Balthazar FLOTTE, fils de Jean, le capitaine protestant dit Capitaine Aurouse, et d'Antoinette ARTAUD DE MONTAUBAN, naît en 1554 (1).

Érigé baron de Montmaur en 1569, après le décès de son père à la bataille de Montcontour, il prend les armes de sa mère et le nom de FLOTTE DE MONTAUBAN (2).

À peine âgé de 19 ans, Balthazar épouse secrètement par mariage mutuel privé Isabeau DES ASTARDS DE LAUDUN, fille de Christophe, Baron de Mirabel et Miraval, et de Jeanette DE GRASSE, avec laquelle il vit depuis 5 ans : 2 fils vont naître de cette union : Scipion et Jean-Balthazar. Sans attendre le décès de cette première épouse, il se remariera, le 30 octobre 1590, à St Jean-de-Bournay, avec Marthe DE CLERMONT D'AMBOISE, fille d'Antoine, Marquis de Reynel, et d'Anne DE SAVOIE-TENDE, ce qui lui vaudra d'être accusé de bigamie. Pour sa part, la mère de Marthe déshéritera sa fille mariée à un bigame dans son testament du 6 février 1601. De ce mariage naîtront : Charles-Emmanuel, filleul du Duc de Savoie, Comte de la Roche de 1613 à 1620, Jean-Guillaume, Comte de la Roche de 1620 à 1667, François le Sieur D'aurouse, Anne et Gaspard.

Fils d'un capitaine protestant, Balthazar n'en est pas moins catholique, ce qui lui vaudra dès sa jeunesse d'être en butte à l'hostilité des huguenots comme le montrent les épisodes suivants :

    Le 8 ou 9 mai 1573, les troupes de MONTBRUN et de LESDIGUIÈRES affrontent dans la plaine de Monsaléon 1 500 hommes commandés par LABOREL, gouverneur de Gap. Après avoir vaincu le gouverneur, LESDIGUIÈRES, s'en retournant, s'empare du château de La Roche-des-Arnauds "trop bon pour être pris sans artillerie" (3,  4) :

    La mesme année mondict Seigneur des Diguières conduisit noz troupes à nouvelle expédition et prit à Serres deux canons avec lesquels nous fimes bresche au chasteau de la Roche et par assaut l'emportames ou moureurent le sieur de la Combe, Gouverneur, avec ses troupes.

    LESDIGUIÈRES impose à Balthazar le paiement d'une contribution de 60 livres et installe le capitaine ARABIN et ses troupes en garnison au château. Ce qui n'empêchera pas René DE LA-TOUR-DU-PIN GOUVERNET de rendre "une visite de courtoisie" à Louise FLOTTE le 9 décembre 1576 (3) :

    Les troupes Réformées de M. de Gouvernet s'arrêtent à la Roche pour une visite de courtoisie à Louise de Flotte qui témoignera plus tard au Procès de Gap que du temps que ceux de la Religion Réformée passèrent au-dit lieu conduisant l'artillerie pour aller assiéger la Bâtie-neuve n'étaient nullement inquiétés ni ne craignaient les troupes de Monsieur de Monestier.

    On peut penser qu'entre temps l'occupation du château avait cessé, car le 18 mars 1577, à nouveau, les protestants assiègent et prennent le château.

D'abord enseigne à la compagnie d'Uzès en 1577 du 24 avril 1577 au 26 mai 1578, puis à celle du Grand-Prieur de France, gouverneur de Provence, il est nommé chevalier de l'ordre du Roi le 29 septembre 1581 (5). Au mois d'avril 1581, il est fait capitaine d'une compagnie de gendarmerie.

Bien que décrit par DOCCHIER comme un "militaire sans talents, ambitieux sans caractère, politique maladroit et d'une fidélité chancelante" (6), il est cependant l'un des personnages les plus importants du Dauphiné. Aussi, il est nommé gouverneur de Gap par intérim en 1585.

Déjà il louvoie entre catholiques et protestants (4) :

Ils* avaient pour allié déclaré le baron de Montmaur, de la famille de Flotte de Montauban, l'un des principaux seigneurs du Dauphiné, et qui manoeuvrait de concert avec les gentilshommes réformés. C'était dans ce pays le représentant le plus distingué des Politiques, aussi les Catholiques exerçaient-ils à son endroit le même espionnage qu'à l'égard des Protestants. Nous voyons au 2 mai 1585, les gens de Tallard envoyer à Veynes un homme chargé de surveiller les mouvements de ce seigneur.

* Les protestants

Le 5 juin 1586, il est nommé Maître de camp.

En 1587, le Duc DE LA VALETTE, à la fois représentant du modéré Roi Henri III en Dauphiné et proche des catholiques ultra de la Ligue, le nomme colonel et gouverneur de Romans. C'est vers cette époque que, sentant que les protestants allaient gagner les guerres de religion, Balthazar bascule de leur côté.

On sait que le rapprochement se fait grâce à une entrevue secrète avec LESDIGUIÈRES tenue entre Veynes et Serres dans la nuit du 3 au 4 février 1587 (4) :

Ce gentilhomme, menacé dans sa position, comme beaucoup d'autres, par les partisans de la Ligue, entra en confédération avec le chef réformé afin de se maintenir et de mettre sa fortune à couvert... Le baron combattit, en effet, vigoureusement la Ligue en 1588, conserva la ville au roi et fit périr plusieurs conspirateurs ligueurs. Ce traité ne tarda pas à être connu de la plupart des personnages haut placés dans les deux partis, l'effet en fut immense et les Catholiques présagèrent dès lors la ruine de leurs espérances.

C'est ainsi que l'on trouve Balthazar FLOTTE aux côtés du protestant Henri DE NAVARRE, futur Henri IV, à la bataille de Coutras, le 20 octobre 1587, qui voit l'écrasement de l’armée royale commandée par le duc Anne DE JOYEUSE, qui meurt dans la bataille.

À la suite de leur entrevue secrète, LESDIGUIÈRES rencontre plusieurs fois Balthazar dans le château de Montmaur (3, 7). C'est d'ailleurs dans le château de Montmaur que, le 13 août 1588, est conclu un traité par DE BUISSON, gentilhomme provençal, et René DE LA TOUR DU PIN GOUVERNET, baron d'Aix, Mévouillon et Montauban, au nom de LESDIGUIÈRES et de LA VALETTE.

En remerciement de son entremise, LA VALETTE apportera à Balthazar FLOTTE DE MONTAUBAN tout le soutien qui lui sera possible lorsque le baron sera en butte à l'opposition des habitants de Romans.

À Romans, Balthazar fait construire sur le plateau de Saint-Romain une forteresse et oblige les habitants à travailler à son édification (3,  8) :

les ennemis ... avaient desseing de se saisir de Vallence et Romans ; ... pour Romans, le baron de la Roche y a pourveu, car un matin il y a faict entrer quatre ou cinq compagnies et les a faict loger en paiant et aussitost commencé une bonne citadelle laquelle il faict faire en toute dilligence.

Le dégagement de ses abords nécessite la démolition de 268 maisons dont les propriétaires ne sont pas indemnisés. Ses exigences financières deviennent insupportables pour les romanais et leurs doléances remontent jusqu'au Roi. Malheureusement, Henri III n'a plus l'autorité pour se faire obéir du gouverneur qui est censé le représenter ! Ainsi pendant plus de huit ans, les romanais vivront sous le joug de leur gouverneur.

En 1589, Henri IV devient roi de France et confirme Balthazar à son poste. Entre le 15 septembre et le 29 septembre, les Ligueurs menés par Charles DE MAYENNE lancent plusieurs assauts sur le bourg d'Arques et ses environs. Balthazar FLOTTE se signale encore une fois dans ces combats aux côtés du nouveau roi.

Lors d'une trêve entre catholiques et protestants, LESDIGUIÈRES impose aux habitants de Tallard une contribution de guerre. Cet épisode est rapporté par CHARRONNET qui dans son récit signale l'entremise de Balthazar, grand amateur de vin, de pigeons et de poulets qu'on ne "peut trouver aux environs de Montmaur" (4) :

La suspension d'arme prolongée d'un mois seulement, en réalité, dura encore sept mois. Dans l'intervalle, le 28 mars*, le chef calviniste signa avec d'Ornano, commandant pour le roi en Dauphiné, une trêve conseillée par les États provinciaux et ratifiée par le parlement de Grenoble. Le peuple ne se trouva pas bien de celle trêve, dit le président de Thou, les deux généraux ayant imposé pour l'entretien des troupes une taille de trente-six mille écus par mois, cela acheva de ruiner les campagnes. Lesdiguières, en outre, paraît avoir profité de cette trêve pour faire rentrer l'argent qui lui était dû, ainsi il commença à presser Tallard. Le baron de la Roche avait promis à cette communauté de payer la contribution de guerre qu'on lui avait imposée ; quand le duc menaça, le bourg rappela à M. de la Roche sa promesse : "Tranquillisez-vous, dit le baron, je parlerai à M. Desdiguières et dans quelques jours je lui donnerai mille écus". Le général averti se calma : "J'étais un peu fâché, dit-il, mais je veux bien accepter l'offre de M. de la Roche". Nouvelle députation à ce dernier pour le prier de vouloir bien donner les mille écus ; le baron promet tout ce qu'on veut et accepte les présents qu'on lui apporte ; à deux ou trois jours de là les Tallardiens viennent encore le supplier : M. de la Roche n'a pu encore parler à M. Desdiguières, mais il trouve excellents le vin et surtout les pigeons qu'on lui a apportés la première fois. Le maître d'hôtel demande s'il n'y aurait pas moyen d'en avoir d'autres, avec quelques poulets parce qu'on n'en peut trouver aux environs de Montmaur. Le conseil municipal de Tallard, après avoir délibéré, nomma deux de ses membres pour se mettre à la recherche de bons poulets et de bons pigeons ; la tradition veut aussi qu'un célèbre connaisseur de l'époque, nommé Colombon, ait été chargé de déguster les vins qu'on enverrait au baron, mais ce dernier trait ne nous est attesté par aucun document officiel. Le 5 mai, Louis Platel porta les présents à Montmaur ; le baron était ce jour-là de fort mauvaise humeur, on eut mille peines à le calmer, néanmoins, grâce à un notable de Gap qui se trouvait avec lui, il décida qu'il donnerait les mille écus dont les intérêts lui seraient payés en vin à raison de six florins la charge. Le notable gapençais pour sa bienveillante intervention eut pour lui trois charges de vin "et, dit le député, il lui faut donner de bon vin car il nous peut encore beaucoup servir dans la suite".

*le 28 mars 1590.

Au mois de janvier 1590, il participe en compagnie de BRIQUEMAUT et du capitaine COLLET à la prise de Barcelonnette tenue par une garnison de Piémontais commandée pour le Duc de Savoie par Alexandre GRIMALDI, seigneur de Beuil. Ce dernier est emmené prisonnier à Sisteron où il est remis à LA VALETTE, et COLLET le remplace comme gouverneur de Barcelonnette  (9).

Balthazar FLOTTE combat encore lors de la bataille d'Ivry, le 14 mars 1590, bataille qui oppose l’armée royale commandée par Henri IV à l’armée ligueuse renforcée de contingents espagnols commandée par le Duc DE MAYENNE, dans la plaine Saint-André entre la ville de Nonancourt et la ville d'Ivry, bataille qui conduit à la déroute des ligueurs malgré leur supériorité numérique.

On signale aussi que vers cette époque il prend part aux combats en Languedoc sous les ordres d'Henri DE MONTMORENCY, maréchal DE DAMVILLE.

En 1592, et en remerciement des services rendus, Henri IV érige en comté le fief de la Roche-des-Arnauds. Cependant, Balthazar, pratique un subtil et dangereux double jeu en restant proche du Duc D'ÉPERNON, catholique ultra qui ne reconnaît pas l'autorité du nouveau roi, mais aussi proche de LESDIGUIÈRES. C'est ainsi qu'en juin 1593, devant le village de Salebertan, alors que LESDIGUIÈRES défait les troupes de Don RODRIGO DE TOLÉDE, général des troupes du Roi d'Espagne à l'armée de Savoie, Balthazar ne lui apporte qu'un bien tiède concours (3) :

Sur le poinct que les nostres eurent achevé ce combat, messieurs le comte de la Roche et de la Baume d'Authun arrivèrent sur le champ avecq quelques gens de cheval ayant laissé leurs compagnies à Briançon. Le lendemain mardy feust employé à rompre noz barricades d'Oulx.

Balthazar FLOTTE se signale une dernière fois lors de la bataille de Fontaine-Française, près de Dijon, le 5 mars 1595, dans laquelle les alliés espagnols du Duc DE MAYENNE se retirent sans combattre. Cette dernière défaite amènera le duc à se rallier au roi en novembre 1595.

La situation politique reste très confuse dans un contexte économique aggravé par la peste qui sévit en novembre 1596 et par cette guerre contre les Savoyards et les Espagnols. Balthazar commet alors l'erreur de rechercher l'alliance des ennemis de la France. Le Duc de Savoie n'est-il pas le parrain de son fils Charles-Emmanuel ! Souhaitant s'emparer de la citadelle de Romans pour envahir la province, le Duc se sert de Charles DE SIMIANE-DALBIGNI, un des chefs des ligueurs, pour corrompre Balthazar. Pour remerciement de sa trahison, DALBIGNI promet à Balthazar de lui procurer le gouvernement du Dauphiné et 50 000 écus. LESDIGUIÈRES est rapidement averti de la conspiration ourdie pour livrer la ville de Romans au Duc de Savoie. Le 22 août 1597 (3) :

Le sieur des Diguières eust advis de quelques desseings et entreprise des mauvais serviteurs du Roy sur Romans.

C'est est trop pour les autorités royales et les romanais qui se soulèvent contre leur gouverneur. Le 19 octobre 1597, les consuls de Romans et les nobles fidèles au roi Henri IV font le siège devant la citadelle. On se bat pendant 6 jours. Enfin, Balthazar, dont la citadelle est soumise à la canonnade, effrayé par la tournure des événements, demande à capituler. La capitulation est signée le 25 octobre 1597 par le Maréchal D'ORNANO et par les magistrats du parlement. Elle autorise le Comte et son épouse, ainsi que leurs domestiques, à aller et venir dans la ville et prévoit que le Comte se retirera vers Sa Majesté le Roi pour obtenir le rétablissement de sa charge (6).

Dans les semaines qui suivent, la citadelle est rasée, un couvent de capucins sera édifié à sa place (10). Et quelques années plus tard, le 10 mai 1601, l'ancien gouverneur sera condamné par arrêt à restituer 15 003 écus, somme donnée par les Romanais pour la construction de la citadelle.

Quant à Antoine GUERIN DE TENCIN, descendant d'un pauvre colporteur dauphinois installé à Romans, qui a contribué à déjouer la conspiration du Gouverneur de Romans, il est anobli par Henri IV en témoignage de remerciement (7).

À la fin de l'année 1597, dans le courant du mois de novembre ou pendant les premiers jours du mois de décembre, sur l'ordre de LESDIGUIÈRES, le Comte de La Roche et son régiment participent au siège d'Allos (9) :

On comptait au nombre des assiégeants le régiment du comte de la Roche, les contingents disponibles des garnisons de Barcelonnette et la colonne de Mirabel, officier général de l'armée du duc de Guise.

Le 5 décembre suivant, LESDIGUIÈRES, par un billet laconique, trace en ces termes l'itinéraire que le Comte de la Roche doit suivre après le siège d'Allos :

Le régiment du sieur de la Roche passera par Colmars, Seyne, la Bréole, la Saulse, Laragne, Montjay, Remusac (Drôme), et de là à son quartier.

Enfin, le 18 du même mois, LESDIGUIÈRES écrit une lettre de reproches au Comte de la Roche :

J'ai entendu dire qu'à votre retour d'Allos vous avez pris un autre logis (logement du régiment) que celui que je vous ai ordonné.

La paix entre les Rois Henri IV de France et Philippe II d'Espagne, signée à Vervins le 2 mai 1598, met un terme à ces hostilités. Le traité rend Allos à la Savoie, et les Français évacuent Barcelonnette, Allos, Saint-Martin-d'Entraunes ...

C'est probablement à la suite de ce traité que Balthazar FLOTTE se rend à la cour du Duc de Savoie. Celui ci le nomme son grand écuyer en 1598.

En 1600, éclate une dispute entre DE GOUVERNET, beau-frère de Balthazar, et PAPARIN, l'évêque de Gap. Rapportant l'état de son diocèse, PAPARIN écrit (4) :

La Roche-des-Arnauds est destitué de service, à tout le moins le service ne s'y fait pas comme il le faudrait parce que les fruits dudit bénéfice sont perçus par le seigneur dudit lien qui est gentilhomme de la religion prétendue réformée et beau-frère de M. de Gouvernet.

Fort de ses appuis et après avoir obtenu sa grâce d'Henri IV, Balthazar FLOTTE revient en France en 1603. Le Roi le nomme son écuyer, Maître de camp de la cavalerie, Conseiller du Roi en ses Conseils d'Etats et privés, et le gratifie d'une pension de 1 000 livres. Cependant, il est toujours en intelligence avec le Duc de Savoie. Et il est à nouveau à son service en 1610, après le décès d'Henri IV, lorsque les habitants d'Allos adressent une énergique protestation pour obtenir l'observance des règlements de guerre qui avaient été enfreints à leur préjudice. Cette protestation est en effet adressée au sieur D'AMY, lieutenant du Comte de la Roche, commandant les troupes du Duc de Savoie dans la viguerie de Barcelonnette (9).

Le 5 avril 1611, MALHERBE dans une lettre décrit l'agonie d'Isabeau DES ASTARDS DE LAUDUN, Comtesse de La Roche, qui va décéder le lendemain (11) :

Je crains bien que M. le comte de la Roche n'y recoive de mauvaise nouvelles de Madame la comtesse sa femme : il y a trois jours qu'elle est en l'agonie de la mort, et n'est défendue que de son grand courage. Dieu veuille que la fin en soit autre que tout le monde ne la croit !

En 1613, Balthazar est à nouveau au service du Roi de France. Louis XIII prévoit alors d'envoyer une armée sous les ordres de LESDIGUIÈRES et du Comte de La Roche contre le Duc de Savoie. Le succès de ce projet dépend du secret. Or, les cours de France et de Savoie grouillent d'espions. Balthazar pour sa part renseigne le Duc de Savoie. Il rédige ses missives en langage chiffré, mais le code et découvert (12) :

Les principaux avis qu'il* recevoit venoient de Concini & de fa femme. Le fieur Gueffier, Réfident pour le France à la Cour de Savoye, avoit découvert que les paquets s'adreffoient au Baron de la Roche, Dauphinois. Geuffier trouva le fecret d'avoir de l'Ecriture du Baron de la Roche, qu'il envoya en France. On arrêta à la Pofte des lettres écrites de la même main ; on en furprit d'autres qu'un nommé Maignat, auffi Dauphinois, adreffoit au Baron de la Roche. Maignat, arrêté & interrogé, chargea beaucoup Concini, fa femme, & fur-tout Dolé leur confident.

*le Duc de Savoie

MAIGNAT (13), qui était un agent du Comte, est roué vif à Paris au mois de mai 1613.

Balthazar n'est pas inquiété. En effet, il se trouve être le neveu du commandeur Antoine DE LA ROCHE, homme de confiance de la reine mère et régente Marie DE MÉDICIS, et "ung des principaulx auprès du Mareschal" DE BELLEGARDE. Et pour le moment, c'est Marie DE MÉDICIS, complétement soumise à l'emprise des CONCINI, qui tient les rennes du pouvoir.

Mais Louis XIII, qui souhaite assurer son pouvoir, et doit pour se faire se débarrasser de CONCINI et de ses sbires, est prévenu contre lui. Une dernière erreur va lui être fatale et causer sa perte.

Après avoir attiré à Montmaur un prêtre italien, Dom STÉFANIO, agent secret de la France, qui se rend près de la reine, porteur de papiers intéressant le Duc de Savoie, dans la nuit du 26 décembre 1613, Balthazar le fait assassiner. Le meurtre est commis à Tarare, près de Lyon, par un nommé CRAPONNE et deux soldats soudoyés. Balthazar s'empare des documents. Mais il est découvert et enfermé à la Bastille le 16 février 1614 (14). C'est durant sa captivité qu'il écrit "la vie du feu connestable Saint Paul, dédiée au vieux mareschal de Bouillon, prétendu vice-connestable de France, composée dans la Bastille par le Comte de la Roche, escript en parchemin rouge" (15).

Balthazar est jugé et condamné pour crime de lèse-majesté. Il est exécuté en place de Grève, à Paris, le 6 août 1614.

Cet épisode nous est rapporté par LALANNE (11) :

La nuit du 26 décembre 1613, auprès de Tarare, le comte de la Roche avait assassiné un prêtre italien, nommé Theofilo Stefanio, agent secret de la France en Italie et en Allemagne, et dont la mort importait fort au duc de Savoie, au service duquel le comte avait été depuis la mort de Henri IV. Après une information faite sur les lieux, la Roche, sur lequel on trouva divers papiers ayant appartenu au prêtre, fut arrêté et conduit d'abord à la Bastille, puis à la Conciergerie. Le 6 août 1614, il fut condamné à mort avec deux de ses complices, et exécuté le même jour... Le comte dans son interrogatoire, déclare s'appeler Balthasar Flotte de Montauban, comte de la Roche, un des quatre barons du Dauphiné, être âgé de soixante ans, et demeurer à Montmaur en Dauphiné.

Les procès qui résultèrent de sa bigamie et la confiscation d'une partie de ses biens à la suite de sa condamnation à mort, firent perdre à la famille FLOTTE la haute situation qu'elle occupait dans le Dauphiné.


  1. Merci à Michel POURROY qui m'a autorisé à utiliser les informations concernant Balthazar FLOTTE DE MONTAUBAN signalées dans son site généalogique sur le serveur Geneanet.
  2. Ses armes sont : Écartelé : aux 1 et 4, losangé d'argent et de gueules, au chef d'or (qui sont de Flotte) ; aux 2 et 3, d'azur, à trois tours d'or, ouvertes du champ (qui sont de Montauban).
  3. Comte DOUGLAS et Joseph ROMAN, Actes et correspondance du connétable De Lesdiguières, t. I à III, E. Allier Imp., Grenoble, 1884.
  4. Charles CHARRONNET, Les guerres de religion et la société protestante dans les Hautes-Alpes, 1560-1789, P. Jouglard Ed., Gap, 1861.
  5. Il sera aussi chevalier de l'ordre de Saint Michel.
  6. Jean-Baptiste DOCCHIER, Mémoires sur la ville de Romans - suivis de L'éloge du Chevalier Bayard, J. Montal Imp., Valence, 1812.
  7. Adolphe ROCHAS, Biographie Du Dauphiné, Charavay Ed., Paris, 1860.
  8. La construction sera achevée en 1597. Il logera dans cette citadelle 8 compagnies envoyées par LA VALETTE afin de combattre les ligueurs (7).
  9. Abbé J.-E. PELLISSIER, Histoire D'Allos, en ligne sur le site web http://jc.clariond.free.fr/
  10. Site web : http://leromanshistorique.free.fr/?p=73
  11. M.L. LALANNE, Oeuvres de Malherbe, t 3, Hachette Ed., Paris, 1862.
  12. Richard GIRARD DE BURY, Histoire de la vie de Louis XIII, t 1, Saillant lib., Paris, 1758.
  13. MAIGNAT, MAGNAS ou MAGNAC selon les auteurs.
  14. Achille Edmond HALPHEN, Journal inédit d'Arnauld d'Andilly (1614-1620), J. Techener Lib., Paris, 1857.
  15. Édouard FOURNIER, Variétés historiques et littéraires, t 5, P. Jannet Lib., Paris, 1861.