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Joseph Roman a réalisé l'inventaire et l'analyse des documents du moyen âge relatifs au Haut Dauphiné depuis l'an 561 jusqu'en 1500 (1).

Selon les archives des Hautes Alpes, en 1245, les deux monastères, Durbon et Berthaud, se querellent au sujet de leurs droits de propriété (1). Le 11 avril 1245, un compromis est signé entre le prieur de Durbon et le procureur de Berthaud. Chacun promet de s'en remettre à la décision de l'évêque de Gap pour le réglement de leur différent. 

L'évêque, qui se trouve apparement en déplacement à La Roche des Arnauds, rend sa sentence le lendemain. Il fixe la limite des deux chartreuses au torrent de la Béoux. Il semble que cette limite passe sur le territoire de Rabioux, au lieu-dit "La Baume".

Un autre document ancien concernant Rabioux est daté du 19 septembre 1248. Il concerne la vente par Guigues Milos, de la Cluse, chevalier, au couvent de Berthaud, Jeanne étant prieure, et Durand Clari, procureur, de ce qu'il possédait de Rabioux à Rioufroid, et de Berthaud à la Béoux, moyennant 16 livres et demie viennoises, un poulain, quelques censes annuelles et quelques terres. Cette vente s'est faite "dans une aire, près du chemin".

Les ruines de Rabioux. Cliquez...Le document du 6 février 1283, nous apprend que le hameau appartient alors à Reynier seigneur d'Oze et de Manteyer et qu'un litige l'oppose aux Chartreusines quant au pacage de leurs troupeaux. La sentence est rendue par Henri Denchevers, châtelain de Rabou, et Albert Arigoterius, juge du chapitre de Gap en présence de Martin Lunel procureur de Berthaud. Le monastère est autorisé à faire paître ses troupeaux à Rabioux, à Montmaur.

Il permet aussi de connaître le nom d'un des premiers habitants du hameau, Henri Denchevers, qui administre les biens de son seigneur et porte le titre de châtelain.

Le 30 mars 1348, les moniales, en la personne d'Alays, prieure de Berthaud, louent leur terre de Rabioux pour huit ans moyennant 27 florins d'or à Etienne du Serre. Le témoin de la transaction est Gaucher de Montauban, doyen de Gap.

Cependant, trois ans après, une contestation survint entre le fils Guillaume du Serre, d'Agnière, et les chartreusines, comme le montre le compte rendu du jugement en date du 20 janvier 1351 :

Sentence arbitrale prononcée par Guillaume Galbert, Lantelme Egmeri, Jacques de la Fare et Guillaume Valentin, entre la chartreuse de Berthaud, Guillaume Lanfred étant procureur, et noble Guillaume du Serre, d’Agnère, a l’occasion d’une difficulté relative à l’arrentement de la terre de Rabioux, fait par Berthaud, en 1348, à Etienne du Serre, père de Guillaume. On ajoute à la rente trop faible une redevance en nature.

Pendant ce temps, la peste qui, au mois de décembre 1347, avait pénétré en Provence, gagna Avignon en Janvier et, se répandant en Dauphiné, y exerça pendant l'année 1348 les plus affreux ravages (2).

A l'épidémie succéda la famine (3):

La famine en Dauphiné succéda à la peste en 1348. Les habitants cherchaient les racines et broutaient l’herbe..."

Et les exactions commises par l'évêque de Gap (par ailleurs coseigneur de Brunsel) soulevèrent la population (3):

En 1350, Henri de Poitiers, évêque de Gap, le tyran du pays, dirigea le bras du nommé Haut-de-Coeur, son bâtard, l’homme de ses vengeances, à l’assassinat d’Ismidon de Montauban, le plus respectable personnage du pays, sans autre sujet que l’envie de sa considération, meurtre qui souleva toute la population qui courut aux armes, aux maisons soupçonnées et au palais même.
L'évêque s’enfuit, les campagnes partagent cette indignation, le prieur de Veynes fut tué ...
"

En 1378, encore l'évêque Jean Artaud et surtout ses officiers, opprimaient les habitants de Gap, malgré les conventions et promesses de ses prédécesseurs.

Tous ces événements désorganisent l'économie de la région et entravent la perception des dîmes pendant de nombreuses années. Ainsi le 18 Août 1395, une transaction a lieu entre la Chartreuse de Berthaud et le prieur de Montmaur car, du fait de la peste et des guerres, le prieur n'a pu percevoir les dîmes dues par les chartreusines pour Rabioux et les Sauvas :

Transaction entre Laurent Amat, procureur de la chartreuse de Berthaud, et Bertrand Amat, de Montmaur , procureur de Guillaume Gautier, prieur de Montmaur, à propos de 40 setiers de blé, 20 d’avoine et 20 de petits grains que les dames de Berthaud devaient au prieur pour les dîmes des quartiers de Rabious et Sauvas. Ce paiement ayant cessé à cause des guerres et des pestes, le prieur est autorisé, comme indemnité, à percevoir ses dîmes comme bon lui semblera. Témoins Jacques, évêque de Gap, Jean de Meyronis, percepteur de Claret, Guillaume Rauqueti, vicaire de la Baume-les-Sisteron. Première année de Benoît XIII, pape.

La mésentente entre le prieur de Montmaur et les moniales de Berthaud fut par ailleurs la cause du rattachement de Rabioux à La Cluse.

Au moment de la révolution, le hameau de Rabioux payait encore vingt-six émines de blé et dix-huit émines d'avoine, pour droit de cense, à la Chartreuse leur seigneur.

Enfin, ces documents nous apprennent que le 10 août 1435, Pierre et Jean Benoit de la Cluse louaient le domaine de Rabioux dont les bâtiments étaient en ruines :

Bail en emphytéose par Antoinette de Montorcier, prieure de Berthaud, à Pierre et Jean Benoit et autres, de la Cluse, du domaine de la chartreuse à Rabioux, moyennant 20 florins une fois payés, 8 florins et 18 charges de grains chaque année, et sous l'obligation de faire rebâtir la maison qui est en ruines.

Le couvent de Berthaud ayant été pillée en 1317, en 1369, brûlée en 1376, pillée à nouveau en 1405, on peut comprendre l'état de délabrement des fermes qui lui appartenaient.

On sait aussi, grâce aux documents visés par Roman, qu'en 1742, deux frères de Rabioux, Etienne et Joseph Piot, prenaient à bail le moulin des Sauvas pour huit années.

La chapelle de Rabioux était dédiée aux Saints Marc et Marcelin. Elle était desservie soit par le curé de la Cluse, le dernier fût l'abbé Mayer, soit par un curé d'Agnières. Les habitants se Rabioux avaient apprécié la gentillesse de l'abbé Vallet qui venait d'Agnières pour célébrer leur fête patronale durant les années 1920.

Au XVIIIème siècle, on racontait l'anecdote suivante (4):

Un rusé de Rabioux turlupinait un jour les gens de la Cluse en leur disant : "Votre village s'écroule, ce n'est pas dommage parce que ce n'est qu'un terrain d'Oriol qui s'en va au riou. On ne regrette que votre pauvre église où nous venons quelquefois à la messe! ".
"Restez chez vous, lui répondit le moins parlant de la Cluse, Rabioux a une vieille chapelle, un Dieu de pierre, il ne lui manque qu'un prêtre de bois pour vivre sans foi ni loi !
"

Ces moqueries, au delà de leur côté anecdotique, signalent pour les uns les effets du torrent Mouche-Chat qui menaçait les maisons et l'église de la Cluse et plusieurs fois emporta les terrains du village et pour les autres l'état d'abandon de la chapelle et peut-être un désintérêt pour la religion.

On peut encore penser que les gens de la Cluse faisaient référence à un prêtre de bois de justice ou comme nous le dirions aujourd'hui de bois de potence.  Insistant sur une vie sans foi ni loi, les gens de la Cluse nous renvoient aux guerres de religion et témoignent ainsi du peu d'estime qu'ils portaient aux protestants et à leurs ouailles. D'ailleurs, dans leur cahier de doléances rédigé en en 1789, les curés du Dauphiné se plaignent des protestants sans les nommer et de leurs pasteurs en particulier (5):

Bientôt on ne vit plus dans les paroisses de la campagne que de simples deffervants, dont les gages étoient convenus pour un certain nombre d'années. Souvent même le fermier des biens de la cure se trouvoit chargé par le bail, d'en faire le fervice.

Les curés mettent en cause l'édit de tolérance  du 7 novembre 1787 qui accorde une reconnaissance légale aux protestants, et citent de nombreux abus auxquels il a donné naissance. Mais ils ont aussi des revendications salariales - la portion congrue de 700 livres ne suffit pas à leurs besoins - se plaignent des abus des gros bénéficiers décimateurs et en régle générale de toute leur hiérarchie.

La chapelle devait être bien vieille et elle présentait alors un état misérable comme le nota le vicaire général lors d'une visite épiscopale en 1785 (6) :

Le 19 juin 1785, je me suis transporté à la chapelle de Rabioux, de la paroisse de La Cluse, sous le vocable de St-Pierre. L'autel et les gradins sont simples mais encore en bon état, le tabernacle ne ferme point et n'est point doublé d'étoffe en dedans, le calice et la patène sont en bon état. Il n'y a qu'une seule aube de toile commune en bon état. Deux ornements, dont un de toutes couleurs et un autre, sont en assez bon état, avec toutes leurs dépendances. Il n'y a point de missel du diocèse, il y a quatre chandeliers de laiton et deux en bois. Deux devants d'autel, dont un assez propre et l'autre en médiocre état. Il y a suffisamment de nappes d'autel et autres menus linges pour la sacristie. Le plancher de la chapelle et le marchepied de l'autel auraient besoin de quelques réparations.

Signé : abbé de Lavillette, vicaire général.

L'évêque demanda qu'il soit porté remède à cet état et :

Qu'à la chapelle de Rabioux : Le tabernacle sera doublé en dedans d'une étoffe de soie et que la porte dudit tabernacle fermera solidement. On fournira un missel suivant le rite de Notre diocèse. On réparera le plancher de la chapelle et les marches de l'autel.

Possession de la Chartreuse de Berthaud, le hameau de Rabioux payait au couvent vingt-six émines de blé et dix-huit émines d'avoine, pour droit de cense, comme seigneur du hameau à l'époque de la révolution.

Les noms et prénoms de plusieurs personnes originaires de Rabioux peuvent être trouvés sur Internet (7). Il s'agit de :

ANDRÉ Anne, née en 1786, cultivatrice à Rabioux, mariée le 26 April 1808 à Etienne PIOT,

ANDRÉ Pierre né en 1841 au hameau de Rabioux,

CORNAND Marie, née le 15 mars 1820, à Rabioux - cultivatrice - décédée le 2 novembre 1876, à Rabioux,

MICHEL Marguerite, fille de MICHEL Antoine et de MARCHAND Magdeleine née à La Cluze (Rabioux) qui épouse le Jeudi 16 janvier 1749, BEGOU Jean fils de BEGOU Pierre et de BONNARDEL Anne, né à Montmaur (Cousac),

PIOT Jean "Etienne" né le 15 mai 1811 au Hameau de Rabioux - cultivateur - décédé le 3 avril 1883 à Rabioux,

Jean Pierre Piot.PIOT Jean-Pierre (portrait ci-contre), fils de Jean-Pierre et de Marie Marin MICHEL, né en 1827, septième d'une famille de neuf enfants. De taille plutôt petite (1,57 mètre), il fut mobilisé à Uzès en 1848 dans le 21e de ligne et, bien que démobilisable en 1851, il fut maintenu  sous les drapeaux par décret impérial jusqu'en 1855. Il participa à diverses campagnes : campagne d'Italie, campagne d'Afrique, guerre de Crimée et, le 8 septembre 1855, il prit part à l'assaut de la Tour Malakoff. Il revint décoré de la médaille de Sébastopol (c'est la médaille que l'on aperçoit sur la photo. Cette décoration est tenue par un ruban à fond bleu avec sur les bords un liseré jaune. Sur une face, on voit l'effigie de la reine entourée de l'inscription "Regina Victoria". Sur l'autre face, se trouve un guerrier couronné, un bras en l'air. Sur le ruban lui-même, on voit trois lamelles d'argent parallèles portant des noms que l'on peut lire de bas en haut : Sébastopol, Inkerman, Alma). Jean-Pierre s'installa par la suite à Saint-Disdier où il épousa Mélanie Philomène Tabouret. Avec les économies qu'il avait faites, il bâtit l'hôtel Piot au lieu-dit "les Barraques". Cet hôtel a été transformé voici quelques années en une très belle maison d'habitation qui s'appelle : Jean-Piarro.

PIOT Marie "Alexandrine", née le 26 août 1851 au Hameau de Rabioux (Ferme "le merle") - agricultrice - décédée le 11 juin 1923 à Rabioux,

PIOT Eloi Marius, mort de l'épidémie de typhoïde en 1891, ayant suivi de peu son épouse Marie Louise SAUSSE. Il laissait derrière lui un fils de 19 ans (Joanis Marius) ayant en charge quatre frères et soeurs âgés de 5 à 16 ans,

ROUX Frédéric né en 1828 au hameau de Rabioux,

SAUSSE Jacques, né en 1776 et décédé le 21 juin 1810. Il était cultivateur à la ferme de Janoys à Rabioux (il fut maire de La Cluse). Il fut marié deux fois, la première fois avec Jeanne MESCLE le 13 février 1794 à Montmaur, dont il eut deux enfants : Rose SAUSSE et Magdeleine SAUSSE

SAUSSE Jacques Théodore Martin, né le 28 octobre 1841 à la Ferme de Janoïs, à Rabioux - agriculteur (il fut 1er adjoint au maire de la Cluse) - décédé le 15 janvier 1919 au Hameau de Rabioux,

SAUSSE Jacques Gédéon, né en 1872 à Rabioux - décédé en 1958 à Veynes,

SAUSSE Marie, née en 1876 à Rabioux - décédée en 1958,

SAUSSE Joanis Casimir né le 28 juillet 1880 au Hameau de Rabioux - Instituteur ; directeur d'école à Laragne - décédé le 12 novembre 1943 à Laragne,

SAUSSE Alexine, née en 1884 à Rabioux - décédée en 1958 à Veynes.

D'autres familles sont originaires de Rabioux : MEYSENQ, MENACIEU et ASTRIEU.

Lors de la perception de la taille seigneuriale, le 30 novembre 1694, le hameau de Rabioux comptait pour 11 feux. En 1851, un recensement très complet nous permet de chiffrer plus précisément la population : il existe alors à Rabioux, neuf foyers pour cent sept habitants (soit une moyenne de 12 habitants par foyer !), et au hameau de Janoïs, un foyer et dix habitants (voir le plan du hameau et la description de la ferme "Le Merle").

A Rabioux, chaque foyer pouvait entretenir son petit troupeau de moutons ou de chèvres, parfois les deux.

On récoltait le seigle, l'avoine, la tuselle. Dans un seul champ, pourtant pas très grand comme on le suppose en ces pays de montagne, on a eu récolté jusqu'à 4000 gerbes de tuselle. Le sol, de lui même ingrat, par l'effet d'un labeur acharné, devenait productif et parfois généreux lorsque surtout le temps était de la partie.

On cuisait un bon pain de seigle au four banal.

Le village était alimenté par une fontaine qui coulait près de la petite place où poussent actuellement deux magnifiques tilleuls. C'était l'eau d'une très belle source, encore jaillissante mais qui s'est déviée maintenant vers le torrent du Rif. Cette source était assez abondante pour animer le petit moulin indispensable pour la mouture des grains récoltés.

Le recensement de 1881 donne pour Rabioux 7 ménages et 44 habitants, pour Janoïs, 1 feu et 4 habitants. En quarante ans, le nombre d'habitants a fortement chuté. S'agit-il d'un effet de la guerre de 1870, comme on le verra plus loin lors de celle de 1914-1918 ou bien encore de la conséquence de la dégradation des terres ? Car à cette époque les descriptions du hameau et de ses environs sont dramatiques (8):

On ne peut rien imaginer de plus aride, de plus ravagé par les eaux. .. La végétation ligneuse y fait complètement défaut, la végétation herbacée y est très maigre et est ravagée par plus de 5000 moutons.

Mais les habitants ne veulent pas vendre et en 1878, les premières tentatives des Eaux et Forêts pour le rachat des terres échouent.

Dans la région, la vente des terres de la région à l'ONF ne semble avoir débutée qu'en 1891, avec l'abandon de CHAUDUN, comme le rapporte RECLUS (9) :

là une commune, Chaudun a renoncé d'elle-même à l'existence : pris de désespoir devant le cadavre de leur montagne, n'ayant plus ni bois, ni sillons, ni prairies, les 112 Chaudunois ont supplié la France d'acheter leurs 2026 hectares de pierres et de cailloutis ; c'était en 1891, et maintenant les roches ruiniformes de cette riveraine du Petit Buech, près des sources du torrent, appartiennent à l'État, qui les a payés 180000 francs et voués à la reforestation, au salut du Dévoluy.

Et le directeur des contributions directes SOULIÉ DE BRU souligne (10) :

Il est facile de se rendre compte de la misère d'un pays où, pour moins de 200 000 francs, on peut acheter 35 maisons, une église, un presbytère, un moulin, et prés de 2 000 hectares de terrain.

Car, bien que ce village ait atteint 174 habitants au début du XIXème siècle, il n'a cessé de péricliter, de sorte que les habitants dans un état d'extrême misère et sous l'impulsion de leur curé ont demandé à le quitter pour "aller se fixer dans la France africaine". Effectivement, certains gagneront l'Algérie, mais aussi l'Argentine, le Canada ou les Etats Unis (11). Le territoire sera annexé par la commune de Gap, les terres et les batiments par l'administration forestière.

Au début du XXème siècle, on attend beaucoup de ce type d'opération et du reboisement qu'il permet (9) :

Avec les autres périmètres de reboisement, il y a d'ores et déjà plus de 7000 hectares de cimes et ravines qui ne tarderont pas à joindre leurs épicéas, leurs mélèzes, leurs pins divers, leurs hêtres à ceux des forêts encore vivantes dans le massif en ses moyennes et basses assises, là où les herbes de pâture et les arbres touffus composent des paysages "terrestres" en plein contraste avec les paysages "lunaires" désolés et sans vie des assises supérieures et des sommets suprêmes, parmi lesquels commandent l'Obiou, le Grand-Ferrand, le pic de Bure.

Ainsi, quelques villages et hameaux disparurent pour le bien de tous. La chartreuse de Berthaud, elle même, dont l'église servit longtemps de ferme - la partie haute servait d'habitation, la partie basse était convertie en écurie - fut rachetée à la même époque par l'administration des forêts. Après quelques années d'occupation par les gardes forestiers, le site fut désaffecté en 1935 (12).

Le 4 mars 1904, Rabioux brûle presque en entier. Le hameau est partiellement reconstruit par ses habitants. Cependant, certaines familles ne peuvent rebatir leur ferme et quittent le hameau ; ce fut le cas des familles Piot et André.

La guerre de 1914-1918, elle aussi apporte sa contribution à la désertification du hameau. Trois jeunes, dont le nom figure désormais sur le monument aux morts de la Cluse y laissent leur vie : Astrieud Léon, Astrieud Louis et Sausse Elie (13).

SAUSSE Elie Célestin, né le 20 Avril 1883, soldat au 157ème RI (89ème BI Castaing, 1ère DI Vassart, CAP Delétoille, 1ère A) après avoir vaillamment participé aux opérations d'Alsace à la fin du mois d'Août 1914,  est mort pour la France le 28 Septembre 1914, au Bois de Géréchamp près de Bouconville (Secteur de Xivray, Meuse). On connait l'âpreté des combats grâce à l'historique du 163ème RI qui se battait au même moment dans le même secteur (14)   :

Le 26 septembre, le régiment attaque au sud de Raulencourt. Après quatre jours de combats d'une extrême violence, où il perd 600 hommes et 15 officiers, il atteint le Bois de Gerechamp, et s'installe à la lisière sud. Il a progressé de six kilomètres.

ASTRIEUD Louis Emile, né le 10 Septembre 1895, était chasseur au 116ème Bataillon de Chasseurs à Pied. Il a connu la bataille de Champagne (nord de la Ferme des Wacques du 25 au 30 septembre 1915), et l'année suivante les combats de la bataille de Verdun (Douaumont, 24 octobre 1916). Les forts du secteur de Verdun sont successivement pris puis perdus par les différents protagonistes. La durée de la bataille et l'étendue des pertes (360000 Français et 330000 Allemands) marqueront à tout jamais les esprits. En effet, les combats sont terribles (15) :

Tous mes camarades sont tombés morts ou blessés aux mains des boches qui nous ont fait souffrir les mille horreurs, liquides enflammés, gaz lacrymogènes, gaz suffocants, asphyxiants, attaques.

ou encore :

Ce n'est qu'un éclatement continuel d'obus de tous calibres. La terre entre Souville qui est à notre gauche et Thiaumont à notre droite semble laisser échapper des langues de feu et de fumée comme un volcan... nous apercevons les pauvres fantassins dans les trous d'obus. Quelle souffrance, mon Dieu, les pauvres !

Dans ce déluge de feu, ASTRIEUD Louis Emile, meurt pour la France le 16 Décembre 1916 à la redoute de Bezonvaux.

Après avoir combattu à la Bataille de Verdun (Bois de Malancourt, 28-29 mars et 9-11 avril 1916), le 157ème RI, régiment dans lequel est incorporé ASTRIEUD Pierre Léon Emmanuel, né le 7 février 1886, participe à l'Armée d'Orient. Il se bat au lac Ochrida, à Prespa. Durant l'été 1918, le 157ème RI occupe le secteur de Monastir et de Salonique, la ville la plus insalubre de Macédoine.  Là, s'ils ne mouraient pas sous les balles, les soldats mouraient du paludisme ou de la dengue qui décimaient les unités. Atteint "d'une maladie contractée en service commandé", ASTRIEUD Pierre Léon Emmanuel est rapatrié, il décède à l'hôpital complémentaire n°1 de Gap, le 3 Septembre 1918.

La veuve d'Elie SAUSSE, tué dès les premiers jours de la guerre, quitte le hameau après avoir vendu la ferme à l'Administration forestière.

D'autres, revenus de la guerre, ne souhaitent plus vivre dans des conditions aussi dures et abandonnent Rabioux.

Le 13 juillet 1919, le conseil donne un avis favorable à la suppression de l'école car il n'y a plus d'enfants à scolariser. Marin Liotard et Marcel Chaix furent parmi les derniers élèves. (L'école avait été construite en 1899. Les enfants nés après 1919 durent fréquenter l'école de La Cluse où fut mutée l'institutrice de Rabioux, Mademoiselle Gravier, originaire du Champsaur. L'avant-dernière avait été Mademoiselle Gontard, partie ensuite à la Faurie et mariée à un nommé Flotte).

Les pluies torrentielles de l'année 1928 font craindre et à juste raison des glissements de terrain dangereux, non pas tant pour le village que pour son environnement.

Enfin, en 1931, le hameau est vendu à l'ONF : les familles les familles Astrieu Louis, Sauce Jacques, Meysenq Jules et Menacieu Marie abandonnent définitivement les lieux.

Famille Sausse à Rabioux en 1929. Cliquez...Sur la photo ci contre, prise vers 1929, on aperçoit une partie de la famille Sausse près d'un mur qui existe encore. Le village lui même a été rasé et seules quelques maisons ont été épargnées bien qu'il n'en subsiste que quelques pans de murs. Quant à la chapelle, quelques ruines sont encore observables à l'heure actuelle.Le gite de Rabioux. Cliquez...

La ferme " la Janoysse ", berceau de la famille Sausse, a maintenant disparu. Sur les lieux pousse maintenant une forêt du fait du reboisement de l'ONF.

Enfin, un peu plus loin, on peut encore observer les ruines d'un groupe de trois maisons et d'un moulin, au lieu dit les Turins, qui abritait au début du XXème siècle les familles Achard, Cornand et Liotard.

Le site actuel de Rabioux est constitué d'une vaste esplanade à droite du chemin avec deux grands tilleuls rescapés sans doute de la démolition. Au fond à gauche se trouve un gîte très bien restauré et qui peut accueillir 12 randonneurs (6).


  1. Joseph ROMAN, "Tableau Historique du département des Hautes-Alpes", deuxième partie, A. Picard Ed., Paris, 1890
  2. Chanoine Jules CHEVALIER, "Mémoire pour servir à l'histoire des comtés de Valentinois et de Diois", T. 1, A. Picard et fils Ed., 1897, Paris
  3. Barthélemy CHAIX, "Préoccupations statistiques, géographiques, pittoresques et synoptiques du département des Hautes-Alpes", F. Allier Ed., Grenoble, 1845
  4. "Rabioux et la Cluse ", lou semenaïre, n°26, 1993
  5. "Cahier des curés de Dauphiné adressé à l'Assemblée Nationale", J.B. Delamolliere Impr., Lyon, 1789
  6. Un grand nombre d'informations concernant le hameau, ainsi que les photos, m'ont été fournies par Claude Piot et René Sausse que je remercie.
  7. Sites internet: http://www.viallet.org/arbresgen/liste/bruneton.web/ , http://geneweb.geneanet.org/claudepi   et http://membres.lycos.fr/arbresgen/liste/sausse.web/default.htm
  8. Cité par Claudine FOUQUE, "Histoire de villages disparus... Rabioux", Alpes et Midi, 17 Octobre 2003.
  9. Onésime RECLUS, "Le plus beau royaume sous le ciel", Hachette Ed., Paris, 1899
  10. Ministère de l'Instruction Publique, des Beaux Arts et des Cultes, "Enquête sur les conditions de l'habitation en France ; Les maisons-types", E. Leroux Ed., Paris, 1894.
  11. M. BARES, "Chaudun, 1593-1895, ancienne commune des Hautes-Alpes", exposé reproduit par Lou Semenaïre, N° 7, 1987 et Jean Pierre REYBAUD, "1895 : rattachement de Chaudun à Gap", Lou Semenaïre, N° 36, 1995.
  12. Francis ESCALLE, "Une édition régionale : De bure à Chaudun en passant par Rabou", Lou Semenaïre, N° 24, 1992.
  13. Les fiches des soldats morts pour la France sont consultables sur le site internet : Mémoire des hommes,
    Le lieu d'inhumation des personnes décédées au cours des conflits contemporains et enterrées dans les nécropoles nationales peut être recherché sur le site Sépultures de Guerre.
  14. Historique du 163ème Régiment d'Infanterie (anonyme, Imprimerie du nouveau courrier de la Sarre, sans date), numérisé par Martin Mmu.
  15. Lettres de poilus dans "Paroles de Poilus", Collection Librio, Paris, 2000.