Le choix du prénom de l'enfant n'est pas innocent. Pour les ainés, c'est généralement celui porté par le père ou la mère, pour les cadets, c'est celui du parrain ou de la marraine ; en dernier lieu, le choix se porte sur le prénom des grands-parents.

Les parents tentent de faire survivre ces prénoms, souvent avec "acharnement", et lors d'une nouvelle naissance, ils choisissent à nouveau pour le nouveau-né le prénom porté par un des enfants décédés. C'est ainsi que de naissance en deuil, plusieurs enfants ont le même prénom, par exemple :

  • Dans la famille de Joseph MÉTAILLER du Petit VAUX, marié avec Magdeleine MÉTAILLER, 3 filles porteront successivement le prénom de Marie, en 1732, 1733 puis 1748, 2 garçons le prénom de Jean en 1738 puis 1743.
  • Trois garçons d'Antoine EYRAUD et d'Anne LANTELME des BERNARDS porteront le prénom de leur père en 1739, 1741 et 1751.

Aussi le choix est limité et seuls quelques prénoms sont utilisés lors des baptèmes ; pour les garçons, les prénoms les plus courants au XVIIIème siècle, sous leur forme simple et par ordre décroissant d'utilisation, sont : Jean, Pierre, Jacques, Joseph et Antoine, ce qui n'a rien d'original comparé au reste de la Provence ou du Royaume (1). On peut noter la prépondérance du prénom Jean qui est deux fois plus porté que le prénom Pierre.

Les prénoms donnés aux filles sont quelque peu plus variés ; ce sont les Marie et les Anne qui sont les plus nombreuses ; viennent ensuite les Marguerite, Jeanne, Magdelaine, Catherine, Suzanne, Françoise et Elisabeth (2). Ces prénoms, d'origine hébraïque, latine ou grecque, sont encore usités de nos jours.

D'autres sont beaucoup plus anecdotiques et certains apparaissent portés par des personnes agées des familles les plus aisées du début du XVIIIème siècle. Il s'agit de prénoms qui avaient la préférence des nobles et des bourgeois du siècle précédent ou bien encore de prénoms portés de génération en génération dans ces familles. Pour les garçons, le choix est plus vaste, on observe quelques Caéfan, Catina, Esprit, Guiges (3), Lagier, Noé, Thézard ou Toussaint et pour les filles un nombre assez élevé de Dimanche ou de sa forme provençale Doumengue (4), et quelques Isabeau, Lucrèce ou Olympe.

Enfin, on trouve quelques rares prénoms à consonance protestante, prénoms vétérotestamentaires qu'ignorent les catholiques romains, tels que : Abraham, Balthazard, Isaac, Salomon pour les garçons et pour les filles Judith. Selon les auteurs, ces prénoms n'avaient pas cours dans le monde catholique de l'époque, sauf exceptions rarissimes, et il existe une forte présomption pour qu'il s'agisse d'enfants nés de parents protestants (5). En effet, la lecture assidue de la Bible, qui était de rigueur chez les huguenots, les avait familiarisés avec des personnages dont ils ont voulu donner les prénoms à leurs enfants.


  1. D'après l'abbé Paul GUILLAUME, au moyen âge, les prénoms masculins les plus fréquents sont : Albert, Arnaud, Arnoux, Antoine, Bertrand, Barthélemy, Étienne, Lantelme, Odon, Pierre, Raymond.
    Abbé Paul GUILLAUME, Chartes de Notre Dame de Bertaud, A. Picard Ed., Paris, 1888.
  2. Selon la même source, au moyen âge, les prénoms féminins les plus fréquents sont : Alaysia, Arnauda, Agnesia, Beatrix et Beatrisia, Berengaria, Girauda, Guillelma, Johanna, Maria, Philippa.
  3. Guiges semble être un prénom donné en honneur aux Dauphins de Viennois.
  4. La forme Doumengue ou Domengue est attestée en 1590-1600 dans le Dauphiné. Domenge est le dimanche en patois d'une partie du Dauphiné. Ce prénom semble seulement attribué aux filles. Il sera classiquement francisé en Dimanche.
  5. Site internet : http://www.roelly.org/~pro_picards/index.htm