En 1850, le maire de Montmaur est Antoine SERRES.

Il est né le 16 avril 1809 à La Cluse, d'Antoine (1777-1837) et de Marguerite MORGAND (1776-1852). Comme c'était alors la coutume, il porte le même prénom que son frère décédé le 15 février 1808 à l'âge de 10 mois.

Cultivateur, il épouse le 16 novembre 1830 à La Freyssinouse, Madeleine Mélanie MARIN, dite Marie, née dans ce village le 1er Mai 1809. Le père de la mariée, Jean François, cultivateur, sera maire de La Freyssinouse en 1837 et y décèdera le 1er novembre 1849 ; c'est le fils de Dominique et de Madeleine PELLEGRIN.

De l'union d'Antoine SERRES et de Madeleine MARIN naissent neuf enfants : Marie Alexandrine Valérine, dite Alexandrine, le 6 décembre 1831 ; Julie Eugénie Louise, le 13 février 1835 (décédée le 9 avril 1839) ; François Désiré, le 20 février 1838 ; Pierre Fructus, le 8 janvier 1841 ; Marin Alphonse, le 19 septembre 1843 ; Anne Élisabeth, dite Lisa, le 14 novembre 1846 ; Sophie Hélène, le 2 juin 1849 (elle décède quelques jours plus tard, le 9 juin 1849) ; Marie Angéline, le 18 décembre 1850 et Adrien Hypolite, le 20 juillet 1853.

L'aînée des enfants, Marie Alexandrine épouse Joseph PIOT, de La Lauze à Agnielles, le 12 janvier 1853 à Montmaur. Pour son second mariage Joseph PIOT a choisi une épouse de 15 ans sa cadette.

A l'âge adulte, François Désiré SERRES, s'installe comme boulanger à Montmaur.

Marie Alexandrine Valérine décède à Agnielles, le 12 juin 1860, à l'âge de 28 ans. Est ce pendant ou des suites d'un accouchement ? Elle précède d'un an Antoine, son père, qui disparaît le 22 mai 1861 à Montmaur, à l'âge de 52 ans.

Après avoir respecté les mois de deuil convenables, François Désiré se marie le 1er Janvier 1862 à Agnielles avec Anne Marie Joséphine PIOT, née le 9 Avril 1842, fille de Anne MICHEL et de Joseph PIOT, celui qui a épousé en secondes noces Marie Alexandrine Valérine, 9 ans plus tôt (2, 3). Elle lui donnera une fille prénommée Hélène. Six ans après le mariage, le 16 août 1868, Anne-Marie Joséphine décède à l'âge de 26 ans. Est ce là encore au cours d'un accouchement ?

C'est l'époque où en Égypte se creuse le canal de Suez sous la direction de Ferdinand DE LESSEPS. Le chantier de creusement du canal maritime commencé le 9 juin 1859 à Port-Saïd se poursuivra pendant dix ans jusqu'à son inauguration le 17 novembre 1869, en présence de l'impératrice Eugénie.

Ces grands travaux induisent l'immigration de populations venues de toute la Méditerranée pour travailler ou commercer dans cette région. Après le creusement, Port-Saïd et Suez se trouvent au centre des grandes voies maritimes des empires coloniaux. Ces deux ports, symboles du commerce international, sont aussi des ports de ravitaillement, avec une zone franche à Port-Saïd qui jouit d'une solide tradition marchande. Dans ces ports se croisent des populations bigarrées - militaires, ouvriers, pèlerins, touristes - qui concourent au développement des structures hôtelières et autres activités particulières (4).

L'attrait d'une nouvelle vie, supposée meilleure, a déjà attiré Pierre Fructus en Égypte. Il a développé une boulangerie à Port-Saïd qu'il dirige avec l'aide de sa soeur Marie Angéline. Il a épousé Thérèse Marie GOYARD qui lui a donné 4 enfants : Pierre, Hélène, Désiré, né le 14 février 1876, et Paul, né le 9 octobre 1884. Sur la photographie ci contre prise vers 1904, on le voit assis devant la porte de son commerce. Il est alors âgé d'une soixantaine d'années. L'homme derrière lui est sans doute un de ses fils et la femme avec l'enfant est peut être Marie Angéline. On peut noter encore qu'en quittant la France pour l'Égypte, le "s" terminal du nom SERRES s'est perdu et que la boulangerie est au nom de SERRE, nom que portent toujours les descendants de cette famille.

Les affaires sont prospères. Les descendants de la famille signalent que Pierre Fructus était propriétaire de tout un quartier de la ville. Aussi, devenu veuf, François Désiré ne songe plus qu'à s'expatrier pour rejoindre son frère et sa soeur à Port-Saïd. Il a pu exercer dans ce port ses activités de boulanger. Malheureusement pour lui pendant peu de temps. A t'il succombé à une maladie tropicale ? Il décède le 9 Octobre 1870 à Port-Saïd à l'âge de 32 ans.

Madeleine Mélanie MARIN survivra quelques années à la mort de son fils ; elle disparaît le 18 septembre 1873 à Montmaur.

Selon un jugement daté de 1875 et qui concerne l'héritage d'Antoine SERRES, Marin Alphonse, propriétaire, est domicilié à Montmaur où il a repris la boulangerie familiale, Élisa a épousé Auguste MÉTAILLER, contremaître à la fabrique de drap veynoise, et demeure à Veynes, Adrien Hypolite est brigadier d'infanterie de marine en garnison à Lorient, la fille mineure de Désiré, Hélène, a pour tuteur son oncle Jean Joseph PIOT domicilié à Agnielles.

Adrien Hypolite, le plus jeune des enfants, a lui aussi suivi ses frères et sa soeur en Égypte. On sait seulement de lui qu'il s'est marié au Caire, le 23 juillet 1900 avec Philiberte DUDRAGUE.

Des 4 enfants de Pierre Fructus, deux vont mourir pour leur patrie pendant les combats de la première guerre mondiale. Pierre et Paul, revenus en France pour défendre leur patrie sont mobilisés à Gap. Paul est soldat au 359ème RI, régiment de Réserve du 159ème, constitué en 1914 et caserné à BASTIA. Après avoir participé en 1914 aux victoires de Lorraine, avoir été engagé sur le secteur " Vieux-Thann " au début de janvier 1915, il se retrouve à partir de la mi-avril au Sillaker-Wasen et à la côte 380, dans le secteur de Metzeral, puis au mois de juin au pied du Linge. Le 27 juillet 1915, Paul est tué à l'ennemi pendant la bataille du Lindge. L'historique du 359ème RI nous rapporte ses derniers combats :

CAMP DE WECHSTEIN - LAC NOIR - LINGE
27 juin, 28 août 1915.
Le 28 juin, le régiment est désigné pour prendre les avant-postes à Pairis, Noirmont, Basses-Hutes, à la Crête Rocheuse, à l'Hornelskopf, au Combekopf, face au Lingekopf, au Schratzmänele et au Barrenkopf, tenus par l'ennemi. Pendant deux mois, sous des bombardements incessants, le régiment, tout en maintenant d'une façon absolue l'intégrité du terrain qui lui est confié, prend part à plusieurs attaques, où toutes les unités se signalent par leur entrain et leur mordant.
Le 26 juillet, c'est le 7e bataillon qui se distingue ; sa bravoure lui vaut une citation à l'ordre de l'Armée. La 24e compagnie repousse de nombreuses contre-attaques ; elle est citée à l'ordre de la division.

Henri Alpin Serre, captivif en Allemagne, décède le 12 novembre 1918 d'une pneumonie. Il était caporal au 23ème régiment d'infanterie coloniale. Il a été inhumé en Moselle à Sarrebourg, Nécropole nationale "PRISONNIERS DE GUERRE" avec 13319 autres. Son nom, ainsi que celui de son frère, sera gravé sur le monument aux morts de Veynes.

Désiré quant à lui épouse Adélaïde COSTARIS, dite Lilla. Elle exerce la profession de modiste, il est comptable, probablement à la Compagnie Nationale du Canal de Suez. Souffrant de maladie respiratoire, il revient à Veynes pour y être soigné mais il décède dans cette ville le 8 février 1910 à l'âge de 34 ans. Il laisse trois enfants en bas âge : Marcel né en 1903 à Ismaïlia, Oswald né le 27 juin 1905, et Amélie dite Nini. Amélie épousera un Yougoslave, Étienne ISOTIC. Comme Désiré, Marcel et Oswald travailleront à la compagnie du canal de Suez : Marcel au transit à Ismaïlia et Oswald comme agent du mouvement à Port Tewfik. Tous deux feront souche en Égypte avant de décéder de maladie en 1955, un an avant la nationalisation du canal de Suez et les événements de décembre 1956.

Leurs descendants reprendront alors le chemin de la France ... (5).


  1. Les données généalogiques sont extraites des sites de Claude Piot : http://gw.geneanet.org/claudepiot et http://perso.orange.fr/claude-piot/Genealogie.htm
  2. Contrat de mariage le 15 décembre 1861 chez Maître LACHAU, à Aspres.
  3. En se mariant avec François Désiré SERRES, Anne Marie Joséphine PIOT, dite Marie, épouse le beau-frère de son père ! Lequel père, étant une nouvelle fois veuf, se remarie le même jour avec Émilie CORRÉARD !
  4. Mme Caroline PIQUET, "Passages, voyages et escales dans l'isthme de Suez aux XIXe et XXe siècles ", 130e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 18 avril 2005.
  5. Un grand merci à Gérard SERRE pour les indications et les photos qu'il m'a fournies et qui concernent la vie des SERRE (S) en Égypte. Bernadette et Gérard SERRE accueillent dans leur atelier tous les passionnés d'objets décoratifs, manufacturés dans la lonque tradition de l'artisanat d'art Français, et les personnes en quête d'authenticité et d'originalité (leur site web : http://perso.orange.fr/serremorizot/).