Marie Charles BLANC est le fils de Xavier BLANC, avocat au barreau de Gap, et de Marie Françoise Mathilde PINET DE MANTEYER. Il est né 12 place Saint-Étienne à Gap, le 9 février 1857 (1).

C'est encore un enfant en bas âge lorsque son père achète le château de Montmaur.

Après de brillante études à l'école centrale de Gap, il s'inscrit au lycée Louis-le-grand à Paris et s'y fait remarquer.

Marchant dans les pas de son père, Charles décide de devenir avocat et fait son droit à la faculté de droit de Paris. Intéressé lui aussi par la politique, il suit les cours de l'École libre des sciences politiques.

Reçu docteur, il enseigne quelque temps l'économie politique à l'Association Philotechnique (2).

Ces étapes ne sont que le prélude à sa vie militante. Docteur en droit, avocat distingué inscrit au barreau de Paris, il entre dans l'administration en 1879 comme sous-chef de cabinet du sous-secrétaire d'État au Ministère de l'Agriculture sous le ministère Gambetta. En 1881, il est nommé chef adjoint de ce même cabinet puis sous-chef de cabinet du ministre de l'agriculture. Au mois d'octobre, il est décoré avec le grade d'officier d'Académie.

Il entre dans la franc-maçonnerie après avoir été initié aux Disciples du progrès en avril 1883 ; il sera plus tard et jusqu'à sa mort membre des Inséparables du Progrès à Paris.

En 1883, il est domicilié à Paris, 58 rue Jacob. Le 3 février, à la mairie du 3ème arrondissement, il épouse Aglaé Eudoxie Clara BARLE, dite Claire, née à Paris, le 19 janvier 1856, fille de Jean Charles, chapelier, et de Julie TAILLET. Les témoins sont 3 députés : Marie Jules BLANCSUBÉ, député de la Cochinchine et cousin de l'époux, Barthélémy Amédé FERRARY et Cyprien Bernard CHAIX, tous deux députés des Hautes-Alpes, et un médecin Frédéric ROCHETTE.

Le 29 avril 1884, Charles BLANC est nommé sous-préfet des Sables d'Olonne. Sa belle conduite pendant l'épidémie cholérique de 1884-1885 lui vaudra de recevoir une médaille d'or de 1ère classe. Des Sables d'Olonne, il passe à Hazebrouck le 7 avril 1888, où il ne reste que quelques mois avant d'être nommé le 24 juin à La Flèche.

Le 25 mai 1889, Eugène POUBELLE, alors préfet de la Seine, l'appelle à la direction de son cabinet. C'était une création de poste, mais les sympathies qu'inspire le nouveau titulaire écartent les résistances du Conseil Municipal. Par les grâces de son caractère, il triomphe de la sourde mauvaise humeur des édiles parisiens. Les conseillers municipaux, qui, tout en lui octroyant selon l'usage, des votes de blâme, lui accordent 6 000 francs de frais de représentation (3).

C'est l'année de l'exposition universelle à Paris. Charles BLANC participe à cet événement en tant que chef du service des bibliothèques de la ville de Paris.

Le 14 juillet 1891, il est fait chevalier de la légion d'honneur. A sa demande, les insignes lui sont remises par Eugène POUBELLE, commandeur de l'ordre. Le 29 décembre 1891, la décoration d'officier de l'instruction publique lui est attribuée. Et le 20 janvier 1894, il est fait chevalier du mérite agricole.

Préfet à Niort, Charles BLANC y réussit pleinement. Il est notamment à l'origine de la signature, le 19 juillet 1895, d'une convention avec la compagnie française des voies ferrées économiques pour la construction et la concession par l'État de l'exploitation d'un réseau de tramways à vapeur comprenant les lignes : de Bressuire à Montreuil-Bellay par Argençon-Château ; de Parthenay à Saint-Laurs par Secondigny et l'Absie ; de Parthenay à Ménigoute ; de Ménigoute à Saint-Maixent et de Saint-Maixent à Melle par la Mothe-Saint-Héraye et Lazay (4).

C'est en général un concert d'éloges qui salue son intervention. Et tous s'accordent à déclarer que Mme Charles BLANC "seconde à merveille son mari dans les devoirs de sa charge".

Le 25 juin 1896, il est appelé de Niort, par Louis BARTHOU, à la direction de la sûreté générale laissée vacante par Henri POIRSON.

Grâce à cette nomination, Charles, qui avait 5 000 francs de revenus en 1884, quadruple ses revenus.

Pour ses débuts, il a des fêtes retentissantes à "organiser" au point de vue de la sécurité. C'est la visite à Paris des souverains russes, le Tsar Nicolas II et son épouse, la Tsarine Alexandra Féodorovna : l'arrivée à Cherbourg, le séjour à Paris du 5 au 9 octobre, le voyage à Châlons, le départ. Minutes graves, solennelles où la joie de recevoir de tels hôtes s'accompagne d'une angoisse intime. Organisateur de la visite du Tsar, il reçoit de celui ci pour récompense la grand-croix de Saint Stanislas et de l'état français la rosette d'officier de la Légion d'Honneur (5), mais on peut croire que la meilleure récompense fut le grand succès de l'entreprise.

Quelques jours avant sa nomination à la préfecture de police, il eut encore à assurer la sécurité d'une autre souveraine : l'impératrice d'Autriche, Élisabeth Amélie Eugénie DE WITTELSBACH, dite Sissi, qui au cap Martin aime à se promener sur le sentier surplombant la mer. La grande croix de François-Joseph lui fut un témoignage de la gratitude de l'étrangère de marque (6).

En 1897, il brigue le poste de préfet de police, vacant du fait de la nomination de Louis LÉPINE comme gouverneur général de l'Algérie. Les candidats sont nombreux. Après avoir rappelé les qualités nécessaires pour assurer pleinement la fonction de préfet de police, Le Figaro du jeudi 14 Octobre le choisit pour favori (7) :

Car on aurait tort de ne se représenter jamais le préfet de police que comme une manière de soldat administratif, qui va aux incendies, se jette dans les bagarres, arrête les manifestations, et passe son temps dans la rue à la tête de ses troupes.
Il y a, dans ces fonctions si complexes, une partie qui est bien plus délicate et plus haute. Un vieux routier de la maison disait que pour faire un bon préfet de police, il faut avoir à la fois des qualités militaires et sacerdotales. Cela ne se rencontre pas toujours chez le même homme.
......
Tous ces concurrents passés en revue, et leurs performances examinées, il faut conclure et désigner un favori. C'est, d'après nous, M. Charles Blanc, le directeur actuel,de la Sûreté générale, qui sera nommé au Conseil de ce matin. On peut hardiment le prendre gagnant, et à plus forte raison placé, puisqu'il s'agit d'un fonctionnaire !

Et, effectivement, le lendemain, le poste a été attribué à Charles BLANC. S'en suit un long article dans Le Figaro du jour qui se réjouit de cette nomination. Après un rappel de la carrière du nouveau préfet de police et sa description physique, le journaliste rapporte une anecdote qui s'est déroulé lors de sa précédente promotion et qui fait apparaître la maîtrise et le sang-froid de Charles BLANC (8) :

Le nouveau préfet de police. Car nous en avons un depuis ce matin de manière que, ce soir, les Parisiens pourront dormir en paix !
M. Charles Blanc, fils du regretté sénateur des Hautes-Alpes, est né à Gap le 9 février 1857. Vous pouvez donc calculer l'age que cela lui fait. Il est avocat et docteur en droit. Il a débuté dans l'administration comme sous-chef du cabinet du ministre de l'agriculture ; puis il fut sous-préfet des Sables-d'Olonne, d'Hazelbrouck, de La Flèche ; puis préfet des Deux-Sèvres, directeur de la Sûreté générale, et enfin le voilà préfet de police.
Tout cela depuis 1880, ce qui est à son éloge, car la rapidité de sa carrière prouve qu'il a toujours avancé au choix.
Ayant été pendant cinq ans le chef du cabinet de M. Poubelle, il connaît le Conseil municipal, et en est connu. Les relations seront courtoises, mais, de part et d'autre, on restera sur son terrain. M. Blanc est de Gap, mais il a presque toujours habité Paris ; c'est donc une nature de montagnard passée au vernis boulevardier. Ce mélange ne lui nuira pas dans ses fonctions.
Au physique, le nouveau préfet de police est de taille moyenne, très brun, la barbe en pointe, le teint chaud ; très rond, d'allures très cordiales, et avec cela très maître de lui, et d'un sang-froid inaltérable. Quand il était préfet des Deux-Sèvres, son secrétaire entra un jour en coup de vent dans son cabinet, lui tendant une dépêche qui venait d'arriver de Paris. Elle était du ministre, et ainsi conçue :
"Accepteriez-vous les fonctions de directeur de la Sûreté générale, auxquelles je serais heureux de vous appeler ?"
M. Blanc, qui s'entretenait à ce moment avec un brave maire de campagne, lut la dépêche et, la rendant à son secrétaire qui restait là, rouge comme une tomate et frémissant comme une guitare à l'idée de s'en aller à Paris avec son chef :
Je répondrai tout à l'heure, lui dit-il, mais perdez donc cette habitude de toujours venir me déranger quand je suis en affaires  !...
Le secrétaire en resta bleu ; mais en voyant, depuis, la carrière de son patron, il a du se rendre compte que c'est décidément une belle force que le calme !...

Le journal La Croix du 16 Octobre, quant à lui, ironise, se moquant du fait que le nouveau préfet est un grand amateur de bicyclette ! :

C'est un homme de haute taille, brun, la moustache relevée, la barbe en pointe. Amateur de la bicyclette, il pourra utiliser son talent de cycliste pour aller à la poursuite des malfaiteurs.

Tous s'accordent cependant pour déclarer que Charles BLANC, main de fer dans un gant de velours, est l'homme qui convient au poste qu'il occupe et qu'il sera à même de faire face aux troubles qui menacent :

Un préfet de police parfait doit être un moraliste, un diplomate et un psychologue. M. BLANC, le nouveau venu, qui succède à l'adroit M. Lépine, a été fort bien accueilli. C'est un homme de courage et d'action. Il ne saurait lui déplaire d'être arrivé à la préfecture en des jours quelque peu troublés.
Ce lui sera une occasion de prouver que sa férule n'est pas un attribut vain. Il la brandit d'ailleurs sans menace, d'un geste plutôt avertisseur, à peu près à la façon du chef d'orchestre qui s'efforce de rallier ses musiciens, lorsqu'ils cessent de jouer à l'unisson. M. CHARLES BLANC n'est pas homme à s'effrayer de la plus discordante cacophonie. A peine un instrument fausse-t-il dans le vaste concert qu'il dirige, qu'il s'empresse de le rappeler à l'ordre et d'éviter ainsi le chaotique désaccord qui menaçait de se produire. On eut raison de se fier à son énergique initiative.
La douceur de ses façons n'est qu'une sorte de vernis sur la plus sûre fermeté. Avec lui les plaisanteries les plus courtes seront toujours les meilleures.

Le poste qu'occupe maintenant Charles BLANC et qui en fait le chef de toute la police française, s'il n'est pas une sinécure, est regardé comme une promotion et l'apogée d'une carrière.

Le préfet de police est tenu d'assister à des manifestations festives, comme l'inauguration de l'Hôtel de ville de Levallois-Perret à laquelle assiste Charles BLANC, le 27 mars 1898, ou encore la Fête des beaux-arts offerte par la Municipalité de Paris dans les salons de l'Hôtel de Ville, le samedi 11 juin 1898, ou plus tristes comme l'annonce de la mort du président de la République, Félix FAURE, le 16 février 1899, déclarée le lendemain matin par Charles BLANC et le directeur du cabinet du président, Louis LE GALL, à la mairie du huitième arrondissement en présence du maire Paul BEURDELEY (9).

En tant que chef de la police, il doit faire face au développement de l'anarchisme dont le sommet dans l'horreur est atteint lors de l'assassinat de l'impératrice Élisabeth d'Autriche par un anarchiste italien Luigi LUCCHINI, le 10 septembre 1898. La triste nouvelle fait rapidement le tour de la planète :

L'impératrice Elisabeth d'Autriche a été assassinée à Genève par l'anarchiste italien Luigi Lucchini. Le drame s'est produit sur le pont du Mont-Blanc, alors que la souveraine s'apprêtait à monter sur un bateau pour regagner Territet, près de Montreux, où elle suivait une cure.

A la suite de cet assassinat, de nombreux pays décident de réduire à néant le mouvement anarchiste et tout d'abord de se réunir à Rome pour définir une action commune. Malgré les tensions politiques internationales, la conférence de Rome réunit des représentants de toutes les grandes puissances. La conférence débute le 24 septembre 1898 et se termine le 21 décembre. On compte 21 pays participants dont 54 représentants délégués comme des ambassadeurs, différents bureaucrates, diplomates et des chefs de police nationale.

Lors de cette conférence, Charles BLANC soutient pour sa part que le fait de définir l'anarchisme dans la théorie, ou le fait d'essayer de réprimer son activité au moyen d'une convention internationale, est un gaspillage de temps. Il préconise de renforcer la surveillance de la police dans chaque pays et de ne pas croire à la mort de l'anarchisme simplement parce que le temps a passé sans nouvelles attaques. Il insiste pour que les lois existantes dans chaque pays soient fermement appliquées et demande que tous les anarchistes étrangers soient expulsés sans hésitation (10,11)

Devant la gravité de certaines manifestations, le Préfet de police, Charles BLANC, est souvent forcé de recourir à la troupe, notamment contre les manifestations des ligues d'extrême droite  (12, 13). :

Voulant faire une grande démonstration de force, les diverses ligues décident de se rendre à la place de la Concorde, le 25 octobre, pour protester contre le cabinet Brisson. Mis au courant de ces projets, la préfecture de police interdit toute manifestation et donne pour ordre formel aux chefs de brigade de ne tolérer aucun rassemblement sur la voie publique. Les militants décident cependant de passer outre. Vers 14h00, les groupes de manifestants se renforcent de plus en plus et la police est rapidement débordée. Un groupe compact d'antisémites parmi lesquels se trouve Guérin se masse autour de la fontaine et crie "Vive l'Armée ! A bas les juifs !". Le commissaire de police Leproust décide alors d'intervenir. Les antisémites se précipitent sur lui, le frappent à coup de canne et le jettent à terre ; là il reçoit des coups de pieds sur le visage. Vers 14h30, la foule devenant de plus en plus tapageuse et nombreuse, le préfet de police fait intervenir la garde et les cuirassiers. Les manifestants sont finalement refoulés dans les rues voisines. Dans la soirée, l'agitation continue sur les grands boulevards.

Mais Charles BLANC sait aussi faire preuve de diplomatie pour désamorcer les situations les plus délicates. En témoigne son entretien avec Ferdinand Vincent-de-Paul Marie BRUNETIÈRE, directeur de La Revue des Deux Mondes et membre de l'Académie française, qui a fondé avec Maurice BARRES la Ligue pour la patrie française, entretien rapporté Francis CHARME (14) :

Rien n'a été plus piquant que l'entretien de M. Brunetière avec M. Charles Blanc. M. le Préfet de police a donné les assurances les plus rassurantes au sujet des mesures qu'il avait prises pour le maintien de l'ordre : il voulait bien veiller à la sécurité de la Ligue et il se flattait, avec raison d'ailleurs, de l'avoir assurée. Mais aux yeux de M. Brunetière, c'était assez pour le présent, non pas pour l'avenir. Il crut devoir faire part à M. le Préfet de police de l'intention où il était, ainsi que ses collègues, de remplir les formalités nécessaires en vue d'obtenir du gouvernement l'autorisation d'exister, et de demander alors cette autorisation. "M. le Préfet de police, raconte M. Brunetière, me répondit en substance qu'il ne me le conseillait pas. Toutes ces ligues, ajouta-t-il, n'ont pas à proprement parler d'existence légale. L'article 291 du Code pénal est formel ; elles n'existent pas. L'usage s'est établi de les tolérer, ou, plus exactement, de les ignorer. Cette autorisation dont vous parlez, vous feriez mieux de ne pas la demander. D'abord, vous ne l'obtiendriez peut-être pas ; vous embarrasseriez le gouvernement ; il serait obligé d'examiner les titres de votre Ligue et de toutes les autres ; il lui faudrait s'exprimer sur la désuétude de l'article 291 ; vous le mettriez enfin dans un embarras d'autant plus grand qu'il ne voit peut-être pas la Ligue de la Patrie française d'un oeil défavorable." Il était impossible de mieux parler, d'exposer la situation vraie avec des traits plus justes, et de faire comprendre plus adroitement que le plus sûr moyen, pour une association, de continuer à vivre, était encore de ne pas en solliciter l'autorisation.

On peut aussi noter que Charles BLANC fait déjà de l'écologie sans le savoir. L'année 1880 avait marqué le début de l'ère électrique. L'hôtel de ville, qui avait été construit à cette époque, était conçu avec l'éclairage électrique. L'électricité était déjà utilisée dans certains grands magasins. Or elle était alors produite dans les établissements eux-mêmes, qui émettaient des fumées épaisses. Soucieux de la bonne santé des parisiens et confronté à une augmentation du nombre des plaintes portant sur les fumées, en 1898, Charles BLANC prend un arrête interdisant d'émettre de la fumée noire de manière prolongée. Grâce à cet arrêté le nombre des plaintes portant sur des fumées diminua sensiblement (15)

Homme de progrès, c'est lui qui donne l'autorisation nécessaire à la constitution régulière d'une association fondée à Paris sous la dénomination Aéro-club de France par un arrêté en date du 9 janvier 1899. Mais de par sa fonction il doit aussi s'attacher à en réguler le développement. Lors du premier salon de l'automobile organisé à Paris par l'Automobile Club de France qui accueille près de 150 000 visiteurs, il institue le Comité consultatif permanent de la circulation. Ce comité conduit le préfet à ordonner, le 10 juillet 1900, le plus volumineux et le plus fastidieux des règlements de la circulation comportant pas moins de 429 articles (16).

Les retombées de l'affaire Dreyfus à laquelle il a pleinement participé en tant que préfet de police causeront sa perte.

Traduit devant le Conseil de guerre, le capitaine DREYFUS avait été condamné à la dégradation et à la déportation à vie au bagne de Cayenne, sur l’île du Diable bien avant la nomination de Charles BLANC (22 décembre 1894).

Comme nombre de francs-maçons, Charles BLANC doute de la culpabilité de DREYFUS. Il se retrouve dans le camp dreyfusard, majoritairement de gauche, souvent anticlérical et antimilitariste, qui comprend des socialistes comme Jean JAURÈS, des radicaux et des républicains et rassemble des protestants et francs-maçons que les antidreyfusards assimilent aux "juifs" et aux "métèques" dans un vaste et supposé complot contre la France.

On sait que devant l’évidente volonté du gouvernement de laisser s’épuiser l’affaire, l’écrivain Émile Zola décide de frapper un grand coup pour alerter l’opinion. Le 13 janvier 1898, avec l’accord de Georges CLÉMENCEAU qui en dirige la rédaction, il publie sa célèbre lettre ouverte adressée au président de la République Félix Faure "J’accuse" dans l’Aurore.

Cette publication lui vaut un procès pour diffamation qui s'ouvre le 7 février devant la cour d'assises de la Seine.

Devant les émeutes organisées par les nationalistes derrière Henri ROCHEFORT lors du procès de l'écrivain, Charles BLANC est forcé de réagir et amené à intervenir afin de protéger les sorties de ZOLA - qui se font par une porte latérale du Quai des Orfèvres - à chaque audience. Les émeutiers s'en prennent même à la voiture de l'épouse du préfet de police, croyant que c'est celle de l'écrivain (17,18).

Condamné pour diffamation à un an de prison et à 3 000 F d’amende, Zola n’a d’autre choix que de s’exiler onze mois en Angleterre.

Le combat pour la révision du procès Dreyfus devient le combat pour la justice dans la République.

Après la mort du président de la République Félix FAURE, deux candidats s'opposent pour lui succéder : Émile LOUBET, en qui les dreyfusards voient un des leurs, et Jules MÉLINE, candidat des antidreyfusards. Le 18 février, Émile LOUBET est élu président de la République par le Congrès réuni à Versailles, par 483 voix contre 279. L'élection a deux répercussions immédiates : Paul DÉROULÈDE tente sans succès de faire un coup d'État pour renverser la Troisième République et Émile LOUBET est personnellement agressé par le baron CHRISTIANI à Auteuil en juin 1899 (19).

Ces incidents que Charles BLANC n'a su ni prévoir ni réprimer vont le chasser de la Préfecture de police.

Pour beaucoup, la douceur de ses façons devient de la mollesse ! A l'issue d'une crise ministérielle d'une quinzaine de jours, le ministère WALDECK-ROUSSEAU, dit "de défense républicaine", est constitué. Dès sa première réunion, le 23 juin 1899, le conseil des nouveaux ministres prend la résolution de remplacer à la préfecture de police, Charles BLANC par Louis LÉPINE qui retrouve ainsi le poste qu'il avait quitté quelques années auparavant. En compensation, Charles BLANC est nommé Conseiller d'État.

En 1903, son épouse Aglaé Eudoxie Clara décède dans son château de Montmaur (20).

Le 23 septembre 1912, il est élu président de l'Office de Navigation, créé au ministère des travaux Public afin de centraliser et de porter à la connaissance du public les renseignements de toute nature concernant la navigation intérieure, de rechercher tous les moyens propres à développer la navigation, de provoquer et au besoin de prendre toutes mesures tendant à améliorer l'exploitation des voies navigables  (21).

Vers la fin de la première guerre mondiale, il est chargé par le gouvernement de présider à l'interrogatoire de nombreux prisonniers Alsaciens-Lorrains. Ce qui l'oblige à faire une longue et pénible tournée en automobile qui aggrave une maladie dont il souffre depuis longtemps. Il obtient alors un congé de trois mois et vient le passer dans son château de Montmaur. C'est là qu'il succombe le 10 septembre 1915 à 4 heures du matin, à l'âge de 58 ans. Bien que franc-maçon, avant de décéder, il a demandé et reçu les sacrements de l'Église.

N'ayant pas de descendance directe, son décès est déclaré au maire de Montmaur, Michel BROCHIER, par son neveu Armand IMBERT, âgé de 36 ans, inspecteur général au ministère de l'Intérieur, et son beau-frère Adolphe BARLE, âgé de 53 ans, ingénieur des mines, domicilié à Gap.

Suivant sa volonté, ses obsèques sont simples et sans éclat (22).


  1. Site des Archives Départementales des Hautes-Alpes 
  2. L'Association Philotechnique a été créée par le mathématicien Eugène LIONNET en 1848 pour "donner aux adultes une instruction appropriée à leurs besoins". Elle émanait de l'Association Polytechnique, dont Auguste COMTE a été l'un des animateurs. Immédiatement, l'œuvre bénéficia de l'estime de Victor DURUY, Ministre de l'Instruction Publique, qui offrit les amphithéâtres de la Sorbonne et les salles du Lycée Charlemagne, et de Louis PASTEUR qui y dirigea plusieurs élèves.
  3. Quand il quittera Paris en 1894 pour la Préfecture des Deux-Sèvres, les conseillers municipaux parisiens iront même jusqu'à lui exprimer des regrets vifs et sincères.
  4. Bulletin des lois de la République Française, 12e série, 2e semestre 1895 ; T. 51, n° 1715-1749, 1896.
  5. Le 26 juillet 1897, la décoration lui est remise par Olivier SAINSÈRE, commandeur de la légion d'honneur, directeur de cabinet au ministère de l'intérieur.
  6. Angelo MARIANI, Figures contemporaines tirées de l'album Mariani, v 4, H. Floury Lib., Paris, 1899.
  7. Le Figaro, jeudi 14 Octobre 1897.
  8. Le Figaro, vendredi 15 Octobre 1897.
  9. Le président Félix FAURE décède à Paris, le 16 février 1899, d'une congestion cérébrale. La rumeur veut qu'il ne soit pas mort de mort naturelle, mais d'avoir "trop sacrifié à Vénus" dans les bras de sa maîtresse Marguerite, l'épouse du peintre Adolphe STEINHEIL.
  10. Hsi-Huey LIANG, The Rise of Modern Police and European State System to the Second World War, Cambridge University Press, 2002.
  11. A la suite à la conférence de Rome, de décembre 1898 à juillet 1900, il y eut 2 années d'apaisement où l’anarchisme se résorba presque totalement. Les anarchistes se rendirent compte que leurs actes de terreur ne débouchaient pas sur les changements attendus, et que cette façon de s’exprimer devenait même autodestructrice. Non seulement le terrorisme n’affaiblissait pas l’État, mais en plus il renforçait le pouvoir de la police, de l’armée, du gouvernement ainsi qu’il favorisait les coalitions internationales de lutte contre eux.
  12. Émile Auguste François Thomas ZURLINDEN, Mes souvenirs depuis la Guerre, 1871-1901, Perrin Ed., Paris, 1913.
  13. On peut citer par exemple La Ligue des patriotes de Paul DÉROULÈDE, fondée en mai 1882.
  14. Francis CHARME, Chroniques de la quinzaine, in La revue des deux mondes, t 153, mai -juin 1899, Paris.
  15. En 1930, il remonte légèrement à la suite du développement industriel pour retomber ensuite.
  16. Site Internet : http://www.cca.qc.ca/pages/Niveau3.asp?page=mellon_guillerme&lang=fra
  17. Paul MARIN, Le lieutenant-colonel Picquart ?, Stock Ed., Paris, 1898.
  18. En 1898, des émeutes antisémites éclatent dans plus de cinquante-cinq villes, dont Paris, Marseille, Nantes, Rouen, Lyon, Bordeaux, Angers, Nancy. Les cris de « Mort aux Juifs ! », « À bas Zola ! », « La France aux Français ! » accompagnent ces manifestations, qui menacent physiquement les juifs et détruisent synagogues et commerces.
  19. Paul DÉROULÈDE sera arrêté, relâché et, finalement, banni et expulsé en Espagne. Il bénéficiera d'une amnistie en 1905. Le baron CHRISTIANI sera écroué et condamné à 10 ans de prison ferme.
  20. Annales dauphinoises, vol 4, Vallier Édouard Imp., 1904.
  21. Annales de géographie, t 22, n°121, 15 janvier 1913, A. Colin Ed., Paris.
  22. Bulletin de la Société d'études des H-A, n°13, Louis Jean et Peyrot Ed., Gap, 1916.