Le samedi 1er août 1914 tous les clochers de France sonnent le tocsin pour annoncer la mobilisation générale. Tous les hommes âgés de 21 à 45 ans sont incorporés, les plus jeunes dans l'armée active ou sa réserve, les plus âgés dans les régiments territoriaux ou leurs réserves ; très vite il n'y eut plus de différences entre ces régiments. En majorité paysans, certains ne parlent que le patois de leur région, ils partent sans finir les moissons, avec l'espoir de revenir rapidement. Bien des femmes restent seules, à faire tourner la ferme avec la charge des vieillards et des enfants en bas âge,

Ces humbles combattants se sont illustrés durant les batailles meurtrières de la Marne, de Verdun ... , et beaucoup, dont les noms figurent sur les monuments aux morts des villages, y laissèrent leur vie, morts pour la France : tués à l'ennemi, décédés des suites de leurs blessures ou disparus sous les bombes (1 - 4). À Montmaur, 26 hommes jeunes ont perdu la vie dans ces combats, un nombre important si l'on se souvient que le recensement de 1906 signalait 524 habitants au village. C'est donc environ un quart de la population mâle qui disparaît ainsi.

La majorité des jeunes Montmaurins appartiendront à la 1ère armée du général Dubail. Ils sont incorporés dans les bataillons de Chasseurs Alpins ou dans les Régiments d'Infanterie de la brigade de Lyon - 157ème RI caserné à Gap, 158ème RI caserné à Lyon et 159ème RI caserné à Briançon - ou dans le régiment de Chambéry, le 97ème RI. Ils portent l'uniforme particulier du chasseur alpin, béret et ceinture de laine.

A la mobilisation, le 97ème et le 157ème RI restent en couverture dans les Alpes jusqu'au 11 août en attendant de savoir quel allait être la décision italienne. Ensuite, ils entrent dans la composition de la 44ème DI formée à Lyon et sont très vite engagés dans les opérations sur les frontières de l'est en Alsace.

Mais, dans les années suivantes, les soldats mobilisés au 157ème RI seront entraînés beaucoup plus loin encore de leurs villages (5) :

Lorsque la mobilisation fut déclarée, le 2 août 1914, le drapeau du 157è Régiment d'Infanterie ne portait aucun nom de bataille, car le corps, de nouvelle formation, n'avait pas d'histoire. La Grande Guerre de 1914-1918 va donner aux braves lyonnais et aux vaillants alpins du régiment, l'occasion de faire inscrire en lettres d'or sur leur drapeau le nom des glorieuses batailles qui les ont illustrés.
Les noms de Walheim (Alsace), La Chipotte (Vosges), Flirey (Woëvre), Yser (Belgique), Verdun, Albanie, Presba, Monastir, Serbie, rappelleront aux générations futures les exploits de leurs aînés.

1914 - L'INVASION DE LA FRANCE

Le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Le 7 août, une offensive française est lancée en direction de l'Alsace et de la Lorraine. La contre-attaque allemande fait battre en retraite les troupes françaises. Les pertes sont importantes.

Par ailleurs, les armées allemandes envahissent la Belgique et pénètrent en France. L'armée alliée recule sur toute la ligne de front.

Dans les mois qui suivent, 6 soldats Montmaurins meurent pour la France.

À Autrey, lors de la bataille de la Mortagne et des terribles combats du Col de la Chipotte (Vosges), le 1er Septembre, Maurice ROBERT est tué à l'ennemi. Né le 17 juin 1893, engagé volontaire en 1912 pour une période de 4 ans, il était caporal au 97ème RI. Le 19 août, il avait participé au sein de la 44ème Division d'Infanterie aux combats sur l'Ill, d'Altkirch à Illfurth. À la fin du mois d'août, il avait fait mouvement vers le nord-est de Rambervillers, avant d'être engagé dans la bataille de la Mortagne. L'historique du 97ème RI nous permet de connaître ses derniers jours (6) :

Le 27 au soir, le 97 reçoit l'ordre d'aller tenir le col de la Chipotte sur la route de Raon-l'Étape à Rambervillers.
Du 28 août au 10 septembre, le régiment déployé dans les bois, soutient la lutte ; lutte âpre contre un ennemi invisible. L'étendue du front, la faiblesse des effectifs, la fatigue de tous, l'absence de l'artillerie, ne permettent nul effort sérieux et il faut à tous les combattants une rare énergie pour que les petits groupes épars sur la ligne, presque perdus dans la forêt se cramponnent obstinément au sol et empêchent toute avance de l'adversaire.
Col de la Chipotte, qui le 1er septembre ne fut sauvé que grâce à l'énergie du général BARBOT, légendaire figure de soldat, et de quelques unités près de lui qu'il lança sans hésiter sur une forte attaque allemande ; col de Baremont, que les 2ème et 3ème bataillons défendirent avec la fureur du désespoir : vous êtes peuplés de croix blanches : le 97 s'y est sacrifié, mais il a tenu.

Dans ce combat très violent du col de la Chipotte sont engagés deux bataillons du 97ème RI, le 159ème RI et le 157ème RI  : en première ligne, un bataillon du 97ème et quatre bataillons du 159ème  ; en deuxième ligne et à gauche, un bataillon du 97ème ; en échelon défensif à gauche, tout le 157ème.

Blessé à une jambe, Maurice Robert est traîné par ses camarades à l'abri au pied d'un arbre. Là, il se vide de son sang.  Il aurait peut être pu survivre si son évacuation, suivie de soins rapides, était intervenue à temps. Mais c’était très souvent impossible. Les combattants devaient, la plupart du temps, se rendre par leurs propres moyens aux postes de secours, les "ambulances", seuls ou aidés d’un camarade. Et quand les brancardiers avaient pu recueillir les blessés, leur transport était lent, aléatoire et dangereux. Les postes de secours, en cas d’assaut ou de bombardement, étaient immédiatement engorgés, l’évacuation vers l’arrière souvent très lente, les premiers soins parfois catastrophiques. Et comme beaucoup de soldats, morts dans les premières années de la guerre, nul ne sait où il a été inhumé. (Joseph BUTLER, dans A journey through France in war time, the Penton press, Cleveland, 1917, rapporte que "les bois étaient remplis de croix signalant des tombes dans lesquelles souvent on avait enseveli jusqu'à 5 corps". Si certaines croix portaient le nom du soldat inhumé, d'autres ne signalaient que le nombre des corps enterrés ensemble. Au centre du champ de bataille, un monument sommaire avait été érigé qui portait l'inscription : "Ils sont tombés en silence comme un mur. Puissent leurs âmes glorieuses nous guider dans les  batailles à venir".)(voir aussi le fichier pages Société d'archéologie lorraine. Le Pays lorrain  (Nancy). 1904)

Julien Omer REYNOUARD, né le 9 janvier 1893, soldat au 159ème RI, est engagé avec son régiment au sein de la 44ème DI dans les mêmes combats : sur l'Ill, d'Altkirch à Illfurth, le 19 août puis les opérations d'Alsace à la fin du mois d'août avec notamment les combats du col de la Chipotte. Peu après son régiment intègre la 77ème DI, la division BARBOT, et participe à l'offensive au-delà de la Meurthe, en direction de Senones (Vosges). Il est tué à l'ennemi le 24 septembre 1914 à Senones, apparemment dans des combats d'avant-poste (7) :

La journée du 22 est calme et employée à fortifier les positions. Et ce sera ainsi jusqu'au 28 septembre. Il n'y aura plus de part et d'autre de grosses attaques, mais d'incessants combats d'avant-postes.

Son corps repose à la Nécropole Nationale "SENONES", tombe individuelle n° 87.

Louis Gervais BERMOND, né le 2 juin 1882, soldat de 2ème classe au 157ème RI, combat lui aussi dans les rangs de la 1ère Armée et dans les mêmes secteurs. À la fin du mois de septembre, le 157ème RI fait mouvement vers le sud-est de Saint-Mihiel avant d'être engagée dans la bataille de Flirey. Le 6 Octobre, Louis BERMOND et 38 autres soldats sont portés disparu dans les combats du bois de Géréchamp à Géréchamp-Bouconville (Meuse) dans le secteur de Xivray. Il sera déclaré décédé par le tribunal de Gap le 24 décembre 1919 (8).

Valentin Auguste BERMOND, né le 28 juillet 1891, est soldat de 2ème classe au 28ème Bataillon de Chasseurs caserné à Grenoble. Ce bataillon est engagé dans la bataille d'Alsace au mois d'août 1914. Il inscrit sur son fanion les noms glorieux d'Ingersheim, de La Chapelle, du Bonhomme, de la Tête de Violu. Le 2 Décembre 1914, il reçoit l'ordre d'occuper la Tête de Faux, à Fraize dans le Haut-Rhin. L'opération est menée par le 215ème RI, deux compagnies du 28ème, cinq compagnies du 30ème bataillon de chasseurs et quatre batteries alpines. Les soldats enlèvent à la baïonnette le sommet de la Tête-de-Faux, poursuivent l'ennemi à plus de 300 mètres au-delà, mais sont arrêtés par de nouvelles organisations défensives. On peut penser que c'est en chargeant à la baïonnette ou en résistant vaillamment aux contre-attaques bavaroises que Valentin Auguste BERMOND est tué à l'ennemi (9) :

Le 27 novembre au soir, les 1re et 5e compagnies ainsi que la section de mitrailleuses sont détachées du bataillon et forment, avec trois compagnies du 30e bataillon de chasseurs, un détachement qui, sous les ordres du capitaine REGNAULT, de la 1re compagnie du 28e doit attaquer la « Tête de Faux ».
Ce piton, formé, d'éboulis de rochers, boisé de petits sapins épais et rabougris, de genévriers et de hautes fougères, constituait un merveilleux observatoire, au centre d'un immense cirque formé, du nord au sud, par le Bressoir, le col des Bagenelles, le Rossberg, le col du Bonhomme, le col du Louschpach et le calvaire du Lac Blanc.
Le 2 décembre, à 2 heures du matin, le détachement quitte la vallée de la Meurthe, et, au milieu d'un brouillard glacial, il gravit, par des sentiers rocailleux, les pentes des Hautes Chaumes. Au lever du jour, un court répit est accordé pour casser la croûte, aux environs de la ferme de Reichberg, puis les colonnes s'enfoncent dans les épaisses forêts et arrivent au pied de 1a Tête de Faux. A 11 heures, quelques coups de canon balaient le sommet du piton et le détachement REGNAULT, cheminant sous bois, escaladant les pentes presque inaccessibles, arrive devant les défenses ennemies. Pour parvenir jusqu'au sommet, il a fallu souvent mettre le fusil en bandoulière et s'aider des pieds et des mains pour s'agripper aux énormes éboulis, obstacles presque infranchissables. D'épais réseaux, d'arbre en arbre, forment, avec les branches des sapins, un fouillis inextricable au milieu duquel on se fait jour à la cisaille et à la serpe. Mais ces obstacles n'arrêtent pas l'élan des chasseurs et le sommet de la Tête de Faux est atteint au prix de fatigues inouïes. Un feu nourri et meurtrier accueille l'apparition des bérets bleus sur la crête. Embusqué derrière de gros rochers, l'ennemi guette et tire à coup sûr. Le capitaine D'ESCODÉCA qui, pour l'attaque, remplaçait le capitaine REGNAULT à la tête de la 1re compagnie, est blessé à bout portant d'une balle à l'épaule. Le lieutenant DE POUYDRAGUIN, commandant la 5e compagnie, est lui aussi grièvement touché. L'adjudant DESTRIBATS est tué d'une balle en plein front, alors que, sous une fusillade nourrie et à moins de 100 mètres de l'ennemi, il mettait ses mitrailleuses en batterie. Malgré les pertes sévères, les chasseurs avancent toujours, se faufilant derrière les rochers, progressant en rampant dans les futaies. La Tête de Faux est enlevée d'un seul élan. L'ennemi se retire dans des tranchées préparées à l'avance, à quelques mètres de celles que le détachement REGNAULT vient de lui enlever. Fidèle à sa tactique, l'Allemand contre-attaque pendant toute la nuit, et, au matin, les munitions manquent au moment où, dans un élan désespéré, l'ennemi sort une fois encore de ses tranchées. On défait rapidement des bandes de mitrailleuses, on ramasse les cartouches des morts et les chasseurs, craignant de ne plus avoir de cartouches, ménagent à contre-coeur leurs munitions. L'ennemi, lourdement éprouvé, regagne ses tranchées en rampant, et, pour venger cet échec, l'artillerie allemande arrose sans répit, avec des obus de gros calibre, les tranchées que le détachement REGNAULT lui a enlevées.

À la suite de ce combat, le 7 décembre 1914, le général PUTZ commandant le 34ème corps d'armée cite à l'ordre du corps d'armée les 1ère et 5ème compagnies, et la section de mitrailleuses du 28ème bataillon de chasseurs alpins, qui (9) :

Le 2 décembre, sous le commandement du capitaine REGNAULT, ont chassé l'ennemi à la baïonnette de la Tête de Faux, après avoir escaladé, sous le feu, des éboulis d'énormes rochers, et se sont maintenues ensuite sur ce sommet malgré toutes les contre-attaques.

De l'Hartmannswillerkopf à la tête des Faux, de l'Hilsenfirst au Lingekopf, les Bataillons de Chasseurs Alpins entrent dans la légende des corps d'élite, y gagnant de leurs adversaires le qualificatif de "Schwarze Teufel", francisé en "Diables bleus".

À la fin de 1914, faute de vainqueur, les deux camps s'enterrent dans les tranchées.

1915 - LES TRANCHÉES

Les tranchées sont aménagées en lignes successives, entrecoupées de fil de fer barbelé et de champs de mines. Les soldats se terrent dans la boue (10) :

Je crois n'avoir jamais été aussi sale. Ce n'est pas ici une boue liquide comme dans l'Argonne. C'est une boue de glaise épaisse et collante dont il est presque impossible de se débarrasser, les hommes se brossent avec des étrilles...

Le front n'est pas totalement figé : les tranchées sont prises, perdues et reprises sous un déluge d'obus (11). En janvier et février, les Français tentent en vain une percée en Champagne. Du côté de Verdun, le 26 février, les soldats allemands font pour la première fois usage du lance-flamme dans le bois de Malancourt.

Cette année là est particulièrement meurtrière pour les soldats originaires de montmaur : 11 d'entre eux perdent la vie.

Albert Maurice Louis VENOT, né le 13 mai 1894 aux Sauvas d'Albert Charles François, garde forestier, et de Marie Rosine LOMBARD, est caporal au 113ème régiment d'infanterie, caserné à Blois et Romorantin. Ce régiment a combattu notamment en Belgique où 1200 hommes ont perdu la vie lors des combats de Signeulx, le 22 août 1914. En 1915, il prend part aux combats d'Argonne. Dans ces combats Albert Maurice Louis VENOT meurt pour la France, tué à l'ennemi le 17 février 1915 à Vauquois, lors d'une attaque menée afin de s'emparer des anciennes tranchées françaises tombées aux mains de l'ennemi les jours précédents. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Cercottes (Loiret).

Aimé Léon ISOARD, né le 2 novembre 1867, soldat au 10ème régiment d'artillerie à pied, meurt le 24 février 1915 à l'hôpital complémentaire de Lyon d'une bronchopneumonie contractée en service. Il repose à la nécropole nationale "La Doua" à Villeurbanne dans la tombe individuelle n°21.

Marius Camille BERTRAND, né le 16 juillet 1884, soldat de 2ème classe au 357ème RI, a combattu en Lorraine et participé aux combats de La Mortagne à la mi-septembre 1914. L'année suivante il se trouve en Alsace. C'est là qu'il meurt pour la France, tué à l'ennemi, le 5 mai 1915 à Metzeral lors d'une attaque des lignes ennemies violemment repoussée par les allemands qui mettent hors combat 256 hommes de troupe, tués, blessés ou disparus . Il est inhumé dans la tombe individuelle n°739 de la nécropole nationale "CHENE-MILLET" à METZERAL Lieu.

Louis Joseph BONAITI, est né le 21 mars 1889 au Villard de Furmeyer, fils de Barthélemy, bûcheron d'origine italienne, et de Léontine Adrienne AUSSET. Déclaré à sa naissance sous le nom BONNETI, un jugement du 19 avril 1910 rectifie son patronyme en BONAITI, mais c'est sous le nom de BONNETI qu'il a été enrôlé. Soldat au 157ème RI, depuis le début de la guerre, il avait pris part avec son régiment aux opérations d'Alsace au mois d'août 1914, puis à la bataille des Flandres en Belgique (Boezingue, Nieuport) et au début de l'année 1915 à la première bataille de la Woëvre (Bois de Mort-Mare). Il est tué le 8 avril 1915 à Flirey,  (Meurthe et Moselle) lors de l'attaque d'une tranchée ennemie. La journée se solde par la mort de 3 officiers, 5 sous officiers, et 24 soldats. On compte 93 blessés et 26 disparus.

Léon ROUX, né 23 juin 1888, est sergent au 157ème RI. Nieuport est un port près de Dunkerque. Champ de bataille pendant la première guerre mondiale (bataille de l'Yser), le 15 (ou 16 ?) décembre 1914, Léon Roux y repousse 400 soldats allemands avec moins de 40 hommes ; blessé, il omet de mentionner ce " détail " dans son journal. À la mi juin, ce régiment occupe une position au nord de Flirey (Meurthe et Moselle). L'historique du régiment ne signale pas d'attaque particulière à cette date si ce n'est un certain nombre d'explosions de mine (5) :

La période des attaques terminée, commence alors la guerre des mines activement poussée par les Allemands. Cette situation sur un volcan perpétuel fut supportée bravement et tranquillement par les soldats du 157ème, bien que chaque explosion de mines nous coûtât quelques hommes.

Car les actions offensives de surface s'accompagnent le plus souvent de l'explosion de plusieurs milliers de kilos d'explosifs sous les positions de l'adversaire. Profitant de la désorganisation des troupes qui s'ensuit l'ennemi tente de conquérir rapidement le territoire ravagé. Selon la liste des morts du 157ème RI, chaque jour quelques soldats trouvent la mort (1). Le 15 juin 1915, Léon ROUX est tué à l'ennemi dans une de ces attaques qui fait 4 morts et 23 blessés. Il repose désormais à la Nécropole Nationale "NOVIANT-AUX-PRÉS", dans la tombe individuelle n° 128. La municipalité de Montmaur a donné son nom à une place du village : la Place du Poilu Léon Roux

Lucien Henri Victor ARNAUD, né le 15 Juillet 1887, est soldat au 297ème RI caserné à Chambéry et régiment de réserve du 97ème RI. En 1914, il a pris sa part aux combats près de la frontière Italienne, puis aux combats de La Mortange et de Cirey-sur-Vezouze. Au début de l'année suivante, il est en Alsace puis sous le commandement du lieutenant colonel Le Bouffy, il est engagé avec l'un des trois bataillons de son régiment à La Fontenelle (Loir et Cher), le 8 juillet 1915. Il est tué sur le champ de bataille avec 3 officiers et 10 autres de ses camarades (12). Parmi ces derniers, son compatriote Marius Louis Ernest DISDIER, né le 12 décembre 1885 à Gap, caporal au 297ème RI.

Théodore Célestin MEYZENQ, né le 23 avril 1885 à La Cluse est adjudant au 159ème RI. Ce régiment qui a combattu au début de cette année là avec la 4ème armée en Champagne au Fortin de Beauséjour (16–23 février), participe ensuite à l'offensive d'Artois : Carency, Souchez, Cote 140, Côte 119 (9 mai), Cimetière de Souchez, Cabaret Rouge (16 juin). L'historique de son régiment signale que du 2 au 3 juillet le secteur que le régiment occupe est violemment bombardé (7). Grièvement blessé, Théodore Célestin MEYZENQ décède dans l'ambulance le 3 juillet 1915 à Villers Chatel (Pas de Calais) (15).

Émile Marius IZOARD, né le 4 mai 1885, sergent au 66ème BCP, meurt pour la France, tué à l'ennemi le 13 juillet 1915 au ravin des Meurissons (Meuse) dans le secteur de la forêt d'Argonne où il se bat depuis le mois de février. Cette journée est particulièrement meurtrière pour le 66ème BCP. Les pertes sont élevées : avec Émile Marius IZOARD disparaissent une cinquantaine de chasseurs, sous officiers et officiers.

Virgile CESMAT, né le 27 janvier 1880 à Forest St Julien, soldat de 2ème classe au 157ème RI, meurt à la suite de blessures de guerre à l'hôpital militaire Gama de Toul, le 13 septembre 1915. Il a probablement été grièvement blessé par l'explosion d'une mine ou bien encore lors d'un bombardement. En effet, le journal de son régiment rapporte que (5) :

Le 157ème va rester dans ce secteur infernal où les bombardements font rage du matin au soir, jusqu'au mois de septembre 1915.

Comme tous les blessés décédés à l'hôpital militaire de Toul, il repose à la Nécropole nationale "CHOLOY-MENILLOT" (Meurthe-et-Moselle), tombe individuelle n° 1345.

Louis Paul GUÉRIN, né le 9 février 1890 à Veynes, est soldat du 158ème RI caserné à Lyon. Ce régiment recevra 5 citations à l'ordre de l'armée durant la guerre et la fourragère jaune. Il s'est brillamment comporté l'année précédente dans les opérations d'Alsace à Saint-Blaise la Chipotte, en Champagne (bois Sabot, Souain), en Artois (Loos en Gohelle, St Auguste, Vermelles, Noulette) et dans la Bataille des Flandres (Hollebecke, Zonnebecke). En 1915, il s'illustre lors de la deuxième bataille d'Artois (Notre Dame De Lorette, Bois en H, Givenchy en Gohelle). À partir du 25 septembre, il participe à l'offensive dans la région sud d'Angres (Pas-de-Calais) durant la troisième bataille d'Artois. Le 12 octobre 1915, Louis GUÉRIN est tué au combat devant Angres. Il laisse un fils, Louis, âgé de 6 mois.

Dans l'ensemble, les combats de 1915 se soldent par de très lourdes pertes (1,4 millions de tués, blessés ou prisonniers) sans amener de succès significatifs.

1916 - VERDUN, LA SOMME

Le 21 février, les Allemands noient les trois divisions françaises tapies dans les forts de Verdun et dans les tranchées alentours sous un déluge d'artillerie. Après neuf heures de bombardement, les troupes d'assaut allemandes s'élancent et réalisent une percée presque décisive.

Pendant huit mois, Français et Allemands vont se livrer une lutte sans merci, une impitoyable guerre d'épuisement. Les allemands conservent l'avantage pendant quatre mois, parvenant à prendre, au prix de luttes acharnées, les forts de Douaumont (25 février) et de Vaux (2 juin) et les fortifications de Thiaumont (23 juin) (10) :

Tous mes camarades sont tombés morts ou blessés aux mains des boches qui nous ont fait souffrir les mille horreurs, liquides enflammés, gaz lacrymogènes, gaz suffocants, asphyxiants, attaques ...

ou encore (10) :

Ce n'est qu'un éclatement continuel d'obus de tous calibres. La terre entre Souville qui est à notre gauche et Thiaumont à notre droite semble laisser échapper des langues de feu et de fumée comme un volcan... nous apercevons les pauvres fantassins dans les trous d'obus. Quelle souffrance, mon Dieu, les pauvres !

Dans ces combats sans cesse renouvelés, 5 soldats originaires de la région meurent pour la France.

Maximin Désiré BERMOND, né le 5 avril 1892 à La Roche-des-Arnauds, est soldat de 2ème classe au 157ème RI. Après avoir pris quelques jours de repos à partir du 30 mars à l'ouest de Verdun, ce régiment remonte au front et occupe à partir du 8 avril un secteur vers Avocourt et le bois Carré. Les 9 et 11 avril, il subit plusieurs attaques allemandes (5). Grièvement blessé lors de ces attaques, Maximin Désiré BERMOND meurt pour la France des suites de ses blessures le 12 avril 1916 à Salzarage (Meuse). Il repose à la Nécropole nationale "LES ISLETTES" (Meuse), tombe individuelle n° 439.

Stéphane Joseph Marius ARTHAUD, né le 12 juin 1893, est un jeune sous lieutenant. Son régiment, le 268ème RI, caserné en 1914 à Le Blanc, a notamment combattu à la Bataille de la Marne (du 5 au 13 septembre 1914), à la bataille d'Ypres (octobre - novembre), puis en Belgique et enfin dans l'Artois l'année suivante et au début de 1916 (bois en Hache, Lorette, Souchez, Ablain). À partir du mois d'avril 1916, il est engagé dans la bataille de Verdun, à la côte 304 (Esnes, Meuse) (13) :

Le 5 mai, à 4 h. 15, un ordre de la 17e D. I, prescrit au lieutenant-colonel Mariani de mettre le 5e bataillon à la disposition du 68e pour appuyer son attaque.
Le bataillon Michaux exécute le mouvement. Dans la lumière du jour qui se lève, ce mouvement est aperçu par l'ennemi. Un tir de barrage de projectiles de gros calibre s'abat sur les pentes sud de la cote 304. Mais cela n'est point fait pour intimider nos fantassins qui, grâce à la vitesse de leur course et à leur habileté à utiliser le terrain, franchissent la zone du barrage et atteignent avec le minimum de pertes les positions assignées. Cependant, le lieutenant-colonel Odent, commandant le 68e, vient d'être tué. Prévenu d'un coup de téléphone par le capitaine Michaux, commandant le 5e bataillon du 268e, le lieutenant-colonel Mariani prend le commandement de l'infanterie en première ligne. A leur tour, le lieutenant-colonel, le capitaine Bardin, son adjoint et le groupe de liaison affrontent le barrage, le dépassent et s'établissent au boyau 304. Le sol trépide sous l'avalanche des projectiles. Pas un mètre carré de terrain qui, ne soit battu. Des hommes ensevelis sous les éboulements, des tranchées nivelées, des nuages de terre soulevée par les explosions, c'est là toute la cote 304. C'est sans broncher que nos hommes subissent ce bombardement infernal et les pertes qu'il impose : S'il est une impatience, c'est celle de voir les Allemands passer à l'attaque d'infanterie pour que fusils, baïonnettes et grenades puissent enfin entrer en jeu. En prévision de cette attaque, il faut rester en liaison étroite avec les éléments voisins et ne rien perdre de la moindre tentative de l'adversaire. Dans ce but, patrouilles et reconnaissances sont multipliées, et la périlleuse mission qui leur incombe est toujours, accomplie avec le même succès comme avec la même bravoure.
Pendant la nuit, le 6e bataillon vient renforcer la position.
Le 6 mai, le bombardement continue avec la même violence. Lorsque le 268e se retire à la tombée de la nuit, relevé par le 114e, il a perdu 62 morts, 169 blessés et 26 disparus, mais les lignes qui avaient été confiées à sa garde sont intactes.

Au nombre des 62 morts, Stéphane ARTHAUD, tué à l'ennemi le 5 mai 1916. Son corps repose à la Nécropole Nationale "BROCOURT-EN-ARGONNE", tombe individuelle n° 456.

Jean BROCHIER, né le 24 février 1875 à Chabestan, soldat de 2ème classe au 112ème RIT, décède le 20 mai 1916 de ses blessures de guerre au camp de Chalons  (Marne). Il a fort probablement été intoxiqué par une émission de gaz chlorés qui a atteint les compagnies du 3ème bataillon au soir du 19 mai. Il repose avec 3 043 soldats français tués au cours de la 1ère guerre mondiale dans la Nécropole nationale "SEPT-SAULX" (Marne), tombe individuelle n° 1249.

Joseph Philippe LESBROS, né le 1er mai 1889, est soldat de 2ème classe au 12ème BCA, régiment caserné à Embrun en 1914. Il a participé en 1914 aux opérations d'Alsace (Vallée de la Bolle, col d'Anozel, Ban-de-Sapt) puis à la Course à la mer (Fouconcourt, Herleville (25-26 septembre)). En 1915, il a combattu dans les Vosges (Reichackerkopf  (mars)) et lors de l'opération au Linge (juin-octobre). Cette année là, du mois de juillet au mois de septembre, il se bat dans la Somme (Sud de Maurepas, Bois de Hem, Bois du Ravin, Calvaire de Maurepas, Mont-Saint-Quentin). Joseph Philippe LESBROS meurt pour la France, disparu aux avant postes de Curlu (Somme), le 20 juillet 1916. Il n'a été déclaré décédé par le tribunal de Gap que le 19 juillet 1921. Cependant, le site web "Sépultures de Guerre" signale que Joseph Philippe LESBROS, soldat du 12ème BCP, décédé le 20 juillet 1916 a été inhumé dans la nécropole nationale "MAUREPAS", tombe individuelle n° 1450.

Eugène Ferdinand ROUX, né le 26 janvier 1877, caporal au 201ème régiment d'Infanterie, est tué à l'ennemi par un éclat de grenade le 27 août à Maurepas. Son décès a été transcrit le 4 janvier 1917 à Poligny.

Les combats se prolongent jusqu'à la mi-novembre ; 325 km2 de territoire sont gagnés à l'ennemi, mais la tentative de percée a échoué.

Les forts sont repris avant la fin de l'année. La durée de la bataille et l'étendue des pertes (360 000 Français et 330 000 Allemands) marquent à tout jamais les esprits.

À la fin de l'année 1916, les soldats du 157ème RI embarquent à Toulon sur le Canada et le Lutétia en direction de la Salonique. Participant à l'Armée d'Orient, ils connaîtront les combats de Leskover (mars 1917), du Lac Ochrida et de Prespa. Durant l'été 1918, le 157ème RI occupera le secteur de Monastir et de Salonique, la ville la plus insalubre de Macédoine.  Là, s'ils ne décèdent pas par balle, les soldats mourront du paludisme ou de la dengue qui décimeront les unités. Ainsi certains seront rapatriés à l'hôpital complémentaire n°1 de Gap, comme Pierre Léon Emmanuel ASTRIEUD, né à Rabioux, atteint "d'une maladie contractée en service commandé", qui y décèdera le 3 Septembre 1918. Pendant ce temps et ce jusqu'à l'armistice, ses camarades valides seront engagés dans les opérations de rupture du front de Macédoine.

1917 - AISNE ET CHEMIN DES DAMES

La bataille d'Artois est remportée par les Britanniques mais il s'agit là encore d'un succès très éphémère.

Le 16 avril, une offensive française est lancée  sur l'Aisne. À l'heure H, derrière un tir de barrage, des vagues de poilus s'élancent à l'assaut dans le secteur de Soupir pour conquérir les hauteurs du village. Dans cet assaut, tué à l'ennemi, disparaît Joseph Maurice PIOT, né le 13 septembre 1880, caporal au 112ème RIT. Il est âgé de 37 ans et laisse une veuve, Augustine REYGNER née à St Pierre d'Argenson et deux jeunes enfants : Raymond, né le 26 Avril 1912, et Mauricette, née le 14 Février 1915. Son corps repose à la Nécropole Nationale "SOUPIR N°1", tombe individuelle n° 797.

En quelques jours les pertes s'élèvent à plus de 100 000 hommes, et cela sans résultat notable, sinon un petit gain de terrain et l'usure de l'ennemi.

La grande offensive du Chemin des Dames, organisée depuis la fin du mois de janvier par NIVELLE, et qui débute le 16 avril, est un désastre : les pertes s'élevèrent à 147 000 hommes, dont 40 000 tués et plus de 100 000 blessés, en moins de deux semaines.

C'est alors que le découragement pénètre parmi les soldats. À plusieurs reprises durant le mois de mai, les hommes du 159ème RI se plaignent à leurs officiers du manque de permissions et menacent de ne plus aller aux tranchées. Une timide agitation apparaît au 159ème RI à Blérancourt. Le 4 juin, un incident grave se produit : un peloton quitte son bataillon au moment de monter en ligne pour assurer une relève.

Au 90ème RI, certains soldats refusent eux aussi de monter en ligne (14) :

Le 20 mai 1917 à Ventelay les hommes du 3ème bataillon du 90ème RI exhortent ceux du 2ème bataillon à ne pas monter en ligne. Il en résulte une agitation qui se prolonge encore le 21 mai.

Trois soldats sont traduits en conseil de guerre, l'un d'eux est condamné à mort. Vers le 24 juillet, à Hurtebise, c'est dans le régiment de réserve, le 290ème RI, que se produit la mutinerie d'une dizaine d'hommes. La gravité des faits, "Abandon de leur compagnie", conduit le conseil de guerre à prononcer une condamnation à mort (14).

À la suite du remplacement de NIVELLE par le général PÉTAIN, le 15 mai, le mécontentement cesse peu à peu. PÉTAIN reprend en main l'armée française et améliore la situation des soldats qui redoublent d'efforts au combat.

Dans le secteur du Chemin des Dames, durant le mois de juin 1917, la lutte est vive entre la ferme de la Royère et la ferme Froidmont. Les Allemands multiplient leurs efforts pour enlever les positions tenues par les poilus.

Joseph François DAVIN, né le 30 mai 1877 à Montmaur, soldat de 2ème classe au 14ème escadron du train des équipages, meurt pour la France le 31 mai 1917 à l'hôpital général le Thillot (Vosges) d'une méningite tuberculeuse, maladie contractée en service. Il est inhumé à ÉPINAL dans la tombe individuelle n°1010 de la nécropole nationale "ÉPINAL".

Léon Louis GARCIN, né le 2 septembre 1889, est soldat de 1ère classe au 359ème RI, régiment caserné à Bastia. Il a fort probablement rejoint ce régiment l'année précédente lorsqu'un bataillon du 357ème RI a été adjoint au 359ème. Ainsi depuis le début du mois de juin 1916, Léon Louis GARCIN est engagé dans la bataille de Verdun. Depuis cette époque, il a connu une succession de mouvements vers le front, de combats suivis de périodes de repos et d'instruction à l'arrière du front. Il a participé à la reprise des Forts de Douaumont et de Vaux (13 juin - 3 juillet 1916) et se bat dans le secteur du Chemin des Dames depuis le début du mois de juin 1917. Le 8 juillet, se produit une violente attaque allemande. Probablement atteint grièvement lors d'une contre-attaque menée depuis la Ferme de la Royère dans le secteur du Chemin des Dames, le 9 juillet, Léon GARCIN décède de ses blessures, le 14 juillet, dans l'ambulance allemande à Laon. Il est inhumé dans la tombe individuelle n°3770 de la Nécropole nationale de Soupir (Aisne).

1918 - LA FIN DE LA GUERRE

Trois soldats Montmaurins vont encore perdre leur vie dans les premiers mois de 1918, début d'année marqué par les succès de l'armée allemande en Picardie.

Camille Aldric BERMOND, né le 14 février 1876, soldat de 2ème classe au 12ème RIT, caserné à Amiens, est tué à l'ennemi le 24 mars 1918 à Sinceny (Aisne) lors d'un bombardement que subit la 2ème compagnie. C'est le plus âgé dont nous ayons connaissance, il avait 42 ans.

Aimé Charles Adrien ROBERT, né le 6 novembre 1897, est soldat de 2ème classe au 90ème RI caserné à Châteauroux. Avec la 17ème Division d'infanterie, il a notamment participé en 1914 aux batailles de la Marne, de Connantre, du Marais de Saint Gond et à la bataille des Flandres à Ypres. En 1915, il a combattu en Artois, à Arras (25 septembre) et Loos (8 octobre). Lui aussi comme Stéphane ARTHAUD était à la Côte 304 lors de la Bataille de Verdun (21 avril - 8 mai 1916). En 1917, comme les autres, il a sûrement maugréé contre le manque de permissions et assisté à la mutinerie des soldats de son régiment et du régiment de réserve, le 290ème RI.

Au mois d'avril 1918, Aimé ROBERT occupe un secteur vers Rouvrel et le nord-ouest de Mailly-Rainevalle. Le 5 avril, il participe à l'attaque française devant Ailly-sur-Noye, puis le 11 avril devant Rouvrel. C'est lors de ce combat qu'il est tué à l'ennemi (15) :

Le 10, ordre est donné n'attaquer, le 11 au matin, la Ferme Anchin et de s'établir, si possible, sur les pentes qui dominent Moreuil. Le 2e Bataillon du 90e Régiment d'Infanterie et le Bataillon du 335e Régiment d'Infanterie, couverts aux ailes par des détachements, sont chargés de l'attaque. Les reconnaissances sont faites et à 5 h. 15, le 2e Bataillon tout entier, dans un magnifique élan, s'élance à l'attaque. Il surprend l'ennemi, s'empare de la première ligne de tranchées et aborde la deuxième. Un corps à corps s'engage et finalement la position nous reste. Mais l'ennemi s'est ressaisi ; il lance des fusées rouges et bientôt le barrage d'artillerie se déclenche ; ses nombreuses mitrailleuses entrent en action, balayant le glacis que nous avons conquis et sur lequel le 2e Bataillon se terre. A ce moment, tout mouvement est absolument impossible. Les agents de liaison sont frappés en tentant d'établir la liaison -avec l'arrière ; les blessés qui font mouvement vers le poste de secours sont tués. Voyant notre progression arrêtée, l'ennemi lance une contre-attaque de flanc. Nos troupes sont prises à revers ; leur situation devient critique mais elles ne reculent pas ; elles luttent corps à corps et se font tuer sur place. L'ennemi ne peut d'ailleurs réoccuper ses premières lignes qui ne seront abandonnées par nous, qu'à la nuit sur ordre supérieur en raison de leur position trop en flèche. Les pertes sont extrêmement élevées. Le Chef de Bataillon Bourgoin, blessé mortellement, meurt dans une tranchée allemande en répétant à son caporal-clairon Compain : « Vous direz au Colonel que nous nous sommes bien battus ». Son officier-adjoint est blessé mortellement ; le Lieutenant Gaston, de la C.M.2 est tué ; le Sous-Aide Major Farret, jeune Médecin titulaire de la Médaille Militaire, est tué près de son Chef de Bataillon ; les trois autres Commandants de Compagnie sont grièvement blessés. Au total : sur 14 Officiers ayant pris part à l'attaque, 7 sont tués, 4 blessés très grièvement.

Marius Jules LONG, lui se bat en Lorraine. Né le 25 janvier 1898, il est soldat de 2ème classe au 294ème RI, régiment de réserve caserné à Bar le Duc. En 1914, il a participé à la Bataille de la Marne puis à la Course à la mer. L'année suivante, c'était pour lui les combats de l'Artois, puis la Bataille de Champagne. En 1916, il a combattu à la Bataille de Verdun (Le Bonnet d'Evêque, le Bec de Canard, les  Carrières d'Haudremont) puis à la Bataille de la Somme à Combles et à Morval. En 1918, Marius LONG s'est brillamment comporté en Picardie : Bois de Montgival, Thory, Grivesnes.

Le 12 mai 1918, il décède de ses blessures de guerre  à l'hôpital - Evacuation 21-1, à Rehainviller (Meurthe et Moselle). Il a probablement été mortellement blessé lors des combats qui se déroulent ce jour même jour à une vingtaine de kilomètres de là, à Reillon. Il est inhumé à Vitrimont, à la Nécropole Nationale "FRISCATI", tombe individuelle n° 2010.

Léon Auguste Antonin GRANCOURT, est né le 15 janvier 1885 aux Sauvas de Jean Édouard, garde domanial, et de Marie Thérèse VAZON. Il a choisi la carrière militaire et s'est engagé à l'âge de 18 ans. Versé au 99ème régiment d'infanterie, il gravira tout les grades jusqu'à celui de lieutenant qu'il obtient le 17 juillet 1917 (16).

Il réside à Vienne où est cantonné son régiment. C'est dans cette ville qu'il a épousé, le 11 octobre 1910, Marie Célina BADIER. Bien que des scènes de fraternisation aient eu lieu entre soldats français et allemands à Foucaucourt, dans la Somme, du 24 décembre 1914 au 14 janvier 1915, comme le rapporte le journal du régiment :

Les tirailleries ont cessé brusquement chez les Allemands dès le point du jour. Un grand nombre de Bavarois sont sortis de leurs tranchées en faisant signe de ne point tirer sur eux, puis ils se sont avancés à mi-distance de nos tranchées et ont engagé la conversation avec nos hommes devant le secteur du bois commun. Trêve complète.

et que des actes d’indiscipline collective se soient déroulés en juin 1917, le 99ème régiment d'infanterie sera cité deux fois à l'ordre de l'armée et se verra décerner la fourragère verte. Léon Auguste Antonin GRANCOURT meurt pour la France le 18 juin 1918 à l'hôpital mixte de Lunéville d'une bronchopneumonie contractée en service.

Le 18 juillet, les français organisent une première contre-attaque qui repousse l'ennemi. Les Allemands perdent définitivement l'initiative au profit des Alliés. Et le 8 août commence la contre-attaque qui entraînera la capitulation allemande trois mois plus tard.

Conclusion

Le 11 novembre au matin, un armistice est conclu entre les Alliés et l'Allemagne. Au front, les clairons sonnent le "cessez-le-feu". À 11 heures, dans toute la France, les cloches sonnent à la volée.

L'armistice laisse derrière lui huit millions de morts au combat, dont 1,4 million de Français, et six millions de mutilés. Certains faits prisonniers, quelques fois dès le début de la guerre, ont passé toutes ces années en captivité en Allemagne et rentrent dans leurs villages. Les survivants veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la "der des der".

Quant aux soldats du 157ème RI, leurs pérégrinations ne sont pas terminées pour autant. À la fin de 1918 et en 1919, ils feront encore mouvement vers Sémendria, embarqueront à destination de Neusatz (Hongrie) avant de se diriger vers Szëgédio et de prendre position en avant de cette ville pour barrer la route aux bolcheviks. Ce n'est que le 29 août 1919, que le  157ème RI sera supprimé en Orient.


  1. Site web : http://www.memorial-genweb.org/
  2. Les fiches des soldats "Morts pour la France" et les journaux des unités sont consultables sur le site web : Mémoire des Hommes
     (Nous n'avons pu trouver certaines fiches, d'autres ne sont pas accessibles car bien que la personne recherchée ait obtenu la mention "Mort pour la France", la fiche le concernant comportant des informations à caractère médical ne peut être communiquée sur Internet, ni publiée, conformément aux dispositions de la loi du 3 janvier 1979 sur les archives. Ainsi nous n'avons pas d'informations sur Pierre RIBAIL, Justin ROBIN et François BARTHÉLÉMY).
  3. Le lieu d'inhumation des personnes décédées au cours des conflits contemporains et enterrées dans les nécropoles nationales peut être recherché sur le site web : Sépultures de Guerre
  4. Les informations sur les régiments et les batailles de la grande guerre sont notamment extraites des sites web :
    http://pcoutant.free.fr/guerre.htm, http://www.1914-18.org/http://www.grande-guerre.org/, http://www.sac.asso.fr/regiment/parcours.php http://perso.wanadoo.fr/jean-luc.dron/http://perso.wanadoo.fr/chtimiste/, http://perso.wanadoo.fr/brigitte.person/
  5. Historique du 157ème RI (Anonyme, Imp. Brun & Palliat, Gap, 1922) numérisé par Frédéric BRET.
  6. Historique du 97ème RIA (anonyme, sans nom d'éditeur, sans date) numérisé par Jean-Claude PONCET.
  7. Historique du 159ème RI (Anonyme, Chapelot, sans date) numérisé par Christophe LEMONIAS.
  8. La mention d’un Tribunal était prévue pour y indiquer les références d’un jugement officialisant le décès du soldat qui avait été porté disparu lors des combats et dont le corps n’avait jamais été retrouvé, les cimetières provisoires ayant été labourés par les bombardements successifs sur certains secteurs du front
  9. Historique du 28ème BCA (Anonyme, sans nom d'éditeur, sans date) numérisé par Marc PILOT.
  10. Lettres de Jules Grosjean, de Georges Gallois et de René Vilar dans "Paroles de Poilus", Collection Librio, Paris, 2000.
  11. Historique du 163ème RI (anonyme, Imprimerie du nouveau courrier de la Sarre, sans date), numérisé par Martin MMU.
  12. Historique du 297ème RI (anonyme, sans nom d'éditeur, sans date) numérisé par Jean-Claude PONCET, site web : http://www.1914-18.org/historiques/RI-297.pdf
  13. Historique du 268ème RI (anonyme, Charles-Lavauzelle, 1921) numérisé par Jérôme CHARRAUD.
  14. Guy PÉDRONCINI, Les mutineries de 1917, éditions PUF, 1996.
  15. Historique du 90ème RI (Anonyme, Imp. G. Dupin, sans date) numérisé par Jérôme CHARRAUD.
  16. Site web d'Hervé FAURE consacré au 99ème régiment d'infanterie : http://neuf-neuf.pagesperso-orange.fr/