Au XIXème siècle, nombreux sont les jeunes Montmaurins qui, ayant tiré un "mauvais" numéro, partent pour un service militaire qui pour certains durera 7 ans. En 1872, cette durée sera ramenée à 5 ans, puis à 3 ans en 1889.

Et nombreux furent ceux qui participèrent aux différentes conquêtes coloniales menées pendant ce siècle mais aussi à la guerre de 1870. Et certains y laissèrent leur vie (1).

La conquête de l'Algérie

Quatre Montmaurins perdent la vie durant cette période. Aucun d'eux n'a été tué ou grièvement blessé ; apparemment tous sont morts par suite de maladie. Car plus que les blessures par balle, trois types d’infections affectent, de manière chronique, les troupes de l’armée d’Afrique : les fièvres intermittentes, la dysenterie et les troubles des organes abdominaux

Étienne BROCHIER, né le 5 juillet 1821, fils de Pierre, dit Gallon, et de Magdeleine GONTARD, est fusilier à la 2ème compagnie du 1er bataillon du 44ème régiment de ligne qui fait partie de l'Armée d'Afrique. Ce régiment est en Algérie depuis 1844 et le restera jusqu'en 1849. Il a combattu contre Abd el Kader, puis, en 1846, il participera à la soumission du Dahra, insurgé par les instigations du marabout Bou-Maza, puis à celle de l'Aurés. Mais le 12 février 1846, atteint de dysenterie, Étienne BROCHIER entre à l'hôpital de Sidi Bel Abbes (province d'Oran). Son état se détériore rapidement, et il décède le 19. Il avait 25 ans.

Antoine Théophile BONNIOT est né le 12 septembre 1827. C'est le fils d'Ambroise et de Marie SERRE. Enrôlé au 20ème régiment d'infanterie, il a fort probablement participé au siège et à la prise de Rome en 1849, avant que son régiment ne soit envoyé en Algérie, division de Constantine, en 1851. Mais au mois de janvier 1853, alors que ce régiment a regagné la France, Antoine Théophile BONNIOT est resté en Algérie, à Bonne ou dans les environs, car lorsqu'il entre à l'hôpital de Bonne, il est déclaré ex militaire et sans profession. Le 23 janvier, il décède à l'âge de 26 ans. La cause de son décès n'est pas indiquée sur l'acte que reçoit le maire de Montmaur.

Jean Pierre BROCHIER est né le 27 octobre 1823. C'est le frère d'Étienne. Il est grenadier au 1er bataillon du 20ème régiment de ligne, régiment qui comprend 2 bataillons, est fort de 1250 hommes, et a fait partie du corps expéditionnaire de la Kabylie des Babors en 1853. Entré à l'hôpital militaire d'Aoud Pacha, le 30 janvier 1855, Jean Pierre BROCHIER y décède le 11 février par suite de dysenterie chronique acrodynie.

Jean Frédéric MÉTAILLER est né le 17 novembre 1826 à La Frédière, fils de Jacques et d'Anne Hyppolite JEANSELME. Ce n'est pas un combattant : il est caporal infirmier major aux hôpitaux militaires de la division d'Alger. Son service au milieu des malades lui sera fatal. Le 6 novembre 1856 il décède de la fièvre typhoïde à S(ou L)imbala de Draâ El Mizan, commune algérienne située dans la wilaya de Tizi-Ouzou dans la région de Kabylie.

La guerre de Crimée

Sans parler des nombreux blessés inhérents à toute guerre, les trois plus grandes causes de difficultés sanitaires de la flotte en Crimée furent les épidémies de choléra et de typhus et le scorbut. Le choléra débute en juillet 1854 et a, semble t-il, pour origine une contamination apportée de Marseille par les troupes venues des provinces méridionales de la France sur les paquebots des messageries impériales. On retrouve une seconde épidémie en mai 1855 peu de jours après le débarquement à Ienikale.

Le typhus quant à lui va sévir surtout de février à mai 1855 en particulier lors du mouillage de la flotte dans la baie de Kamiesch.

Le scorbut fut l'affection dominante pour les derniers mois de 1854. Il faut cependant avoir bien à l'idée que le scorbut est resté constamment une préoccupation pour le Service de Santé tout au long de la guerre depuis même 1853 à Besika jusqu'en avril 1855.

Le 6 février 1856, SCRIVE, médecin en chef de l'armée écrit que les hôpitaux regorgent de malades et que beaucoup de malades attendent dans les régiments que des places se libèrent à l'hôpital : "Ainsi, le 57e a à peu près 200 malades, le 10e de ligne 150, le 61e 200, le 6e dragon 40..." (G. Scrive, Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient, Victor Masson Ed., Paris, 1857.)

Jean Étienne JEAN Ramé est né le 5 mars 1827, et déclaré par le maire Pierre EYMERY de sexe féminin ! C'est le fils de Victor et de Marie LESBROS. Il est fusilier au 10ème régiment de ligne, 3ème bataillon, 4ème compagnie, et se trouve donc à cette époque parmi les 150 malades signalés pour ce régiment. Il décède le 18 février 1856 à l'hôpital militaire de Constantinople par suite de diarrhée. Il était âgé de 29 ans.

Michel François ODDOU, né le 7 novembre 1834, fils de Michel et de Thérèse REYNAUD, est fusilier au 19ème régiment d'infanterie, l'un des plus anciens régiments de l’armée française. Il appartient au 2ème bataillon de la 1ère compagnie. Malade du scorbut, le 25 janvier 1856, il est pris en charge par l'ambulance active de la 3ème division d'infanterie. Il y décède presque un mois plus tard, le 20 février.

Jean François ROUX est né aux Sauvas, le 5 novembre 1826. C'est le fils de Joseph et de Françoise BEAUME. En 1854, il est fusilier au 20ème régiment de ligne. Ce régiment est en Crimée entre 1854 et 1855. Il participera à la bataille de l'Alma (20 septembre 1854) et à la prise de Malakoff (8 sept 1855). Mais, le 7 août 1854, à l'âge de 32 ans, Jean François ROUX décède à bord de la frégate La Calypso, frégate de 2ème rang, armée en transport. Ce bateau rapatrie les blessés et les opérés, ce qui donne à penser que Jean François ROUX a été grièvement blessé lors des combats. Mais il est infesté par le typhus comme le signale Michel LÉVY : "la frégate La Calypso, qui a transporté, de Sébastopol à Constantinople, plus de 3000 blessés, s'est convertie en un foyer de typhus" (Michel LEVY, Traité d'hygiène publique et privée, Baillières Lib., Paris, 1869.). L'acte de décès ne sera transcrit qu'en 1858 sur les registres de Montmaur.

La guerre de 1870

Après la défaite de Sedan du 2 septembre 1870, l'Armée de la Loire est formée en octobre 1870 par Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur et de la Guerre du Gouvernement de la Défense nationale, réfugié à Tours, pour poursuivre la guerre contre les allemands.

Cette armée est créée à partir de troupes rappelées d'Algérie, de soldats des dépôts et des réserves, qui forment le 15ème corps d'armée sous la direction du général DE LA MOTTE-ROUGE.

Le 5 décembre, la délégation de Tours forme deux armées de la Loire : La première composée des 15ème, 18ème et 20ème corps, sous le commandement du général BOURBAKI. La deuxième, composée des 16ème, 17ème et 21ème corps est confiée au général CHANZY.

A la fin janvier, le 21ème corps se replie dans la Mayenne, non loin de Laval entre Montgiroux et Ambrières. C'est là que va décéder Pierre Joseph BOURGES.

Pierre Joseph BOURGES dit Joseph est né le 24 décembre 1850, fils de Jean et de Caroline SARRAZIN. Il est soldat au 58ème régiment de marche qui fait partie du 21ème corps. Le 27 février 1871, il décède à l'ambulance de Saint Michel à Laval.

La Cochinchine

En 1867, les résistances de Tu-Duc conduisent l'amiral DE LA GRANDIÈRE à annexer aux possessions françaises les trois provinces : Vinh-Long (20 juin), Chau-doc (22 juin) et Ha-tien (24 juin).

Pierre GRIMAUD est né le 17 octobre 1841, fils d'Antoine et de Catherine LAPEYRE. Il est soldat à la 3ème compagnie du 4ème régiment d'infanterie de marine. Ce régiment est l'un des plus anciens des troupes de marine. Depuis 1869, le régiment est réparti entre Toulon (21 compagnies), la Cochinchine (11 compagnies), la Guyane (5 compagnies) et le Japon (2 compagnies). En 1872, Pierre GRIMAUD se trouve donc avec sa compagnie en Cochinchine. Il décède, pour une cause qui ne nous est pas connue, le 29 juillet, à l'ambulance de Vinh Long.


  1. État civil de Montmaur: site des Archives départementales des Hautes-Alpes.