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En 1805 est paru un document sous le titre "Questions sur lesquelles les communes de la République sont priées de fournir des solutions au ministre de l'Intérieur". C'est à notre connaissance l'une des premières enquêtes publiques à se préoccuper de la santé de la population. Et à travers les questions posées, on peut imaginer les maux dont souffrait cette population :
Qu'en était-il pour les populations des Hautes-Alpes et notamment pour les habitants de Montmaur et de ses hameaux ? Fausses couches Les femmes étaient régulièrement enceintes. Du fait de la dureté de leur condition et du travail dans les champs qu'elles devaient poursuivre jusqu'au terme de leur grossesse, on peut penser que le nombre de fausses couches devait être élevé. De plus, ne connaissant pas les moyens de contraception, aidées éventuellement de leurs maris ou de leurs amants, elles avaient recours à des pratiques abortives, moyens directs ou indirects, ou encore utilisaient des substances ou breuvages abortifs. Accouchements Les femmes accouchent chez elles, en position assise, au lit, en tenue de jour. Plus tard, la position allongée se répandit. Les hommes n'assistent pas à l'accouchement. Après l'accouchement, très vite les femmes de la campagne se relèvent ; parfois dès le lendemain de l'accouchement.
L'abbé ALLEMAND signale qu'il n'y a ni médecin ni chirurgien à Montmaur ; pas d'accoucheuse, non plus, mais quelques anciennes femmes qui font le métier de sage-femme (1). Ces sages-femmes, qui oeuvrent gratuitement ou contre quelques offrandes de nourriture, sont âgées de 50 ans au moins et sont souvent désignées par le curé qui veille à surveiller leurs moeurs. Car la sage-femme aura souvent l'occasion de donner elle-même le baptême aux enfants en danger de mort, et il est capital qu'elle soit bonne catholique. Sa bonne moralité n'augure pas de ses connaissances. Tous les auteurs, à l'instar du Préfet BONNAIRE, s'accordent à mettre en exergue l'ignorance des sages femmes, responsable selon eux de la forte mortalité à la naissance (2) :
Car pendant très longtemps, 10 % des femmes mourront en couches ou à la suite des couches. C'est le cas de Anne EYRAUD, épouse de Jean ROUX, qui décède à l'âge de 30 ans, une semaine après avoir donné le jour à une fille prénommée Marguerite. Et dans ce cas, les nourrissons sont alors pratiquement condamnés. Marguerite ROUX ne survivra que 4 jours au décès de sa mère et sera inhumée le 14 avril 1795. C'est aussi le cas d'Antoine LESBROS, né orphelin de son père Joseph, qui décède peu de temps après sa mère Jeanne JEAN. Il sera inhumé le 28 Août 1741. Au début du XIXème siècle, le sous préfet CHAIX s'indignera du décès des parturientes qu'il estimera advenir dans 4 % des accouchements (3) :
Bien que, lors de la rédaction des cahiers de doléances en 1789, certaines communautés aient souligné la nécessité d'instruire les sages-femmes (4) :
ce n'est qu'au XIXème siècle que sages-femmes et accoucheuses purent bénéficier d'une formation. Des cours d'accouchement furent donnés chaque année à Gap à l'intention de toutes les sages-femmes de chaque canton mais "par un malheureux et ridicule préjugé encore existant, un très petit nombre d'élèves s'y présentèrent, quoiqu'on leur accordât le logement et un franc d'indemnité". Cependant, l'infection puerpérale et la mortalité périnatale resteront longtemps invaincues. Le nombre d'enfants mort-nés est extrêmement élevé. Dans les Hautes-Alpes, en 1886, pour 3 457 naissances on comptera 163 bébés mort-nés (environ 5 %) (5). A Montmaur, de 1694 à 1802, sur les 2 515 naissances recensées, 46 enfants sont mort-nés ou décèdent rapidement dans les heures qui suivent leur naissance (2 %). A la lecture du registre paroissial, il est impossible de distinguer s'il s'agit de fausse couche, d'enfant mort-né ou mort très rapidement sans avoir été baptisé (mais peut-être ondoyé par la sage-femme). Ils sont déclarés sous la mention un enfant, un garçon ou une fille. Ces enfants mort-nés, qui n'ont pu recevoir le baptême, l'Église ordonne alors de les enterrer en terre anonyme, à l'extérieur du cimetière paroissial, sans sépulture chrétienne. Décès des nouveaux nés Le bébé qui vient de naître n'a pas de prénom jusqu'à son baptême qui se fait assez rapidement. L'enfant est généralement baptisé le jour même ou le lendemain. L'Église insiste d'ailleurs pour que le baptême intervienne dans les trois jours sous peine d'excommunication pour les parents. La famille doit souvent parcourir plusieurs kilomètres à pied pour se rendre à l'église, par tous les temps, et très souvent en hiver. Les "coups de froid pendant les baptêmes" dont peuvent alors être victimes les nouveau-nés sont régulièrement dénoncés par les auteurs. Bien que les bébés allaités soient en partie protégés, beaucoup décèdent dans les premiers jours qui suivent l'accouchement. Malformations, accidents de grossesse, traumatismes des accouchements, ongles mal lavés des matrones, pansements non stériles, coups de froid, coliques, diarrhées, fièvres typhoïdes, dysenteries, entérocolites sont les principales causes de mortalité avant une année. Les accidents aussi sont fréquents : "coups de chaleur" à cause de l'emmaillotement, risques d'étouffement, accidentel ou non, dans le lit conjugal (on parle alors de "suffocation") ... Ces accidents peuvent masquer l'infanticide, une pratique courante dans le cas d'enfants non désirés. Vu la fragilité des nouveau-nés, cet acte passait souvent inaperçu. Dans les campagnes, l'infanticide touchait plus particulièrement les filles car celles-ci n'étaient pas aussi utiles que les garçons pour travailler dans les champs (6). Selon certains, la mortalité infantile touche 30 % des bébés, d'autres indiquent qu'un enfant sur quatre meurt avant d'atteindre l'âge de un an. De 1694 à 1802, 167 petits montmaurins ne dépassèrent pas l'âge d'un mois, 175 encore ne dépassèrent pas un an, soit un rapport de un enfant sur sept décédé avant l'âge d'un an, rapport bien plus faible que celui avancé par les auteurs. Parmi les survivants, 302 n'atteignirent pas 10 ans et 89 décédèrent avant 20 ans. Soit au total 30 % d'enfants et d'adolescents disparus avant leur majorité. Les jumeaux quant à eux, qu'ils soient vrais ou faux, ont peu de chance de survivre :
Quelquefois, le sort semble s'acharner sur les familles, on peut noter une succession de décès au fil des années, comme il apparaît dans la famille de Jean Joseph MÉTAILLER et Marie MATHIEU :
Les parents acceptent avec résignation ces décès souvent vite "compensés" par une nouvelle naissance. Le nouveau-né porte alors généralement le nom de l'enfant décédé, c'est le cas ci dessus de Marie MÉTAILLER née en 1794 qui porte le même prénom que sa soeur disparue en 1784. Compte tenu de la mortalité infantile, le nombre de naissances qui sera juste suffisant au début du XIXème siècle pour assurer le remplacement des générations haut-alpines (en 1801, il y a 1 216 naissances de plus que de décès (7)), ne le sera plus en 1886, année pour laquelle le nombre de décès dépassera le nombre de naissances de 112 (5). Au XVIIIème siècle, le problème ne se pose pas encore à Montmaur, le nombre de naissances reste encore élevé par rapport au nombre de décès (2 515 pour 1 851). Naissances illégitimes Dans les Hautes-Alpes à cette époque, on compte 1 enfant naturel pour 13 légitimes (7,6 %) (3). Selon les sources ce rapport est plus faible et voisin de 3 % (5). Ces pourcentages peuvent s'expliquer par la présence des militaires dans les villes de garnison que sont GAP et BRIANÇON. A la campagne, dans la région de Montmaur qui nous intéresse, seuls une dizaine de naissances illégitimes, où l'enfant porte le nom de sa mère, peuvent être notés sur une centaine d'années. Abandon d'enfants Dès le début du Moyen Âge, l'Eglise a souhaité éviter l'infanticide en encourageant l'abandon. Souvent, les enfants illégitimes étaient abandonnés dès la naissance. Dans le cas d'enfants légitimes, il était le fait de mères très pauvres, surtout des veuves ou des femmes délaissées par leur conjoint. Selon CHAIX, concernant le département, 1 enfant sur 28 était abandonné (3). Il semble que ce pourcentage élevé peut là encore s'expliquer par la possibilité d'abandonner les enfants dans les hospices pour enfants trouvés, et ce uniquement dans les grandes villes de GAP, EMBRUN et BRIANÇON. Ainsi le nombre d'enfants abandonnés devait être très faible dans les campagnes qui n'offraient pas les mêmes possibilités. L'enfance Bien qu'on signale des familles nombreuses et éventuellement très nombreuses (3) :
un autre quart des enfants haut-alpins ne dépasse pas l'âge de 15 ans. Les maladies épidémiques font des ravages ; lors des premières années : sevrage trop brutal, accident, diphtérie, tétanos, angines, tuberculose ... , vers 10 ans : appendicite, tuberculose ... De 1694 à 1802, 302 petits montmaurins décèdent entre 1 an et 9 ans et 89 encore n'ont pas atteint l'âge de 20 ans. Comme dans le reste des Hautes-Alpes, la variole (petite vérole) décime cette jeune population (2) :
Pour lutter contre les maladies, les habitants n'ont que des méthodes traditionnelles qu'ils utilisent depuis des siècles mais qui se révèlent inefficaces (2) :
Ce n'est qu'à la fin du XVIIIème siècle, qu'on commencera à entrevoir les causes de certaines maladies et à y apporter remède. Bien qu'ils confondent variole et varicelle, certains auteurs feront alors état des connaissances scientifiques nouvelles concernant l'immunité que la vaccine (maladie de la vache transmissible à l'homme) apporte contre la variole (7) :
On signale d'ailleurs que, bien avant les scientifiques, les esprits éclairés des villages connaissaient cet effet et qu'en 1786 soit dix années avant JENNER, l'abbé CHAIX, curé des Baux, paroisse de La Roche des Arnauds, avait l'habitude de vacciner ses ouailles contre la variole. Quand une épidémie se déclare dans une famille, tous les enfants peuvent succomber : Le 28 février 1769, au Villard, Anne BERMOND, âgée de 3 ans, fille de Jean et de BERMOND Claire décède. Elle sera suivie quelques jours après, le 5 mars, par ses deux frères Jean Etienne BERMOND âgé d'un an et Paul âgé de 5 ans. L'abbé ALLEMAND signale que la communauté a été attaquée d'une maladie épidémique en 1786 et que les ravages étaient considérables (1). Le gouverneur envoya alors messire ARDENT, médecin à Gap, qui découvrit la forme du mal et en arrêta le progrès. Le nombre de morts cette année là est assez élevé et égal à 35, le double d'une année ordinaire pour laquelle on compte environ 17 décès. Cette situation s'était déjà produite en 1724, 1747, 1756 et 1769, et c'est peut être la reproductivité de l'épidémie, plutôt que sa nature, qui a alerté les autorités. Cependant, l'abbé ALLEMAND ne nous indique pas la nature de cette maladie. L'âge adulte Le sous préfet CHAIX rapporte une conversation, tenue trente cinq ans auparavant, avec le médecin ROME qui "paraît jouir à Grenoble d'une juste confiance". Bien qu'elle concerne plus précisément la région de Briançon, cette causerie nous rapporte les maladies que devaient endurer les Hauts-Alpins (3) :
A ces maladies, et plus particulièrement dans la région Briançonnaise, s'ajouteront les maladies vénériennes "importées" par les soldats (2) :
En effet, à la charnière de la fin du XVIIème et du début du XVIIIème siècle, le Dauphiné a été le théâtre d'opérations militaires contre l'armée du Duc de Savoie. Et en 1815, Briançon soutiendra, pendant trois mois, un blocus des armées austro-sardes. La même année, c'est Napoléon 1er qui séjournera à Gap lors de sa remontée sur Paris depuis l'île d'Elbe. En ce qui concerne le département des Hautes-Alpes, la vie moyenne est faible, elle ne dépassera toujours pas 35 ans en 1886 (5). Mais cette valeur est tirée vers le bas par le nombre élevé de décès en bas âge. En fait, une majorité d'habitants vit plus longtemps et certains deviennent centenaires. Dans la commune de Montmaur et pour la période qui nous intéresse, le nombre de décès croît régulièrement passant d'environ 88 pour la tranche des habitants âgés de 20 à 29 ans à 140 pour la tranche des 50 à 59 ans. Le maximum est atteint pour les 60-69 ans avec 212 décès. Aussi, le nombre de veufs et de veuves est élevé. En 1881, on dénombrera dans le département 19 745 hommes mariés, 20 066 femmes mariées, 3 753 veufs et 5 066 veuves (5). A la suite du décès de leur conjoint, les veufs ou les veuves se retrouvent souvent à la tête d'une famille de plusieurs enfants. Il leur faut alors se remarier au plus vite. C'est par exemple le cas de Claude CALANDRE du Petit Vaux, dont la femme Suzanne BERTRAND décède à la fin Janvier 1752, laissant trois enfants : Marie âgée de 15 ans, Magdeleine âgée de 12 ans et Pierre âgé de 9 ans. Claude a alors 41 ans. Son remariage a lieu un mois et demi plus tard avec une jeune fille de 21 ans, Suzanne BRUNET d'Agnielles en Bochaine, qui lui donnera 5 enfants dont un mort-né. Dans certains cas, les remariages peuvent s'enchaîner. Nous avons déjà cité le cas de Barthélémy MOINE de La Frédière, qui se maria trois fois, avec Françoise MÉTAILLER en 1709, Françoise ROUX en 1716 et enfin Françoise LESBROS en 1720 alors qu'il n'avait que 30 ans ! Les veuves aussi se remarient. Et même éventuellement plusieurs fois ! Citons le cas de Marie MAURIN, née aux Vaux en 1727, mariée à Pierre MICHEL et qui, se trouvant veuve peu de temps après, se remarie une première fois avec Claude LANTELME le 19 Juillet 1751. Veuve à nouveau au mois de Mars 1761, elle épouse en troisièmes noces Pierre BERMOND le 4 Octobre 1761. Vers la fin du XVIIIème siècle, pour ces veuves, les chances de se remarier augmentent. En effet, le 19 fructidor an VI (5 septembre 1798), BONAPARTE fait voter la loi JOURDAN-DELBREL. Cette loi instaure la conscription obligatoire pour les hommes âgés de vingt à vingt-cinq ans. Une façon d'y échapper, c'est d'être marié ! C'est ce que signale un auteur en 1801 (7) :
Quelque soit leur âge, toutes ont une chance de se marier ! Dans une étude de la conscription dans le département du Nord réalisée en 1924, Paul VIARD se gaussait de tous les scandales liés à la conscription et des mariages disproportionnés pour échapper à la désignation et (8) :
Les anciens Quelques rares personnes, environ une quinzaine, atteignent des âges vénérables et dépassent les 90 ans. Parmi les plus âgées, Antoinette VIAL des Vaux, veuve de Jean MÉTAILLER, décédée vers le début du mois de janvier 1743 à l'âge de 100 ans. Mais aucun habitant de Montmaur et de ses hameaux n'arrivera à battre le record de Louise SAULCE de La Cluse, décédée à l'âge de 120 ans !
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