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Après quelques péripéties, notamment un arrêt de la construction du à la mobilisation des maçons lors de la première guerre mondiale, l'école de La Montagne ouvre ses portes aux écoliers, le 1er mai 1916, bien que son son fronton porte la date de 1915.

Cette école vient s'ajouter à celles qui existent déjà dans les hameaux : au Vilard, ou à Rabioux depuis 1899.

Dès 1845, le sous préfet CHAIX signale qu'une majorité de communes alpines possède une école (1):

Dans toutes les communes rurales on avait depuis un temps immémoré le bon esprit … de choisir un maître d'école pour le semestre d'hiver et de lui assurer un tout petit traitement, en sus de la rétribution des élèves.

et il comptabilise :

Quant à l'instruction primaire du département on compta en 1842, sur 189 communes, 231 écoles communales, savoir 212 de garçons et 19 de filles ... écoles fréquentées par environ 10,000 enfants des deux sexes, mais à peu près que pendant 5 à 6 mois de l'année.

On voit que les cours n'avaient lieu que l'hiver. Il faut noter que jusqu'au XXème siècle la fréquentation de l'école était souvent tributaire des travaux des champs. On voit encore que le nombre d'école de filles était faible et que leur instruction n'était pas la préoccupation première ni de l'état ni de leurs parents. C'était la règle générale puisque, selon le relevé général de la statistique de 1832, sur un total de 38149 communes, dans près de 28000 communes les filles n'avaient pas encore accès à l'instruction. Il est vrai que 11439 étaient totalement dépourvues d'écoles communales (2).

Ce n'est qu'avec la loi du 28 Juin 1833, votée à l'instigation de François GUIZOT, que sont définis les premières règles organisant l'enseignement primaire et que les communes se voient obligées d'avoir une école (2) :

Article 9: Toute commune est tenue, soit par elle-même, soit en se réunissant à une ou plusieurs communes voisines, d'entretenir au moins une école primaire élémentaire.
Article 12: II sera fourni à tout instituteur communal:
- Un local convenablement disposé, tant pour lui servir d'habitation, que pour recevoir les élèves
- Un traitement fixe, qui ne pourra être moindre de 200 francs pour une école primaire élémentaire ...
Article 14: En sus du traitement fixe, l'instituteur communal recevra une rétribution mensuelle, dont le taux sera réglé par le conseil municipal, et qui sera perçue dans la même forme et selon les mêmes règles que les contributions publiques directes.
Article 17: Il y aura près de chaque école communale, un comité local de surveillance composé du maire ou adjoint, président, du curé ou pasteur, et d'un ou plusieurs habitants notables désignés par le comité d'arrondissement.

Et selon une loi votée la même année, les matières principales enseignées aux filles doivent être les mêmes que celles qui s'adressent aux garçons, à savoir (3):

l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, les éléments de la langue française, le calcul et le système légal des poids et mesures, l'histoire et la géographie et pour les écoles de filles, les travaux à l'aiguille.

En 1884, le niveau d'instruction a encore fait des progrés grace aux 609 écoles, scolarisant 27152 élèves, qui existent dans les Hautes Alpes . Les statistiques de l'armée signalent que sur 1132 recrues seules 73 (7%) d'entre elles ne savent ni lire ni écrire ; mais on ne comptabilise que 5 bacheliers sur ce nombre (4).

On sait que de tout temps les instituteurs du Briançonnais ont été renommés et qu'ils se louent à l'année dans les foires. Ils descendent même instruire les provençaux comme le remarque le "citoyen préfet" BONNAIRE en 1800 (5):

Pour trouver quelques désirs d'apprendre, il faut et même une certaine instruction réelle, il faut remonter dans le Briançonnais … C'est là qu'on sent le prix de l'instruction et que tous sans exception y consacrent leur jeunesse … et, à l'approche de la rigoureuse saison, ils vont peupler d'instituteurs l'ancienne Provence …

Cependant, le métier d'instituteur ne nourrit pas son homme. Les instituteurs vivent chichement et sont souvent obligés d'exercer un autre métier (6):

Pour vivre pauvrement, beaucoup d'entre eux devaient en même temps exercer d'autres métiers. Ils étaient cordonniers, tailleurs, maçons et leurs salles de classes, à certaines heures, se transformaient en échoppes".

Cette situation se poursuivra jusqu'à la fin du 19ème siècle (7):

Il (l'instituteur) reçoit à peine de quoi vivre. Un instituteur adjoint est condamné à mourir de faim s'il n'a pas quelques ressources en dehors de sa profession...
C'est ainsi que nous le voyons tantôt secrétaire de mairie, tantôt chantre de la paroisse. Là il est l'homme-lige du maire, ici l'homme-lige du curé.

La première chose a dire est qu'il y a eu vraiment beaucoup d'instituteurs et d'institutrices à la Montagne. Rares sont ceux qui ont choisi d'y rester longtemps. Quelques uns ne restèrent que quelques mois !

Un certain nombre d'institutrices se marièrent à Montmaur et y résident encore. Ainsi Mademoiselle Lucette MICHEL que ses élèves virent un jour arriver depuis la plaine de la Roche des Arnauds, avec son père et un cheval noir. Devenue Madame ACHARD, elle réside aujourd'hui au quartier de la gare de Montmaur. Ou bien encore Mademoiselle BROCHIER devenue Madame MILLET.

Madame ROSANVALLON, la femme du tailleur de Veynes, venait le matin dans une automobile conduite par son mari et repartait le soir chez elle en vélo.

Madame GILBERT, Monsieur CORNAND tous deux de Veynes, Monsieur ALLARD, de Remollon, dont le père était chef de gare à Montmaur, ainsi que Monsieur BOUTEILLE, originaire de la Faurie, ont enseigné dans cette école.

Si certains instituteurs n'ont fait qu'un bref séjour à la Montagne, il y en eût un qui séjourna plus longtemps à l'école au début du XXème siècle. C'est Monsieur MICHEL qui habitait sur place avec sa femme. Ils donnaient aussi des cours du soir aux enfants et aux adultes occupés aux travaux des champs dans la journée.

En 1931, une douzaine d'écoliers, venus de la Montagne mais aussi de Jacquaille et Claret fréquentaient l'école.

Joseph Mescle rappellait en 1965 qu'après la première guerre mondiale, ses petits camarades de classe étaient au nombre de treize. Compte tenu de la population de la Montagne et des hameaux environnants, il semble que le nombre d'écoliers ne fut jamais guère plus élevé (8).

La photo ci contre, prise sur le perron de l'école, montre quatre écoliers de 1949 : Abel Roux qui passait cette année là son certificat d'études et Yvonne, Marie Claire et Mireille Robert.

En 1950, l'école fermait une première fois. Les quelques écoliers restant durent se rendre (à pied) à l'école de Montmaur ou loger au village chez un parent.

Quatre ans plus tard, le besoin s'étant fait sentir, l'école ouvrait à nouveau. Les enfants de Claret, Alain et Danielle Arnaud, ceux de la Montagne, Michel et Françoise Mescle ainsi que Geneviève Paul, la jeune soeur de l'institutrice Marie Thérèse Roux qui habitait avec elle à l'école, étaient scolarisés à l'école de la Montagne.

D'autres enfants naquirent encore et puis en 1965, Marie Thérèse Roux fermait définitivement l'école (voir l'article du Dauphiné Libéré qui relate cette fermeture).

Quelques années encore et l'école était vendue ...

 


  1. Bernard CHAIX, "Préoccupations statistiques, géographiques, pittoresques et synoptiques du département des Hautes-Alpes", F. Allier Ed., Grenoble, 1845.
  2. "Code de l'instruction primaire", P. Dupont Ed., Paris, 1834.
  3. Maurice BLOCK, "Dictionnaire de l'administration française", tome 2, Berger-Levrault Ed., Paris, 1877.
  4. Paul JOANNE, "Dictionnaire géographique et administratif de la France", tome 1, Hachette Ed., Paris, 1890.
  5. Félix BONNAIRE, "Mémoire au Ministre de l'Intérieur sur la statistique du département des Hautes -Alpes", Imprimerie des Sourds-muets, Paris, 1800.
  6. Alfred DUMERIL, "Des voeux des cahiers de 1789 relatifs à l'instruction publique", DOULADOURE Ed., Toulouse, 1880.
  7. Ernest HAMEL, "Lettre sur l'instruction primaire et les instituteurs", Publications populaires de l'Union Républicaine du département de la Somme, N°7, Amiens, 1872.
  8. Selon le dénombrement de la population effectué en 1921, la commune de Montmaur comptait alors 505 habitants dont 239 répartis dans les différents hameaux. Ministère de l'Intérieur, "Dénombrement de la population - 1921", Imprimerie Nationale, Paris, 1922.