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C'est encore un enfant en bas âge lorsque son père achète le château de Montmaur. Après de brillante études à l'école centrale de Gap, il s'inscrit au lycée Louis-le-grand à Paris et s'y fait remarquer. Marchant dans les pas de son père, Charles décide de devenir avocat et fait son droit à la faculté de droit de Paris. Intéressé lui aussi par la politique, il suit les cours de l'École libre des sciences politiques. Reçu docteur, il enseigne quelque temps l'économie politique à l'Association Philotechnique (2). Ces étapes ne sont que le prélude à sa vie militante. Docteur en droit, avocat distingué inscrit au barreau de Paris, il entre dans l'administration en 1879 comme sous-chef de cabinet du sous-secrétaire d'État au Ministère de l'Agriculture sous le ministère Gambetta. En 1881, il est nommé chef adjoint de ce même cabinet puis sous-chef de cabinet du ministre de l'agriculture. Au mois d'octobre, il est décoré avec le grade d'officier d'Académie.
En 1883, il est domicilié à Paris, 58 rue Jacob. Le 3 février, à la mairie du 3ème arrondissement, il épouse Aglaé Eudoxie Clara BARLE, dite Claire, née à Paris, le 19 janvier 1856, fille de Jean Charles, chapelier, et de Julie TAILLET. Les témoins sont 3 députés : Marie Jules BLANCSUBÉ, député de la Cochinchine et cousin de l'époux, Barthélémy Amédé FERRARY et Cyprien Bernard CHAIX, tous deux députés des Hautes-Alpes, et un médecin Frédéric ROCHETTE. Le 29 avril 1884, Charles BLANC est nommé sous-préfet des Sables d'Olonne. Sa belle conduite pendant l'épidémie cholérique de 1884-1885 lui vaudra de recevoir une médaille d'or de 1ère classe. Des Sables d'Olonne, il passe à Hazebrouck le 7 avril 1888, où il ne reste que quelques mois avant d'être nommé le 24 juin à La Flèche. Le 25 mai 1889, Eugène POUBELLE, alors préfet de la Seine, l'appelle à la direction de son cabinet. C'était une création de poste, mais les sympathies qu'inspire le nouveau titulaire écartent les résistances du Conseil Municipal. Par les grâces de son caractère, il triomphe de la sourde mauvaise humeur des édiles parisiens. Les conseillers municipaux, qui, tout en lui octroyant selon l'usage, des votes de blâme, lui accordent 6 000 francs de frais de représentation (3). C'est l'année de l'exposition universelle à Paris. Charles BLANC participe à cet événement en tant que chef du service des bibliothèques de la ville de Paris. Le 14 juillet 1891, il est fait chevalier de la légion d'honneur. A sa demande, les insignes lui sont remises par Eugène POUBELLE, commandeur de l'ordre. Le 29 décembre 1891, la décoration d'officier de l'instruction publique lui est attribuée. Et le 20 janvier 1894, il est fait chevalier du mérite agricole. Préfet à Niort, Charles BLANC y réussit pleinement. Il est notamment à l'origine de la signature, le 19 juillet 1895, d'une convention avec la compagnie française des voies ferrées économiques pour la construction et la concession par l'État de l'exploitation d'un réseau de tramways à vapeur comprenant les lignes : de Bressuire à Montreuil-Bellay par Argençon-Château ; de Parthenay à Saint-Laurs par Secondigny et l'Absie ; de Parthenay à Ménigoute ; de Ménigoute à Saint-Maixent et de Saint-Maixent à Melle par la Mothe-Saint-Héraye et Lazay (4). C'est en général un concert d'éloges qui salue son intervention. Et tous s'accordent à déclarer que Mme Charles BLANC "seconde à merveille son mari dans les devoirs de sa charge". Le 25 juin 1896, il est appelé de Niort, par Louis BARTHOU, à la direction de la sûreté générale laissée vacante par Henri POIRSON. Grâce à cette nomination, Charles, qui avait 5 000 francs de revenus en 1884, quadruple ses revenus.
En 1897, il brigue le poste de préfet de police, vacant du fait de la nomination de Louis LÉPINE comme gouverneur général de l'Algérie. Les candidats sont nombreux. Après avoir rappelé les qualités nécessaires pour assurer pleinement la fonction de préfet de police, Le Figaro du jeudi 14 Octobre le choisit pour favori (7) :
Et, effectivement, le lendemain, le poste a été attribué à Charles BLANC. S'en suit un long article dans Le Figaro du jour qui se réjouit de cette nomination. Après un rappel de la carrière du nouveau préfet de police et sa description physique, le journaliste rapporte une anecdote qui s'est déroulé lors de sa précédente promotion et qui fait apparaître la maîtrise et le sang-froid de Charles BLANC (8) :
Le journal La Croix du 16 Octobre, quant à lui, ironise, se moquant du fait que le nouveau préfet est un grand amateur de bicyclette ! :
Tous s'accordent cependant pour déclarer que Charles BLANC, main de fer dans un gant de velours, est l'homme qui convient au poste qu'il occupe et qu'il sera à même de faire face aux troubles qui menacent :
Le poste qu'occupe maintenant Charles BLANC et qui en fait le chef de toute la police française, s'il n'est pas une sinécure, est regardé comme une promotion et l'apogée d'une carrière.
En tant que chef de la police, il doit faire face au développement de l'anarchisme dont le sommet dans l'horreur est atteint lors de l'assassinat de l'impératrice Élisabeth d'Autriche par un anarchiste italien Luigi LUCCHINI, le 10 septembre 1898. La triste nouvelle fait rapidement le tour de la planète :
A la suite de cet assassinat, de nombreux pays décident de réduire à néant le mouvement anarchiste et tout d'abord de se réunir à Rome pour définir une action commune. Malgré les tensions politiques internationales, la conférence de Rome réunit des représentants de toutes les grandes puissances. La conférence débute le 24 septembre 1898 et se termine le 21 décembre. On compte 21 pays participants dont 54 représentants délégués comme des ambassadeurs, différents bureaucrates, diplomates et des chefs de police nationale. Lors de cette conférence, Charles BLANC soutient pour sa part que le fait de définir l'anarchisme dans la théorie, ou le fait d'essayer de réprimer son activité au moyen d'une convention internationale, est un gaspillage de temps. Il préconise de renforcer la surveillance de la police dans chaque pays et de ne pas croire à la mort de l'anarchisme simplement parce que le temps a passé sans nouvelles attaques. Il insiste pour que les lois existantes dans chaque pays soient fermement appliquées et demande que tous les anarchistes étrangers soient expulsés sans hésitation (10,11) Devant la gravité de certaines manifestations, le Préfet de police, Charles BLANC, est souvent forcé de recourir à la troupe, notamment contre les manifestations des ligues d'extrême droite (12, 13). :
Mais Charles BLANC sait aussi faire preuve de diplomatie pour désamorcer les situations les plus délicates. En témoigne son entretien avec Ferdinand Vincent-de-Paul Marie BRUNETIÈRE, directeur de La Revue des Deux Mondes et membre de l'Académie française, qui a fondé avec Maurice BARRES la Ligue pour la patrie française, entretien rapporté Francis CHARME (14) :
On peut aussi noter que Charles BLANC fait déjà de l'écologie sans le savoir. L'année 1880 avait marqué le début de l'ère électrique. L'hôtel de ville, qui avait été construit à cette époque, était conçu avec l'éclairage électrique. L'électricité était déjà utilisée dans certains grands magasins. Or elle était alors produite dans les établissements eux-mêmes, qui émettaient des fumées épaisses. Soucieux de la bonne santé des parisiens et confronté à une augmentation du nombre des plaintes portant sur les fumées, en 1898, Charles BLANC prend un arrête interdisant d'émettre de la fumée noire de manière prolongée. Grâce à cet arrêté le nombre des plaintes portant sur des fumées diminua sensiblement (15) Homme de progrès, c'est lui qui donne l'autorisation nécessaire à la constitution régulière d'une association fondée à Paris sous la dénomination Aéro-club de France par un arrêté en date du 9 janvier 1899. Mais de par sa fonction il doit aussi s'attacher à en réguler le développement. Lors du premier salon de l'automobile organisé à Paris par l'Automobile Club de France qui accueille près de 150 000 visiteurs, il institue le Comité consultatif permanent de la circulation. Ce comité conduit le préfet à ordonner, le 10 juillet 1900, le plus volumineux et le plus fastidieux des règlements de la circulation comportant pas moins de 429 articles (16). Les retombées de l'affaire Dreyfus à laquelle il a pleinement participé en tant que préfet de police causeront sa perte.
Comme nombre de francs-maçons, Charles BLANC doute de la culpabilité de DREYFUS. Il se retrouve dans le camp dreyfusard, majoritairement de gauche, souvent anticlérical et antimilitariste, qui comprend des socialistes comme Jean JAURÈS, des radicaux et des républicains et rassemble des protestants et francs-maçons que les antidreyfusards assimilent aux "juifs" et aux "métèques" dans un vaste et supposé complot contre la France. On sait que devant l’évidente volonté du gouvernement de laisser s’épuiser l’affaire, l’écrivain Émile Zola décide de frapper un grand coup pour alerter l’opinion. Le 13 janvier 1898, avec l’accord de Georges CLÉMENCEAU qui en dirige la rédaction, il publie sa célèbre lettre ouverte adressée au président de la République Félix Faure "J’accuse" dans l’Aurore. Cette publication lui vaut un procès pour diffamation qui s'ouvre le 7 février devant la cour d'assises de la Seine. Devant les émeutes organisées par les nationalistes derrière Henri ROCHEFORT lors du procès de l'écrivain, Charles BLANC est forcé de réagir et amené à intervenir afin de protéger les sorties de ZOLA - qui se font par une porte latérale du Quai des Orfèvres - à chaque audience. Les émeutiers s'en prennent même à la voiture de l'épouse du préfet de police, croyant que c'est celle de l'écrivain (17,18). Condamné pour diffamation à un an de prison et à 3 000 F d’amende, Zola n’a d’autre choix que de s’exiler onze mois en Angleterre. Le combat pour la révision du procès Dreyfus devient le combat pour la justice dans la République.
Ces incidents que Charles BLANC n'a su ni prévoir ni réprimer vont le chasser de la Préfecture de police. Pour beaucoup, la douceur de ses façons devient de la mollesse ! A l'issue d'une crise ministérielle d'une quinzaine de jours, le ministère WALDECK-ROUSSEAU, dit "de défense républicaine", est constitué. Dès sa première réunion, le 23 juin 1899, le conseil des nouveaux ministres prend la résolution de remplacer à la préfecture de police, Charles BLANC par Louis LÉPINE qui retrouve ainsi le poste qu'il avait quitté quelques années auparavant. En compensation, Charles BLANC est nommé Conseiller d'État. En 1903, son épouse Aglaé Eudoxie Clara décède dans son château de Montmaur (20). Le 23 septembre 1912, il est élu président de l'Office de Navigation, créé au ministère des travaux Public afin de centraliser et de porter à la connaissance du public les renseignements de toute nature concernant la navigation intérieure, de rechercher tous les moyens propres à développer la navigation, de provoquer et au besoin de prendre toutes mesures tendant à améliorer l'exploitation des voies navigables (21). Vers la fin de la première guerre mondiale, il est chargé par le gouvernement de présider à l'interrogatoire de nombreux prisonniers Alsaciens-Lorrains. Ce qui l'oblige à faire une longue et pénible tournée en automobile qui aggrave une maladie dont il souffre depuis longtemps. Il obtient alors un congé de trois mois et vient le passer dans son château de Montmaur. C'est là qu'il succombe le 10 septembre 1915 à 4 heures du matin, à l'âge de 58 ans. Bien que franc-maçon, avant de décéder, il a demandé et reçu les sacrements de l'Église. N'ayant pas de descendance directe, son décès est déclaré au maire de Montmaur, Michel BROCHIER, par son neveu Armand IMBERT, âgé de 36 ans, inspecteur général au ministère de l'Intérieur, et son beau-frère Adolphe BARLE, âgé de 53 ans, ingénieur des mines, domicilié à Gap. Suivant sa volonté, ses obsèques sont simples et sans éclat (22).
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