L'histoire du téléphone commence en 1876 avec le premier système de communication électrique.

Dans les Hautes-Alpes, la chambre de commerce, dès 1899, contribue pécuniairement à l'établissement du premier circuit téléphonique gapençais (1). Et au mois de mars 1901 débute la création du réseau téléphonique de Gap qui fonctionnera en 1902 (2). Déjà à cette époque, le téléphone est installé à Orcières, Saint-Étienne en Dévoluy, à Noyers-sur-Jabron et en voie d'installation à Rabou (3). Il faudra attendre le 1er mai 1911 pour que le téléphone soit actif à Montmaur.

Pendant quelques décennies le nombre d'abonnés sera faible ; l'installation, l'abonnement et les communications sont chers et le téléphone est réservé à quelques familles privilégiées généralement des familles de commerçants ou d'artisans. Le département comme l'ensemble du territoire Français accumulera un retard important jusqu'aux années 1970, époque de la grande démocratisation du téléphone.

A cette époque, le réseau téléphonique est entièrement manuel. Les abonnés sont mis en relation grâce à l'intervention d'une ou de plusieurs opératrices chargées d'établir les connexions dans les centraux téléphoniques. Aussi les communications ne sont effectives que certaines heures selon un planning bien précis signalé dans l'annuaire. À Montmaur, le central local est installé dans la poste à l'entrée du village, à quelques pas du château. Les communications ne sont possibles que de 8 h à 12 h et de 14 h à 19 h en semaine et de 8 h à 11 h le dimanche.

En 1950, les abonnés de Montmaur font partie de la circonscription de Veynes (4). Bien que le réseau soit assez étendu puisqu'il va des Sauvas en passant par la Frédière et la Montagne, au Villard en passant par les Candillons, le Terrail et le quartier de la Gare et qu'il desserve aussi Oriol et Les Vaux, seules 15 lignes sont posées :

  • Le n° 1 est attribué au poste d'abonnement public de la Gare. Il correspond certainement au premier branchement de la commune.
  • Le n° 2 est celui du minotier ACHARD habitant le quartier de la Gare.
  • Le n° 3 se trouve au Terrail chez l'arboriculteur cultivateur Casimir ROBERT.
  • Le n° 4, et non pas 5 comme cela est indiqué par erreur sur l'annuaire, correspond à la maison forestière des Sauvas habitée par le Garde Forestier ALLEAUME. L'administration des Eaux et Forets lui ayant demandé de choisir entre l'installation de l'électricité et celle du téléphone le Garde Forestier avait opté pour cette seconde solution qui lui permettait de diminuer quelque peu son isolement.
  • Le n° 5 correspond au poste d'abonnement public de la Montagne.
  • Le n° 6 est celui de la minoterie sous la direction de Roger et Aimé ACHARD.
  • Le n° 7 est pour Noël BERMOND, agriculteur à Oriol.
  • Le n° 8 est attribué à Henri AMOURIQ de la Frédière.
  • Le n° 9 est celui du charpentier menuisier du village, Albert BONNARDEL.
  • Le n° 10 est donné au Centre Antoine Mauduit au château de Montmaur.
  • Le n° 11 est pour l'alimentation-tabac tenue par Robert GILLIO-TOS, l'épicier du village.
  • Le n° 12 est celui de l'Hôtel SARRAZIN.
  • Le n° 13 est attribué au pisciculteur J. M. BOYER habitant le château du Beylon
  • Le n° 14 est celui de l'agriculteur Gaston BLANCHARD au lieu-dit les Candillons. C'est lui qui créera plus tard le terrain de camping "mon repos",
  • Le n° 15 correspond au poste d'abonnement public des Vaux.

Les postes d'abonnement publics étaient placés sous la responsabilité d'une famille ; à La Montagne par exemple c'était la famille MESCLE. Dans certains cas, nous ne savons pas si ce fut le cas pour certaines lignes en direction des hameaux, la commune, ou l'administration comme nous l'avons vu pour la maison forestière des Sauvas, devait participer financièrement, compte tenu, par exemple, des difficultés exceptionnelles dans l'établissement de certaines lignes (5). Les familles responsables d'un poste d'abonnement public fournissaient le local où était installé le téléphone et jouaient le rôle d'auxiliaire des PTT, assurant les opérations liées aux communications téléphoniques, l'encaissement du prix des communications et courant prévenir les gens des hameaux en cas d'appels les concernant.

L'annuaire de 1960 fait apparaître qu'il y a eu une redéfinition des circonscriptions : Montmaur appartient à cette époque à la circonscription de taxe et au groupement de Gap. Quatre nouveaux numéros seulement ont été crées, évolution qui paraît normale compte tenu de la stagnation du réseau téléphonique et de la décroissance de la population du village, passée de 397 habitants en 1954 à 364 en 1962. Par rapport à l'annuaire précédent, les modifications sont les suivantes :

  • Tout d'abord le numéro de téléphone des pompiers est signalé, il s'agit du 5 à Veynes.
  • Le n° 3 est maintenant au nom de la veuve de Casimir ROBERT.
  • Le n° 7 ne figure plus dans cette édition. Oriol étant situé sur la commune de Veynes, ce numéro doit certainement apparaître à la page qui concerne cette commune.
  • Le n° 8 est toujours installé chez Henri AMOURIQ mais il est devenu poste d'abonnement public de la Frédière.
  • Le n° 10 est maintenant attribué à l'Etablissement ROCCA, TASSY et DE ROUX situé 18 rue Roux-de-Brignolles à Marseille. Car le château est loué pour les colonies de vacances des enfants des ouvriers de cette huilerie (6).
  • Le n° 15 ne figure plus à la rubrique de Montmaur certainement lui aussi déplacé sur la rubrique de Veynes.

Suivent les quatre nouvelles lignes :

  • Le n° 16 est celui du poste d'abonnement public situé au Villard de Montmaur.
  • Le n° 17 est attribué au marchand de machines agricoles, Joseph BROCHIER, fils du maréchal ferrant.
  • Le n° 18 est celui de l'inspecteur principal des PTT, Abel BOUVEROT.
  • Le n° 19 correspond à la carrière de pierres "La Roche des Alpes S.A."

On peut noter que, s'il est facile de joindre la poste puisqu'il suffit de décrocher le téléphone pour être en ligne avec le central local, les autres bâtiments administratifs, la mairie, l'école, n'ont toujours pas le téléphone.

Il faudra attendre les années 1970 pour que cet état de fait évolue. Grâce à la diminution des coûts mais aussi par le fait de l'augmentation de la population du village qui a presque doublé ces 25 dernières années, le nombre de lignes n'a cessé d'augmenter. Aussi, à l'heure actuelle, ce sont environ 250 abonnés qui bénéficient du téléphone fixe.


  1. "23 août 1936, Inauguration de l'Hôtel des Postes à Gap" in Lou Semenaïre, n°14, 2e et 3e trimestre 1989.
  2. "Quelques dates importantes pour l'histoire de Gap" in Lou Semenaïre, n°15, 4e trimestre 1989.
  3. "Extrait du Réveil des Alpes du 21 mars 1901" in Lou Semenaïre, n°25, 1er trimestre 1993.
  4. Merci à Bernard ROUX qui nous a fourni les listes d'abonnés de 1950 et 1960.
  5. Site http://perso.orange.fr/ecole.cheylas/Village/telephon.htm
  6. Cette entreprise familiale a été fondée en 1866 par Émilien ROCCA, descendant d'une lignée de négociants et d'armateurs ligures installés à Marseille au début du XIXème siècle, ses deux beaux-frères Barthélemy et François DE ROUX et le fabricant d'huile Félix TASSY. Elle est à l'origine du brevet d'un beurre de coco à partir de coprah, la "Végétaline", déposé en 1898. C'était, à la veille de la guerre de 1914-1918, une des entreprises les plus vastes et les plus complètes du secteur, avec ses ateliers de sacs et de scourtins, sa tonnellerie, son atelier de mécanique et de chaudronnerie. Elle disparaîtra dans les années 1970.
    Tiré de : http://www.marseille-innov.org/lettre/doc/MIP_Provence_lettre_6.pdf