Au printemps 1873, François Philippe ROBERT sollicite une autorisation de mariage auprès du général commandant la 22ème région militaire.

François Philippe ROBERT est le fils aîné de Jean Joseph et de Bénédicte ROBIN qui se sont épousés le 28 juin 1842 (1). Il est né quatre années plus tard, à La Montagne de Montmaur, le 22 décembre (2).

En 1866, il a alors 20 ans, il passe devant le conseil de révision. Soumis au tirage au sort, il tire une mauvais numéro (un petit numéro). Il est bien trop pauvre pour s'offrir un remplaçant car ce remplacement coûte l’équivalent de deux ans environ du salaire d’un journalier agricole (3).

Il quitte alors son hameau pour un service militaire de 7 ans. Si l'on en croit l'autorisation citée plus bas, il est versé au 22ème régiment d'infanterie de ligne alors basé à Marseille.

Quatre ans plus tard, la France déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Le 17 septembre débute le siège de Paris. En province la défense est organisée par GAMBETTA. 12 corps d'armée sont levés qui forment les armées de la Loire, du Nord, des Vosges et de l'Est. François Philippe ROBERT fait partie de l'armée de la Loire sous le commandement du général d'AURELLE DE PALATINES qui a pour principale mission de libérer Paris. Après avoir remporté la victoire de Coulmiers, le 9 novembre, l'armée de la Loire occupe Orléans. Le 28 novembre 1870, François Philippe ROBERT se trouve avec son régiment à Beaune la Rolande. La veille, BAZAINE a été battu à Metz. Cette défaite a rendu disponible une partie de l'armée prussienne qui se dirige en renfort au secours des Bavarois du Loiret. Un combat s'engage alors à Beaune la Rolande. 402 soldats français des 22ème, 85ème et 99ème de ligne, du 3ème zouaves de marche et du 1er bataillon d'Afrique perdent la vie dans ce combat violent sans résultat (4) .

Cette guerre se terminera par le traité d'armistice de Francfort du 10 mai 1871 par lequel la France perd l'Alsace et la Lorraine.

En fin de service, François Philippe ROBERT se voit accorder un congé illimité sans solde.

C'est alors qu'il décide de fonder une famille en épousant Antoinette MESCLE, fille de ses voisins Jean-Joseph et Marie-Françoise ILLY, qu'il a vu grandir depuis sa naissance le 24 février 1851.

Afin de pouvoir épouser Antoinette MESCLE, François Philippe ROBERT, militaire en congé illimité, est tenu d'obtenir l'autorisation du Général commandant la 22ème région militaire, autorisation qu'il obtient le 13 avril 1873.

22e DIVISION MILITAIRE

AUTORISATION DE MARIAGE

1re et 2e Subdivision

Le général de brigade, commandant les 1re et 2e subdivisions de la 22e division militaire, vu la demande formée par le nommé ROBERT François Philippe soldat au 22e de Ligne en congé illimité sans solde à Montmaur département des hautes-alpes, l'avis de M. le Maire de la commune de Montmaur et la décision de M. le Général Comt la 22e Don Mre en date du 12 Avril 1873
Autorise, aux termes de la lettre ministérielle du 26 juin 1869 ledit ROBERT françois philippe à contracter mariage avec Mlle MESCLE Antoinette domiciliée à Montmaur département des hautes-alpes.
La présente autorisation sera présentée à l'officier de l'état civil et demeurera annexée à l'acte de mariage.

A Grenoble, le 13 Avril 1873
Le Général, Ct la Subon réunie à la Division
signé illisible

Ce document, qui sera par la suite annexé à l'acte de mariage, sera contresigné par le maire REYNAUD et François Philippe ROBERT (5, 6).

Un contrat de mariage est passé à Veynes chez Maître BERNARD le 21 avril comme le signale l'attestation elle aussi annexée à l'acte de mariage.

Après avoir publié par 2 fois les bans, comme le demande la loi, les dimanches 20 et 27 avril, et aucun empêchement n'ayant été observé, le mariage est célébré le 30 avril à 10 heures.

Les témoins sont Victor ROBERT, 43 ans, oncle de l'époux, propriétaire à Furmeyer, Joseph ROUX, cousin de l'époux âgé de 28 ans, cultivateur aux Savoyons de Furmeyer, François MESCLE âgé de 28 ans et Joseph MESCLE âgé de 24 ans, frères de l'épouse, cultivateurs domiciliés à La Montagne de Montmaur. L'acte de mariage sera signé par tous exceptées les mères des mariés qui "ont déclaré ne savoir faire".

De ce mariage naîtront quatre enfants : Thérèse Hélène, Marie Angèle, Marie Claire et Antoinette.

En janvier 1887, Antoinette MESCLE est gravement blessée par suite de l'effondrement d'une partie du four à pain. Elle décédera à l'hôpital de Gap le 15 janvier. François Philippe se remariera alors avec Marguerite MICHEL, originaire de La Cluse, qui lui donnera 7 enfants..


  1. Site de l'AGHA
  2. Le couple aura 3 autres enfants : Désiré Léon, Joseph Victor, Marie Thérèse. Seule cette dernière est encore vivante lors du mariage de François Philippe.
  3. Un remplacement coûte de 1 000 à 1 500 francs, le prix variant en fonction des conditions économiques, du danger de guerre ou autre, selon la loi de l’offre et de la demande.
  4. Enterrés autour de Beaune, ils seront par la suite exhumés pour être inhumés dans le cimetière de cette ville.
  5. Voir l'état civil de Montmaur sur le site des Archives Départementales des Hautes-Alpes : Autorisation de mariage de François Philippe Robert, 1873, p 41.
  6. La même année, il existe 2 autres autorisations de mariage de soldats : Autorisation de mariage de Joseph BERMOND, 1873, p 31, avec Magdeleine MÉTAILLER. Autorisation de mariage de Alexis ROBIN dit Victor, 1873, p 39, avec Rosalie ROUBEAUD.