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Au
mois d'août 1897, de grandes manoeuvres sont organisées par les troupes
du 14ème Corps d'armée dans la Maurienne. Le Président Félix FAURE
en personne assiste durant quelques jours à ces manoeuvres. Il est venu
visiter les points stratégiques de la
frontière des alpes et passer en revue l'armée des Alpes. Il apporte avec lui les décorations accordées aux
officiers, sous-officiers et soldats de certains postes. C'est ainsi qu'il
décore Grand Officier de la
légion d'Honneur le général Charles Jules ZÉDÉ, commandant le 14e Corps
d'armée et gouverneur militaire de Lyon (1).
Devant le Président, les soldats
escaladent les cols dangereux, exécutent des feux de salve sur des pics
d'une hauteur effrayante, établissent des batteries sur des sommets vertigineux.
A l'issue de sa visite, Félix FAURE aura constaté que la frontière du sud-est est bien gardée par des soldats
alpins si alertes, si courageux, et si intelligents dans l'action comme
l'écrit le journaliste du Petit Journal (2).
Le mois suivant, une partie des troupes se déplace dans
la région de Montmaur. Près de 12 000 hommes, sous le commandement de
Paul Vincent FAURE BIGUET, général de la 27ème division d'infanterie,
s'établissent dans la vallée du Buech, entre Gap et Aspres-sur-Buech (3)
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Les Manoeuvres Alpines
(De notre correspondant particulier)
Gap, 28 août.
Lundi commenceront dans la vallée de Buech, entre Gap et Aspres, les
grandes manœuvres de la 27e division. Les troupes seront comme
effectif de près de 12 000 hommes et 400 officiers. Le
général de division Faure-Biguet aura sous ses ordres le général
Bonnet, commandant de la 53e brigade, et le général Legrand, chef de la
54e. On ne connaît absolument pas le thème des différentes manœuvres
qui vont avoir lieu, cependant tout nous porte à croire qu'elles
débuteront par Aspres, avec une deuxième phase dans les environs de la
Roche-des-Arnauds, pour se terminer dans la plaine de Veynes, avec la
revue près de Labatie-Monsaléon. Le 22e et le 75e d'infanterie
déboucheront parle col de Cabre, tandis que le 140e arrivera par le col
de la Croix-Haute et que le 96e, se portera au-devant de ses adversaires
par le col de la Freissnouse. Quatre bataillons de chasseurs alpins, les
12e, 14e, 28e et 30e renforceront les troupes de ligne.
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Les manoeuvres débutent dès le 1er
septembre. Si les opérations menées les deux premiers jours n'ont pas
impressionné le correspondant local du Petit Parisien, il est
enthousiasmé par celles conduites dans la journée du 3 septembre dans la plaine de
Montmaur. Des bataillons de chasseurs alpins, établis le long de la voie
ferrée près de la gare de Montmaur, ont pour mission d'empêcher les
troupes venues de Veynes, de forcer le passage en direction de Gap.
L'offensive se déroule sous une fusillade terrible et des canonnades qui
résonnent dans toute la vallée (4)
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LES MANOEUVRES ALPINES
(De notre correspondant particulier)
Gap, 4 septembre.
Si les deux premières journées des manœuvres ont été assez
dépourvues d'intérêt, celle d'hier a revêtu un caractère très
intéressant.
Le parti B, composé de bataillons de chasseurs alpins, s'était établi
à cheval sur la voie ferrée, près de Montmaur, et avait pour mission d'empêcher
le parti A de forcer la route de Gap.
Dès cinq heures, le parti A, composé de quatre régiments d'infanterie
et de deux bataillons de chasseurs, se déploie en amont de Veynes et
commence une admirable marche offensive.
La vallée entière est fermée par cette muraille vivante. Le coup d'œil
est merveilleux. De
temps, en temps quelques escarmouches animent cette ligne de fer, puis le
calme se rétablit, le canon seul ébranlant les murailles de granit des
hautes montagnes qui encaissent la vallée.
Vers dix heures, les deux partis prennent contact. La fusillade devient
terrible, et quand la charge est sonnée, c'est un spectacle
indescriptible de voir monter à l'assaut cette cohue humaine drapeaux
déployés.
Les chasseurs sont délogés et la manœuvre prend fin aujourd'hui.
Les troupes ont repos demain, et après-demain aura lieu une manoeuvre de
la division contre un ennemi figuré. Mardi, les soldats seront passés en
revue dans la plaine du Poteau Saint-Luc.
Les troupes sont très éprouvées par la température réduites au
bivouac, elles ont eu à souffrir de la fraîcheur des nuits.
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Après une journée de repos, les opérations reprennent. De la
Roche-des-Arnauds, les troupes marchent en direction de Veynes. Les
premières escarmouches ont lieu au petit matin au niveau de Labéoux.
Elles se poursuivent jusque dans Veynes et sur ses hauteurs (5)
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LES MANŒUVRES ALPINES
(De notre correspondant particulier)
Gap, 6 septembre.
La 27e division descend en colonne serrée des hauteurs de la
Roche-des-Arnauds et marche sur Veynes.
Vers sept heures, son extrême pointe se heurte aux avant-postes ennemis
et les déloge de leur position, derrière le torrent de Labeoux.
Le gros du parti B bat immédiatement en retraite et se retranche dans
Veynes. Le parti A se jette résolument à sa poursuite, et tandis que le
14e chasseurs pénètre a sa suite dans la ville, le reste de la division
fait un mouvement tournant.
L'ennemi se retranche sur le plateau des Égaux et couvre d'une fusillade
terrible le 14e.
Pendant plus d'une heure la lutte continue ; l'artillerie établie sur une
hauteur voisine fait un bruit assourdissant.
Plusieurs charges ont lieu entre les deux
troupes en présence sans aucun résultat ; cependant le gros de la troupe
a évolué, et de toutes les cimes environnantes débouchent des colonnes
serrées, emprisonnant le parti B.
Une clameur s'élève, les clairons sonnent la charge. Cette masse humaine
se précipite, la baïonnette haute, et enlève, dans un mouvement
superbe, la position ennemie.
La foule, qui est énorme, joint ses hourras à ceux des troupiers et
manifeste en faveur des vainqueurs. Le spectacle est superbe.
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Ces exercices militaires grandeur nature avaient de quoi surprendre
et exalter les
habitants de la région venus en masse.
Deux ans plus tard, des manoeuvres, organisées entre
Briançon et Veynes, se dérouleront à nouveau dans la région (6).
C'est grâce à aux enseignements tirés de telles
manoeuvres et à l'entraînement acquis par les soldats des bataillons de
chasseurs alpins que ceux ci combattirent vaillamment en 1914, de l'Hartmannswillerkopf à la tête des Faux, de l'Hilsenfirst au
Lingekopf, et qu'ils entrèrent dans la légende des
corps d'élite, y gagnant de leurs adversaires le qualificatif de "Schwarze
Teufel", francisé en "Diables bleus".
- Site Internet "L'armée
Française (1850-1914) et la photographie".
- Le Petit Journal, supplément illustré du dimanche, n°353, 22
août 1897.
- Le Petit Parisien, n°7611, 29 août 1897.
- Le Petit Parisien, n°7618, 5 septembre 1897.
- Le Petit Parisien, n°7620, 7 septembre 1897.
- Le Petit Parisien, n°8205, 14 avril 1899.
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