En 1857, à la mort du dernier noble l'ayant habité, le château de Montmaur devient la propriété de l'avocat gapençais Xavier BLANC qui le restaure partiellement et qui, selon LADOUCETTE, aurait introduit la culture du mûrier à Montmaur.

Xavier BLANC est né le 5 août 1817 à Gap, de Barthélemy, pharmacien, et de Claire Thérèse JACQUES (1).

Né dans une famille bourgeoise de gap, il est "issu d'une des plus anciennes et plus considérables famille alpine " (2). Son grand-père paternel, Jacques BLANC, est négociant à Gap  ; son grand-père maternel, Paul JACQUES, est négociant puis propriétaire à Gap ; un de ses oncles paternels Étienne-Joseph BLANC est docteur en médecine et propriétaire à Gap ; quant aux oncles maternels, Jean-Pierre-François JACQUES est négociant à Gap, et Paul JACQUES est banquier à Gap. (3,4)

C'est aussi une famille de catholiques pratiquants : un oncle paternel, Jacques-Christophe BLANC, est chanoine, doyen du chapitre à Gap et un oncle maternel, Jean-Joseph JACQUES, est prêtre à Valserres.

Après des études classiques au collège de Gap, Xavier BLANC s'inscrit à l'École de droit de Paris, dont il sort licencié en droit le 25 août 1837.

Ses études de droits achevées, il revient se fixer dans sa ville natale, et s'inscrit au barreau de Gap. Il milite alors dans les milieux libéraux. En peu de temps, il prend une des premières places au barreau dont il sera appelé depuis lors chaque année, sans interruption à faire partie du conseil de l'ordre des avocats. Le 11 novembre 1852, il en sera élu bâtonnier, poste dans lequel il sera renouvelé 24 fois.

Ses obligations lui laissent le temps de rédiger un mémoire concernant les pénitents de Gap qui paraît en 1842 (5,6)

Le 27 juin 1847, il est élu conseiller général des Hautes-Alpes pour le canton de Saint-Étienne-en-Dévoluy. Mais en décembre 1851, au lendemain du coup d'état effectué par Louis-Napoléon BONAPARTE, seul des conseillers généraux de son département, il préfèrera se démettre de son mandat plutôt que de prêter à l'Empire le serment exigé.

Le 3 mai 1848, il est 1er adjoint de la municipalité de Gap dont le maire, Claude Guillaume BLANCSUBÉ, est nommé par l'empereur.

Il épouse, le 6 avril 1853 à Gap, Marie-Françoise-Mathilde PINET DE MANTEYER, fille de Marie-Édouard PINET DE MANTEYER, avocat puis propriétaire rentier, et d'Angélique-Victoire-Aimée D'ABON, rentière (7).

Par contrat de mariage, l'épouse apporte un trousseau "amiablement évalué à la somme de 3 500 francs", une somme de 1 000 francs, des donations de son père évaluées à 50 000 francs, et des donations de sa mère évalués à 4 000 francs.

Le couple établit sa demeure à Gap, 12 place Saint-Étienne. Là naîtront deux enfants, Charles-Marie, né le 9 février 1857 qui deviendra conseiller d'État, et Marie, qui prendra le voile au couvent de la charité de Saint-Vincent de Paul à Liége en Belgique.

Au mois de février 1861, Pierre PONSON DU TERRAIL, souhaitant modifier son patronyme, le charge de saisir le tribunal. Le romancier précise : "Je tiens essentiellement à m'appeler De et non Du Ponson, ce qui est un nom absurde". 

Vers cette époque, fort de ses revenus évalués à 10 000 francs en 1864 et 1870, Xavier BLANC achète le château de Montmaur qu'il restaurera partiellement.

Le 19 juin 1864, Xavier BLANC est réélu conseiller général des Hautes-Alpes. Jusqu'à sa mort, il représentera sans interruption, le canton qu'il a adopté. Nommé secrétaire du conseil général, que préside alors Pascal FAURE, au mois d'août 1850, puis président à partir de 1879, il deviendra quelques années plus tard le doyen des conseillers généraux de France.

Xavier BLANC professe des opinions politiques républicaines modérées. Dans un rapport de 1870 le préfet indiquera à son sujet :

bons sentiments politiques, avocat des plus occupés à Gap, valeur personnelle réelle, a une certaine influence dans l'arrondissement de Gap.

et encore :

brave homme au fond, qui se croit un peu plus républicain qu'il ne l'est, et à qui les conservateurs peuvent tendre la main.

Selon d'autres, Xavier BLANC avait un don supérieur, une qualité qui primait toutes les autres : il savait se faire aimer.

En juin 1869, il se présente sans succès aux élections législatives.

Au mois de mai 1870, c'est l'un des dirigeants de la campagne contre le plébiscite.

Cette année là, il se trouve par deux fois nommé administrateur provisoire des Hautes-alpes par son ami, le préfet Cyprien CHAIX, puis démis de ses fonctions (8,9) :

  • le 23 septembre 1870, afin de pouvoir être candidat aux élections à la Constituante, le préfet Cyprien CHAIX donne sa démission au ministre de l'intérieur, à Tours, et télégraphie : "Ai désigné pour intermédiaire à ma place Blanc Xavier, avocat, que confirmerez momentanément". La date des élections ayant été repoussée, et en conséquence sa démission ayant été refusée, il répond le 25 septembre : "Ai repris poste immédiatement" ;

  • le 6 octobre suivant et pour les mêmes raisons, Cyprien CHAIX donne à nouveau sa démission au ministre de l'intérieur et à nouveau propose Xavier BLANC pour administrateur provisoire : "Je désigne pour administrateur provisoire M. Blanc Xavier, que je vous prie de confirmer". Le 10 octobre, constatant que cette démission "se trouve non avenue" pour cause d'ajournement des élections, Cyprien CHAIX reprend ses fonctions.

Le 1er novembre 1870, dans une lettre au ministre de la justice, Cyprien CHAIX, à titre de dédommagement, propose Xavier BLANC pour président du Tribunal civil de Gap : "M. Blanc, bâtonnier, ayant rendu des services sérieux, aurait droit, par son mérite, à la présidence tribunal Gap".

En 1871, Xavier BLANC remplace provisoirement à la préfecture des Hautes Alpes le même Cyprien CHAIX. qui vient d'être nommé représentant du peuple à l'Assemblée nationale.

Après le décès d'Alfred ALLIER, maire de Gap, il est nommé président de la commission municipale de Gap instituée par arrêté préfectoral du 10 septembre 1871, et remplit les fonctions de maire et d'officier de l'état civil.

En 1876, Xavier BLANC se présente comme candidat au Sénat. Dans sa profession de foi, il se déclare "ennemi de tout bouleversement politique" :

Je suis pénétré de cette grande vérité que la République, essentiellement perfectible comme la Constitution elle-même, ne peut et ne doit vivre que si elle est conservatrice.

Le 30 janvier, les électeurs du département des Hautes-Alpes, par 158 voix sur 247 votants, le nomment sénateur en compagnie de DE VENTAVON, constitutionnel. Pour sa part Xavier BLANC, républicain, siège avec la gauche républicaine.

Il sera réélu par deux fois : le 25 janvier 1885, par 322 voix sur 358 votants, puis le 7 janvier 1894, au premier tour de scrutin, par 294 voix sur 346 votants. Le second sénateur des Hautes-Alpes élu lors du dernier scrutin en compagnie de Xavier BLANC est son ami Cyprien CHAIX, l'ancien préfet et député.

Membre très actif et influent du sénat, il fait partie de nombreuses commissions dont, il est souvent le rapporteur ou le président. Car de multiples sujets préoccupent et intéressent le sénateur BLANC.

Au Sénat, il se fait remarquer notamment dans la question de la liberté des funérailles, qu'il défend avec succès à la tribune.

Se préoccupant de la protection de l'enfance abandonnée ou coupable, de la question des enfants abandonnés et délaissés au XIXème siècle, il assiste au Congrès international de la protection de l'enfance, tenu au palais du Trocadéro du 15 au 23 juin 1883.

En 1883, il est entendu dans la discussion du projet de loi portant approbation de la convention provisoire passée entre l'État et la Compagnie du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée et présente un amendement de concert avec M. Guiffrey .

Citons encore la législation et la jurisprudence forestières, la loi sur les syndicats professionnels du 21 mars 1884, l'expansion coloniale au Congo français. Concernant celle-ci, dans son rapport au Sénat pour la loi du 30 novembre 1882 approuvant les traités de BRAZZA avec le roi MAKOKO, il écrit (10) :

Ces résultats, s'ils ont été le fruit d'intelligents et héroïques efforts de M. Savorgnan de Brazza et de ses vaillants compagnons n'auront coûté au pays que des sacrifices à peine appréciables, quelques subsides relativement faibles, accordés au chef de cette mission, ...

En février 1885, il est nommé, avec le sénateur DENIS, membre de la commission d'enquête sur les élections du Finistère.

En juin 1886, il vote contre l'expulsion des princes et dans la dernière session pour le rétablissement du scrutin uninominal, pour la proposition de loi Lisbonne restrictive de le liberté de la presse et pour la procédure à suivre devant le sénat contre toute personne inculpée d'attentat contre la sûreté de l'état (11).

En 1887, il est nommé président de la Commission chargée de l'examen de la proposition de loi tendant à régler les rapports des communes et de l'État relativement à l'administration des forêts communales.

En 1889, il est nommé président de la cinquième commission d'initiative parlementaire, et prend part à la discussion du budget de l'exercice 1890.

Lors du congrès pénitentiaire de Saint-Pétersbourg et la séance du matin qu'il préside, il déclare à ses collègues (12,13) :

I could name families who wore themselves out and often ended up in ruin in order to allow their sons to study for the doctorate.

Cette même année, il parle sur la proposition de loi modifiant le titre II du Code rural sur la vaine pâture, et sur celle modifiant les droits de l'époux sur la succession de son conjoint prédécédé. En 1891 il se fait entendre au cours de la discussion d'une interpellation sur la situation des bûcherons de la forêt de Maillan et des forêts environnantes qui ne peuvent plus gagner leur vie ni celle de leur famille. En 1892, il préside diverses commissions, notamment celle relative à la célébration du centenaire de la proclamation de la République, et participe au débat sur l'exercice de la médecine. En 1893, il se fait entendre dans la discussion de la proposition de loi sur la réparation des erreurs judiciaires.

Après sa réélection de 1894, il participe à plusieurs débats, notamment sur : l'emprunt de la ville de Paris ; le Code de justice maritime ; le chemin de fer du Fayet à Chamonix et à la frontière suisse ; les pigeons voyageurs. En 1895, il s'intéresse au Code de procédure civile.

Xavier BLANC, chez qui la vue de ses chères Alpes causait des transports d'enthousiasme, vient dés sa création, dans les rangs des fondateurs du Club Alpin Français. Président par deux fois, de 1879 à 1882 et de nouveau entre 1885 et 1888, il sera jusqu'au jour de sa mort, président d'honneur. Il fera pour cette patriotique et utilitaire association une propagande des plus actives ; plusieurs fois il sera délégué en mission en Italie, en Russie, en Allemagne et en Algérie. En son honneur sera inauguré, au Clot Valgaudemar, le refuge Xavier BLANC, et son nom donné à l'un des sommets du massif de l'Oisans : la pointe Xavier Blanc à 3577 m.

Par ailleurs, Xavier BLANC fait partie des membres fondateurs de la Société d'Études des Hautes-Alpes.

Cependant, nul n'étant prophète en son pays, ces activités n'empêchent pas Xavier BLANC d'éprouver quelques difficultés dans sa bonne ville de Gap. Le Journal des débats politiques et littéraires dans son édition du 27 août 1888 rapporte que dans la soirée du 23 une manifestation des radicaux de Gap faisant suite à de récents incidents entre le maire de Gap, EUZIÈRE, et le préfet s'est déroulée sous les propres fenêtres du sénateur :

Une bande d'individus est allée en pleine nuit proférer des vociférations et des menaces sous les fenêtres de M. Xavier Blanc, sénateur des Hautes-Alpes. L'honorable sénateur s'étant levé pour parlementer avec ces étranges manifestants, il fut accueilli par les cris répétés de : "Vive Euzière  ! A bas les sénateurs des Hautes-Alpes ! A bas le Sénat !

Xavier BLANC décède à Paris, le 7 juin 1896, muni des sacrements de l'Église. Cette mort, que rien ne faisait prévoir, laisse un grand vide dans le monde politique où depuis de longues années, il jouait un si grand rôle.

Lors de la séance du 9 juin, le président du Sénat, Émile LOUBET, annonce le décès du sénateur BLANC (14) :

Le président du Sénat a rappelé que M. Xavier Blanc, un des membres "les plus aimés et les plus estimés" du Sénat, y représentait le département des Hautes-Alpes depuis le 20 janvier 1876. La fermeté de ses convictions républicaines, sa modération, sa loyauté, la courtoisie dont il ne se départit jamais, dit M. Loubet, lui avaient attiré toutes les sympathies et donné une grande autorité dans son pays. L'influence qu'il exerçait dans le département des Hautes-Alpes a contribué puissamment à ramener ce département tout entier à la République.

et rappelle dans son éloge funèbre que :

Rien ne le laissait indifférent, et, malgré son grand âge et son extrême modestie, il n'hésitait jamais devant l'accomplissement de ses devoirs.

Localement, le Bulletin de la Société d'Études des Hautes-Alpes, après avoir évoqué le hautes fonctions occupées par le défunt, indique que Xavier BLANC était membre fondateur de la Société d'Études et présente ses condoléances à sa famille (15) :

M. Blanc Xavier était membre fondateur de la Société d'Études, à ce titre et pour les diverses fonctions publiques qu'il a occupées si dignement, nous nous faisons un devoir d'adresser aux familles — les plus honorables de la ville de Gap — que sa mort met en deuil, l'expression de notre respectueuse sympathie.

Les obsèques donnent lieu à une imposante cérémonie religieuse à la cathédrale de Gap, le 18 juin, au milieu d'une affluence considérable. Le deuil est conduit par le fils du défunt, Charles BLANC, alors préfet des Deux-Sèvres, et ses neveux : Balthazar BLANC, docteur (16), Eugène BLANC, pharmacien, et Joseph FAURE, avoué.

On remarque parmi l'assistance le général FAURE-BIGUET, commandant la 27ème division ; DUFOIX, préfet des Hautes-Alpes ; DURIER, président du Club-Alpin Français ; Léon LAURENÇON et Frédéric EUZIÈRE, députés ; MASSÉ, président du tribunal civil ; Auguste TOURRÉS, maire de Gap ; PROVENSAL, vice-président du Conseil général ; BERTRAND, président du Conseil d'arrondissement ; Adolphe GAUTIER, président du Club Alpin Français  (section de Gap) : les membres du Conseil général ; les sous-préfets d'Embrun et Briançon ; l'état-major de la garnison ; les tribunaux civils et de commerce ; les conseillers municipaux de Gap et Montmaur ; le Conseil d'arrondissement ; le Club Alpin ; le corps des officiers ; les délégations des maires ; les administrations et sociétés diverses.

Sur la tombe, cinq discours sont prononcés par le préfet DUFOIX, le député LAURENÇON, le vice-président du Conseil général PROVENSAL, le bâtonnier de l'ordre des avocats HUGUES, et le président du Club Alpin Français DURIER.

Il laisse une succession évaluée à 34 556 francs (17).


  1. Il a un frère et deux soeurs : Eugène-Balthazar, médecin, chevalier de la Légion d'honneur, Thérèse et Clara-Eugénie.
  2. Sosthène JOUGLARD, Xavier Blanc, Paris, p 10
  3. Vincent WRIGHT, Eric ANCEAU, Jean-Pierre MACHELON, Sudhir HAZAREESINGH, Les préfets de Gambetta, Presses Paris Sorbonne Ed., 2007.
  4. Alphonse BERTRAND, Le Sénat de 1894, P. Mouillot Imp., Paris, 1894.
  5. Xavier BLANC, Mémoire des pénitents de la ville de Gap, J. Allier Ed., Gap, 1842.
  6. On connaît aussi un article de sa plume paru dans le bulletin de la société d'études des Hautes-Alpes : "Liste de mots en langage vulgaire de Montmaur".
  7. Un des membres de la famille D'ABON, le marquis Jean-François, a été maire de Gap sous la restauration. Le beau père et le beau-frère de Xavier BLANC sont légitimistes. La belle-famille a d'importants commerces à Gap, Lyon et Marseille. Le grand-père de l'épouse, André PINET DE MANTEYER, receveur particulier des finances à Gap, conseiller général des Hautes-alpes sous le premier empire, est connu pour être "millionnaire"  (il a 40 000 francs de revenus annuel). Marie PINET DE MANTEYER a trois frères et deux soeurs :
    • Marie-Henri-Léon, contrôleur des contributions directes, puis propriétaire, qui s'engage comme zouave pontifical et combat à Mentana. Après 1870, il est très actif dans les milieux catholiques en tant que vice-président de l'association de l'enseignement libre des Hautes-alpes et membre du conseil de fabrique de la cathédrale de Gap ;
    • Auguste-André, juge à Pondichéry ;
    • Marie-Henry, conseiller de préfecture, secrétaire général des Hautes-Alpes de 1870 à 1886, puis de la Nièvre (1886-1890), chevalier de la légion d'honneur ;
    • Adélaide, et
    • Louise-Sophie-Marie.
  8. Révélations nouvelles. Une page d'histoire régionale dans les Bouches-du-Rhône, le Var, les Basses-Alpes, les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes et l'Hérault. Six mois de dictature, Marius Olive Imp., Marseille, 1875.
  9. On lui connaît une seconde amitié politique : Édouard DE VENTAVON, député légitimiste.
  10. Robert Louis DELAVIGNETTE, Charles-André JULIEN, Les constructeurs de la France d'outre-mer, Corrêa Imp., Paris, 1946.
  11. 20 mars 1889, affaire du général BOULANGER.
  12. Louis GUILLAUME, Actes du Congrès Pénitentiaire International de Saint-Pétersbourg, 1890.
  13. Jack D. ELLIS, The Physician-Legislators of France Medicine and Politics in the Early Third Republic 1870-1914, Cambridge University Press, Cambridge, 1990.
  14. Journal des débats parlementaire, édition du 11 juin 1896.
  15. Bulletin de la Société d'Études des Hautes-Alpes, Louis Jean & Peyrot imp., Gap, 1896.
  16. Antoine Balthazar BLANC sera lui aussi élu sénateur des Hautes-Alpes de 1912 à 1921.
  17. Mobilier évalué à 22 306 francs, immobilier à 12 250 francs.