Au mois d'août 1912, le Conseil général des hautes Alpes et le préfet Gabriel LETAINTURIER débattent de la construction d'une école mixte à La Montagne (1). On peut penser que ce projet bénéficie de l'appui du sénateur Balthazar Antoine BLANC, membre du Conseil général et cousin du Conseiller d'État, Charles BLANC, propriétaire du château de Montmaur. Le projet est adressé au Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, Gabriel GUIST'HAU.

Un an plus tard et conformément aux prescriptions d'une circulaire ministérielle du 28 juin 1913, les membres du Conseil général sont appelés à procéder à un nouveau classement des projets qui n'ont pu encore recevoir une suite favorable ou qui ont été présentés depuis la session d'août 1912. A la suite des renseignements fournis à ce sujet par l'Inspecteur d'Académie, la construction de l'école de La Montagne qui avait été classée en cinquième position des projets en instance d'approbation par le ministère se voit rétrograder à la 6ème et dernière position. Il est vrai que certains projets intéressent des villes importantes comme Gap ou Briançon, et semblent plus prioritaires.

En 1914, le ministre de l'éducation publique accorde une subvention de 8 990 f à la commune de Montmaur pour la construction de l'école mixte de La Montagne. Pour sa part, dans sa séance du 31 janvier, la commission départementale, au nom du département, contribue à hauteur de 1 560 francs (2).

Dès le mois d'août 1914, le Conseil général signale que les travaux sont en voie d'exécution au hameau de la Montagne de Montmaur. Rien ne permet de savoir pour l'instant quels sont l'architecte et l'entrepreneur de maçonnerie qui ont été choisis pour la construction de l'école.

Pendant que le Conseil général délibère, se déroulent les combats de la première guerre mondiale. Dès le samedi 1er août 1914, la mobilisation générale a été promulguée et beaucoup de chantiers se trouveront arrêtés à cause du départ des maçons.

C'est la situation que déplore le Conseil général dans sa séance du mois d'avril 1915. La construction des écoles qui étaient commencées, dont celle de la Montagne de Montmaur, restent en suspens faute d'ouvriers, ou encore parce que l'entrepreneur a été mobilisé.

Il faudra attendre l'année 1916 pour que la construction soit achevée. L'école de La Montagne ouvre aux écoliers le 1er mai, ce dont se félicite le Conseil général.

L'école est bâtie sur un terrain d'environ 310 m2. Ce terrain a probablement été acheté à Arnoux ROUX, mais ceci reste à vérifier.

Depuis l'avenue de l'église, un escalier de 5 marches permet d'accéder à la petite cour pour réunir les élèves avant la classe et les garder en récréation. L'école et ses annexes sont entourées d'un muret surmonté par un grillage.

À droite de la cour, dans un petit bâtiment perpendiculaire à l'école, on été construites des latrines, un élément de confort marquant pour les enfants ruraux du début du siècle et encore inconnu à cette époque dans le hameau. Comme le souhaitent les instructions de l'époque, les latrines sont en vue de l'estrade du maître et divisées en deux cabinets distincts dans cette école réunissant les deux sexes.

L'école est alignée NNO-SSE, elle mesure environ 12,50 m sur 7,80 m soit une surface au sol voisine de 100 m2.

La porte de l'école est surmontée d'un fronton qui porte la date de 1915. Cette porte donne accès à un couloir central. De part et d'autre de ce couloir se situent les deux salles de cours.

Chaque classe est de forme rectangulaire. Si les conditions requises à l'époque ont été respectées - la surface devait être calculée à raison de 1,25 m2 par élève - chacune peut recevoir une trentaine d'élèves. Cependant, compte tenu de la faible population de la Montagne et des hameaux environnants, le nombre d'écoliers ne sera jamais aussi élevé (3). Aussi une seule salle, celle de droite, sera réellement affectée à l'enseignement. La seconde salle servira de débarras, de lieu de stockage du bois nécessaire au poêle qui trône au milieu de la salle de cours, et de salle de récréation lorsque les conditions climatiques seront trop sévères. D'ailleurs, il n'y aura jamais qu'un seul enseignant nommé à La Montagne. Ces deux salles sont planchéiées, bien éclairées par deux fenêtres, accessibles aux rayons du soleil, dont la disposition permet de renouveler l'air facilement.

Au premier étage se trouvent deux logements comportant chacun deux pièces - une cuisine et une chambre - bien que les règlements de l'époque aient stipulé que l'habitation de l'instituteur et de sa famille devaient être composée de telle sorte qu'il puisse disposer de trois pièces au moins, y compris une cuisine.

 


  1. Ces informations sont extraites des Rapports et délibérations du Conseil général des Hautes-Alpes à voir sur le site de la BNF : http://gallica.bnf.fr/
  2. Soit un total d'environ 31 650 €.
  3. On ne connaît pas le nombre d'enfants inscrits à l'école de La Montagne lors de son ouverture. Mais selon le recensement de 1906, il n'y avait dans le hameau et les fermes environnantes qu'une vingtaine d'enfants en âge de fréquenter l'école. Ce nombre n'a pu que diminuer au fil des années.