • le mariage, le 07 juillet 1772, à Montmaur, de PELLOUX Pierre, fils de Jacques et de PIERRON Marie, né aux Sauvas, et de BEGOU Magdeleine, fille de Jean et de NIVHEL Marguerite, née à Montmaur et enfin
  • la naissance d'Agathe ROUX, le 24 Septembre 1798 aux Sauvas. Elle épousera Jean Etienne ARNAUD de Claret et mourra après 1843 à La Frédière. (La famille Roux sera la dernière à habiter le hameau des Sauvas).

Louées depuis 1501, les trois fermes contiguës constituant le hameau des Sauvas furent vendues le 9 Thermidor An IV de la République (27 Juillet 1796) par les Chartreux de Durbon à qui l'autorité ecclésiastique avait accordé les biens du couvent de Berthaud en 1601.

Les Sauvas en 1824. Cliquez...Ci contre la reproduction d'une gravure de Willy représentant les Sauvas en 1824, sur laquelle on peut apercevoir plusieurs bâtiments, fermes, granges et écuries, un bâtiment plus important à l'avant plan dont les murs sont soutenus par d'énormes contreforts et qui est peut-être l'abbaye notée sur la carte de Cassini.

La chapelle, selon l'état ecclésiastique dressé par l'abbé Félix Allemand en 1892, était sous le titre de la Transfiguration. Construite en 1654, elle permettait enfin aux 150 habitants de l'époque de célébrer le culte sans se rendre à Montmaur difficile à atteindre lors des jours d'hiver (ils n'étaient plus qu'une quarantaine en 1846) (8).

La cloche fut bénie le 29 Mai 1772, le curé Pouillard lui donna le nom de Marie Sauve Terre (6).

Nous soussigné curé de cette paroisse de Montmaur certifions que, par permission de Mr PUGET vicaire général du diocèse j'ay béni suivant le Rituel Romain la cloche de Sauvas hameau de cette paroisse le vingt neuf may et luy ai imposé le nom de Marie Sauve Terre, le parrain Jean ROIX la marraine Catherine PIOT épouse de Jean JOUBERT et en foy de ce :

POUILLARD Curé.

Toutes ces constructions sont couvertes de chaume.

Le cimetière qui encercle la chapelle avait été édifié à la même époque que celle ci afin de pouvoir donner aux morts une sépulture religieuse quelque soit le temps, ce que ne permettait pas l'inhumation à Montmaur. Les tombes paraissent être regroupées par famille.

Le petit bâtiment sur la droite de la gravure est peut-être le four qui à cette date appartenait à la famille Collomb.

Sur la gauche de la gravure, on observe encore un jardin clôturé, planté de légumes. Et au centre, une charrette remplie de foin ou de paille.

Excepté quelques résineux, dessinés en arrière plan, la montagne paraît vide d'arbres.

Il est vrai que durant les siècles précédents, on assistait à un phénomène très important de déforestation. Le bois était en effet un matériau recherché par tous, que ce soit les seigneurs des alentours, le clergé, ou la population pour laquelle il en restait bien peu d'ailleurs. Or, cette déforestation entraînant une érosion rapide des massifs, c'est toute la végétation qui avait cessé de pousser, avec pour conséquence des risques non négligeables de catastrophes naturelles, et une situation très difficile que l'on notait à la fin du XVIIème siècle ainsi qu'au XIXème siècle (9).

Un document datant de 1789 nous décrit d'ailleurs le hameau sous un angle noir. "La nature du sol n'est pas bonne", explique ce document, qui rapporte également que les torrents (Sigouste et Rif Lauzon) "causent des dégradations considérables en temps de ravines et de débordements, de sortes qu'il y a plus d'un tiers du terrain couvert de leurs graviers et irrécupérable".

La création du domaine forestier des Sauvas

Un jugement d'expropriation intervint le 2 septembre 1873.

Il ne restait plus alors qu'une seule famille aux Sauvas, celle de Joseph Roux, dit "le Roi", père de six enfants qui ne possédait que 7 hectares environ. 13 hectares appartenaient à 20 autres particuliers, 124 hectares étaient indivis entre un certain nombre de particuliers, 498 hectares appartenaient à Marius Depêtre, alors Conducteur des Ponts et Chaussées à Gap.

Les terrains communaux devaient d'après le Décret de 1866 être mis en défense afin que le gazonnement pût s'effectuer naturellement. Une indemnité de privation de jouissance devait être versée à la commune de Montmaur.

Mais la commune préféra vendre ses terrains, à l'amiable par acte en date du 7 octobre 1876 en y ajoutant ceux qui étaient compris dans le périmètre du Rif Lauzon déclaré d'utilité publique par Décret du 25 août 1875 soit 745 hectares, au lieu de 666, pour la somme de 22 000 f, soit 28 f l'hectare. C'était déjà cher car ils ne comprenaient presque exclusivement que le haut bassin des torrents de la Sigouste et du Rif Lauzon, c'est à dire les falaises et les clapiers qui se trouvent tant sur le plateau d'Aurouze qu'au pied des falaises.

Enfin en 1877, l'état achetait le domaine de Gaspardon par licitation des héritiers Jean. Il fallut d'autre part exproprier 566 hectares de terrains communaux compris dans le périmètre du Rif Lauzon situés dans la gorge.

L'Etat en possession de tous ces terrains pouvait exécuter les travaux indispensables pour prévenir les transports de matériaux qui risquaient d'intercepter les routes.

Il se trouvait en présence d'un vaste cirque de terrains pour la plupart nus, dégradés, sillonnés de ravins profonds, de casses instables coupés ça et là de quelques sapin plus ou moins abroutis et saccagés.

Dès 1875, un garde forestier fut nommé et le service forestier se mit à l'œuvre. Simultanément il reboisa les terrains instables, construisit des petits murs en travers des ravins appelés seuils, éleva de gros barrages dans le torrent principal de la Sigouste, améliora les chemins existants et créa un réseau important de sentiers.

De 1875 à 1894 c'est à dire pendant 20 ans, 617 hectares de terrains furent semés ou plantés en essences diverses, 3 grands barrages retenant plusieurs millions de mètres cubes de terres, de graviers et de blocs furent construits dans la branche principale, plus de 900 petits barrages vinrent s'opposer au ruissellement des ravins et fixer leurs berges (10).

Au mois de juin 1964, le feu prit pour une raison indéterminée à quelques pas de la "fontaine plus basse", au dessus de la Montagne de Montmaur, et détruisit une quinzaine d'hectares de pins. Sans l'intervention rapide des pompiers venus des villes voisines, l'incendie aurait causé des dommages plus importants encore  (11) :

Lundi après midi le feu s'est déclaré dans le vallon du Bourget, situé à l'ouest de la forêt des Sauvas. L'alerte donnée, les pompiers de Veynes et de Gap furent très vite sur les lieux et luttérent jusqu'à la nuit pour protéger la forêt. Une quinzaine d'hectares de pins ont été ravagés.

Le peuplement forestier

700 hectares sont couverts de forêts naturelles, 1000 hectares ont été reboisés. On y trouve : des pins à crochets qui ont de très faibles exigences à l'égard du climat et du sol, et constituent souvent des peuplements de transition ; des pins noirs dont la résistance au calcaire, à la sécheresse et au froid en fait la plus précieuse essence de reboisement en conditions difficiles ; des sapins pectinés qui exigent un climat humide, ce qui explique leur présence très localisée aux Sauvas (versants à l'ombre et humides). Ils sont relayés dans nos régions par le sapin de Nordmann, supportant mieux un climat chaud et sec. On trouve aussi des mélèzes, très résistants au froid et qui acceptent une saison de végétation très courte (3-4 mois) ; des pins sylvestres: espèce frugale, et souvent pionnière, moins vigoureux sur calcaire, utilisé avec un succès moyen dans les Alpes du Sud ; et des hêtres, souvent subordonnés au sapin ou au pin à partir de 1200 mètres. Il est alors court et noueux mais a un rôle écologique important. Sa présence en mélange dans les peuplements résineux est toujours favorisée (12).

Un exemple de peuplement faunistique aux Sauvas : le mouflon

Entre 1958 et 1961, six mâles et 6 femelles furent lâchés dans le cirque de Chaudin en vue d'offrir une nouvelle possibilité de chasse. L'évolution de cette espèce animale s'est faite progressivement (1961 : 16 têtes ; 1970 : 144 têtes ; 1975 : 422 têtes ; 1977 : 505 têtes).

Actuellement cette population est maintenue au niveau de 500 têtes, ce qui nécessite un plan de chasse pour éliminer le surplus et maintenir l'équilibre des sexes. La chasse se pratique à l'approche : le chasseur équipé d'une carabine à lunette est accompagné d'un forestier qui désigne l'animal à tirer. La sélection effectuée dans le cadre du plan de chasse permet d'éliminer les animaux tarés (mal formés, blessés, tare du pelage) (12).

 


  1. Joseph ROMAN, "Tableau Historique du département des Hautes-Alpes", deuxième partie, A. Picard Ed., Paris, 1890
  2. Joseph ROMAN, "Le Cartulaire de Durbon" dans "Notices et documents publiés pour la Société de l'histoire de France", Lib. Renouard, Paris, 1884.
  3. Chanoine Jules CHEVALIER, "Mémoire pour servir à l'histoire des comtés de Valentinois et de Diois", T. 1, A. Picard et fils Ed., Paris, 1897
  4. Barthélémy CHAIX, "Préoccupations statistiques du département des Hautes-Alpes", F. Allier Ed., Grenoble, 1845
  5. Théodore GAUTIER, " Précis de l'histoire de la ville de Gap ", A. Allier Impr., Gap, 1844
  6. Jean-Paul METAILLER, Communication personnelle.
  7. Sites internet : http://edouard.begou.pagesperso-orange.fr/genealogie/begou/berceau.htmhttp://geneweb.geneanet.org/teddybear1 et http://geneweb.geneanet.org/lombard
  8. Claudine FOUQUE, "Histoire de villages disparus... Les Sauvas", Alpes et Midi, 31 Octobre 2003.
  9. Georges AUBRY, Dauphiné Libéré, mercredi 23 août 1995 
  10. André TRUC, Courrier des Alpes, jeudi 16 juillet 1936
  11. Rétrovision, Alpes et Midi, n°4094/10294, 18 Juin 2004.
  12. Dauphiné Libéré, vendredi 4 septembre 1992