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Pour l'époque médiévale les documents se rapportant au dénombrement de la population du village sont inexistants. Jusqu'au XVIIIème siècle, les impositions et donc les recensements sont faits par feux, c'est à dire par familles. Et lorsque le nombre de familles diminue par suite de maladies ou de guerre, les habitants se plaignent et réclament une révision des feux. On ne sait pas si ce fut le cas à Montmaur, mais après le rattachement du Dauphiné à la France, nombre de communautés sollicitèrent du nouveau Dauphin, Louis II, une révision des feux. C'est ainsi que le 30 juin 1442, le Dauphin envoya Olivier FRÉTART, son maître d'hôtel, et Casin CHAILLE, son conseiller et trésorier général (1), pour réviser les feux des communautés qui avaient à se plaindre de la charge excessive de leurs feux (2,3). A cette époque, les nobles, prêtres étaient exclus de ce compte et selon le souhait du Dauphin, n'étaient retenus comme solvables que les familles qui avaient 10 f d'or, toutes dettes déduites. Selon l'abbé ALLEMAND (4), la population de Montmaur qui était de 245 habitants au XVème siècle (5), s'élevait à environ 520 habitants vers 1636 (6). Cette augmentation de population s'est faite en dépit des épidémies et notamment des ravages de la peste que la communauté a subis en 1347-1349 (7), en 1438 (8), puis probablement en 1451 et 1452 (9), et peut être en 1522 ou encore de 1531 à 1535, mais aussi en dépit des famines et des guerres qui ont ravagé la région. Le premier dénombrement de la population de Montmaur dont on connaisse le résultat est celui du 30 novembre 1694 (4). Ce jour-là, dans une des salles du château de Montmaur, les cent vingt huit représentants des familles de la baronnie se trouvent réunis pour s'acquitter de la taille seigneuriale, redevance payée au seigneur par les serfs et les roturiers. Dans ce décompte des feux, le village compte pour 53 feux, les Vaux pour 25 feux, le Villard pour 11 feux, Rabioux également pour 11 feux, le hameau des Arses (La Montagne) pour 9 feux, les hameaux de moindre importance sont la Frédière avec 7 feux, Brunsel avec 3 feux et les Sauvas avec 2 feux seulement. S'ajoutent à ce décompte 7 feux veynois dont on ne sait s'ils habitaient le village ou s'ils étaient uniquement propriétaires. Pour en déduire une indication de la population du village, il faut alors multiplier le nombre de feux par le nombre de gens qui habitaient sous le même toit. Pour sa part, ROMAN utilise le facteur 5. Il s'appuie sur les relevés de populations du diocèse d'Embrun effectués en 1783 par le curé ALBERT, relevés qui font apparaître une moyenne de 5 personnes par famille. Cependant, déjà en 1894, BARDON dénonçait ce calcul (10) :
En effet, une famille de 8 personnes comptait seulement pour un feu, et un célibataire, une veuve ou un veuf comptaient selon les régions pour 1/4 ou 1/2 feu. Ainsi lorsque le nombre de veufs ou de veuves était élevé, le rapport entre nombre d'habitants et nombre de feux pouvait être plus faible que 4 et voisin de 3. Cependant, les auteurs ont pris l'habitude d'utiliser un facteur de multiplication égal à 4 ou 5 . On peut alors donner deux estimations, une basse et une haute, de la population Montmaurine en 1694. Ainsi, aux 128 feux correspondrait une population comprise en 512 et 640 habitants. Ces valeurs de la population approximativement égales au début (520 habitants) et à la fin du XVIIème siècle (entre 512 et 640 habitants) semblent plausibles. N'oublions pas qu'avec la révocation de l'édit de Nantes et la destruction du temple de Veynes, les protestants montmaurins ont quitté en grand nombre le village vers 1685. On peut encore noter que la communauté a eu à souffrir des guerres qui se déroulèrent dans la région et notamment des exactions des troupes du Duc de Savoie, Victor-Amédée II, en 1692. Il faudra attendre le règne de Louis XIV pour que prévale l'idée de faire des recensements à l'échelle de la France. Un certain nombre furent réalisés et notamment celui de 1774, le premier à présenter des listes nominatives, mais nous n'en connaissons pas les résultats pour le Dauphiné (11). Selon les auteurs, le XVIIIème siècle fut une période de prospérité et de croissance économique pour le Dauphiné. Ce qui devrait se traduire par une augmentation du nombre d'habitants de Montmaur. Si nous ne disposons d'aucune valeur de population, nous pouvons cependant obtenir une estimation de cette valeur grâce au nombre des baptêmes. En effet, pour évaluer approximativement la population d'une paroisse au cours d'une décennie, on peut établir une moyenne décennale des baptêmes. D'après François LEBRUN, en (12) :
Pour le XVIIIème siècle, et selon les registres tenus par les curés de Montmaur, il s'est produit 2317 naissances en 100 ans, ce qui conduit à une fourchette de la population du village comprise entre 580 et 650 habitants. Or ces valeurs sont plus élevées que celle de 550 habitants déclarés en 1789 lors de la rédaction du cahier de doléances par les consuls de Montmaur ROBIN et EYMERY, valeur qui donnent à penser que la population n'a pas augmenté depuis le début du siècle (13). Mais, les consuls signalent que la communauté a été attaquée d'une maladie épidémique en 1786 et que les ravages étaient considérables. Et en effet, le nombre de morts cette année là est assez élevé et égal à 35, le double d'une année ordinaire pour laquelle on compte environ 17 décès. Cette situation s'est produite de façon régulière au cours du siècle, en 1724, 1747, 1756 et 1769. C'est probablement le nombre de décès élevé lors de ces années qui est la cause de la faible évolution de la population malgré un taux de natalité favorable. A l'époque révolutionnaire le décret du 13 janvier 1791 sur la contribution mobilière prescrivit l'établissement du rôle de tous les habitants en indiquant leur profession, leur état civil, le nombre de leurs enfants, les domestiques, s'ils étaient citoyens actifs et ce qu'ils payaient au titre de la contribution foncière. Les pauvres figuraient en fin de rôle. Un décret des 19-22 juillet 1791 obligea les municipalités à tenir un registre des habitants et à le remettre à jour chaque année en novembre et décembre. Devaient être précisés les "nom, âge, lieu de naissance, dernier domicile, profession, métier et autres moyens de subsistance". On devait mentionner les gens sans aveu (sans moyen de subsistance), les gens suspects (refusant de faire une déclaration). Ce fut, dit REINHARD, la première loi demandant un relevé de population. Par décret du 11 avril 1793 et pour servir de base à la formation du corps législatif, la Convention imposa à toutes les communes de dresser, dans le plus bref délai, un état de sa population effective, avec mention du nom des citoyens ayant droit de voter. En 1799, Montmaur possède 476 habitants.
Par la suite, de 1806 à 1846, la population progressera régulièrement jusqu'à atteindre son point culminant avec 737 habitants, valeur qui n'a plus jamais été égalée par la suite. C'est la période qui succède à la chute de Napoléon, la Restauration, et qui voit le retour des Bourbons, de 1815 à 1830. Cette période de bien être est manifeste pour tout le département des Hautes-Alpes qui compte alors 132 500 habitants, maximum de son histoire, mais aussi pour tous les départements compris entre les Alpes, le Rhône et la Méditerranée (14). Mais, alors que l'augmentation de population se poursuit pour les départements limitrophes de la Méditerranée, à partir de 1846, la population des départements de montagne commence à régresser (15). Pour le village, la disparition de la population se poursuivra jusqu'en 1975. Selon Paul BUFFAULT :
Pour expliquer la dépopulation des montagnes, les auteurs mettent aussi en avant l'effet indirect des torrents et de l'érosion torrentielle aggravée par le déboisement. Mais de nombreuses autres causes peuvent être avancées. Tout d'abord la guerre de 1870, l'ouverture du village sur l'extérieur avec la construction de la voie de chemin de fer vers la même époque, mais aussi et surtout avec la 1ère guerre mondiale qui vit disparaître près d'un quart de la population mâle de l'époque, c'est une population jeune, travailleuse qui disparaît (16) ! Sans oublier les incendies, comme celui survenu à Rabioux le 4 mars 1904, qui causent la ruine et le départ de familles entières. On peut encore invoquer la disparition de l'agriculture traditionnelle. Cette agriculture a dû s'adapter à la mécanisation, elle nécessite moins de bras.
Ainsi, Montmaur voit peu à peu sa population se réduire et vieillir. En 1921, il ne restait plus que 505 habitants dans la commune dont 266 "agglomérés au chef lieu" (17). Ce nombre n'a fait que baisser jusqu'en 1975 pour atteindre la valeur de 229 habitants, peut être la valeur la plus basse de l'histoire du village ! Cependant, depuis 1975 on assiste à une résurrection du village (18). Ce n'est pas un cas particulier, c'est un effet qui est général à tout le département dont la population cette année là est en expansion pour la première fois depuis longtemps avec 97 358 Haut-Alpins (19). Cet effet se poursuit aujourd'hui encore. Le recensement de 2006 a fait apparaître un nombre de Montmaurins égal à 499. Ainsi, en 30 ans, la commune a gagné 270 habitants, elle a plus que doublé sa population ! Cet effet est dû en partie à l'arrivée de nouveaux habitants ce que traduit l'augmentation du nombre de logements, de 209 en 1975 à 337 en 2006, nouveaux Montmaurins définitivement fixés au village car depuis cette date le nombre de résidences secondaires n'a que peu varié (de 91 à 115). Mais l'excédent naturel a aussi contribué à la hausse de la population : le taux de natalité est passé en 30 ans de 5,1 à 11,9 % et le taux de mortalité durant la même période a fortement diminué passant de 18,7 à 8,8 %. Ainsi, à l'heure actuelle, Montmaur est une commune jeune. Selon le recensement de 2006, 135 habitants ont moins de 20 ans, soit 27% de la population. Quant aux habitants de plus de 75 ans, ils représentent moins de 6 % de la population.
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