Pendant longtemps, rares furent les voyageurs qui traversèrent la région, plus attirés qu'ils étaient par les villes ou par des pays plus renommés ou plus pittoresques à leurs yeux. Alors que le village de Montmaur jouxtait l'ancienne voie romaine, La Montagne se trouve à l'écart des grandes routes. Seuls les habitants des hameaux voisins empruntaient la route qui reliait le hameau à Montmaur. Ainsi, pendant longtemps, ne vinrent à La Montagne que ceux qui y étaient nés, qui étaient apparentés ou bien encore les forestiers des bois des Sauvas.

C'est dans ce hameau isolé qu'en 1950 arrivèrent en provenance de Lyon, les premiers "estivants".

Replaçons nous dans le contexte de l'époque. Les voitures sont rares ; il n'en existe que deux à La Montagne depuis l'après guerre. La route "carrossable" est un chemin de terre ; elle sera retracée et goudronnée en 1957. Dans le hameau, il n'y a aucune des commodités que l'on trouve à la ville et les commerces les plus proches sont à Montmaur. Et pour les habitants, les vacances scolaires d'été correspondent à des moments de travail où tous et toutes mettent la main à la pâte, chacun selon ses possibilités.

Et pourtant, le séjour estival de ces premiers "découvreurs" fût pour tous un enrichissement intellectuel. Aussi bien pour les petits lyonnais qui découvraient la région et les travaux des champs que pour les jeunes montagnards qui découvraient et apprenaient des choses qu'ils ne soupçonnaient pas !

Voici, écrit par l'une des enfants, Marie Claire qui avait alors 12 ans, le récit de cette rencontre entre enfants des villes et enfants des champs :

Au cours de l'année 1950, une famille originaire de Lyon arrive à La Montagne pour y passer les vacances d'été.

Le papa, Fernand GARIN,  âgé de 45 ans, est instituteur, la maman aussi, mais elle est restée à Lyon auprès de ses parents âgés.

Les quatre enfants, Hélène 18 ans, Jeannine 16 ans, Michel 12 ans et Daniel 7 ans, sont donc arrivés accompagnés de leur papa par le train en gare de Montmaur avec leurs sacs à dos contenant l'essentiel pour camper. Ils ont alors entrepris de monter à pied jusqu'au hameau de La Montagne (7 Km), comme nous mêmes avions coutume de le faire.

C'est par le dernier instituteur, André CORNAND, qu'ils avaient su que l'école, fermée depuis un an, n'était pas habitée. Avec l'autorisation du maire de la commune, ils s'y étaient installés mais n'occupaient que la grande salle du bas.

Il n'y avait pas d'eau à l'école et ils devaient aller la chercher à la fontaine du hameau. Ne connaissant que les seaux en fer blanc, j'étais alors en admiration devant leur seau de toile.

Dès leur arrivée, pour nous les enfants de la famille ROBERT, ce fut une joie d'avoir des voisins dont les enfants avaient notre âge : nous étions 4 filles et un garçon âgés de 20 à 7 ans.

Chaque soir Monsieur GARIN venait chercher le lait à notre ferme et causait un long moment avec nos parents.

Dans la journée, ces estivants n'hésitaient pas à se joindre à nous pour participer aux travaux des champs. A cette époque, nous travaillions avec des chevaux de trait que nous attelions à la charrette, au traîneau ou la faucheuse. Pour nous, c'était la fourche, la faucille et nous devions lier les gerbes de blé, d'orge, d'avoine ou de seigle à la main. On se piquait alors souvent avec les chardons. Et, selon les champs, nous risquions de découvrir un serpent caché sous une gerbe !

Le dimanche avec ces nouveaux amis, nous faisions des promenades en forêt ou des randonnées en montagne dont la destination était souvent le pic de Bure avec ses 1500 mètres de dénivelé !

Monsieur GARIN, excellent botaniste, nous apprenait le nom de toutes les fleurs et leurs familles. Nous nous promenions avec lui dans les champs, les bois et les montagnes et lui nous nommait : la sauge des prés famille des labiées, l'astragale famille des légumineuses, l'ancolie famille des renonculacées, le sabot de vénus famille des orchidacées ... Et de temps en temps, il vérifiait notre savoir en nous présentant une fleur. Nous ne l'en avons pas assez remercié. Car il nous permet aujourd'hui de transmettre ces connaissances à nos petits enfants.

Quand les framboises étaient mures, nous partions tous, un seau à la main, en direction de la montagne de Glaize. Il fallait marcher deux heures durant pour accéder aux framboisiers sauvages. Nous devions passer deux petits cols, traverser Labéoux, dépasser Le Petit Vaux, Les Bernards, Le Grand Vaux, monter une côte très raide pour enfin atteindre les framboisiers. Au retour, les seaux remplis de framboises étaient très lourds pour les enfants que nous étions ! Arrivés à la maison, nous devions encore préparer la confiture, aidés de nos mamans.

Toute la famille GARIN reviendra pendant de nombreuses années pour les vacances d'été. Mais ils coucheront par la suite sous la tente, dans un pré à côté de la ferme ROBERT.

Nous avons gardé des liens d'amitié très forts avec ces "estivants" qui font un peu partie de notre famille. Nous essayons de nous voir chaque été. 

Certains d'entre ceux qui restent, Hélène et Daniel, reviennent toujours avec enfants et petits enfants. Mais, les temps ont changé, ils ont abandonné la tente pour une habitation moins rustique : la caravane.