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Joseph Roman a réalisé l'inventaire et l'analyse des documents du moyen âge relatifs au Haut Dauphiné depuis l'an 561 jusqu'en 1500. Il signale deux actes de vente, concernant la Frédière, conservés aux Archives des Hautes Alpes (1).

Le premier, en date du 18 février 1247 à Gap, concerne la vente par Milon Raibaud de ses terres de la Frédière au couvent des chartreusines du hameau de Berthaud :

Vente par Raibaud Milon, de Rambaud, approuvée par Robert, évêque de Gap, à Berthaud, Durand Clari étant procureur, de ses biens à la Frédière, à Montmaur, moyennant 20 livres viennoises. Témoins : Hugues de la Garde, chanoine d'Oulx, Giraud et Lantelme de Saint-Marcel, Guigues de Pellafol.

Le second, signé le 22 avril 1288 à Guinaise dans l'église, concerne encore le couvent et Rambaud Milon :

Autorisation par Hugues, prieur de Guinaise, à Berthaud, d'acheter, pour 40 livres viennoises à Rambaud Milon, le territoire de la Frédière, à Montmaur, sur lequel son prieuré avait une cense de 2 sous ; prix, 10 livres viennoises. Témoin : Robert de l'Escharène.

Ainsi les deux actes ont été signés à 41 ans d'intervalle par le père et le fils (ou le petit fils) Milon. Cette famille paraît être une famille du Dévoluy. En effet, Roman cite deux Milon seigneurs particuliers de la Cluse au XIIIème siècle : Arnaud (1212) et Guigues (1248) (1).

Le couvent ayant été brûlé entièrement en 1448, et compte tenu des litiges entre le couvent et les barons de Montmaur, il semble que la terre de la Frédière soit redevenue la propriété de ces derniers puisque Jean II Flotte, comte de la Roche-des-Arnauds, baron de Montmaur, pourra en disposer.

flotte.gif (5545 bytes)Jean II Flotte, né en 1531, est le descendant d'une importante famille noble du Dauphiné. Il est seigneur de la Roche des Arnauds,  une des rares seigneuries demeurées dans la même famille depuis le moyen âge le plus reculé jusqu'en 1789. Il porte le surnom de "capitaine Aurouse", surnom gagné sur les champs de bataille contre les catholiques. Chef des protestants du Gapençais en 1566, il s'empare de Gap par surprise  (1567), lève un régiment, rejoint l'armée des princes et meurt, comme un grand nombre de seigneurs de l'époque, le 3 octobre 1569, à Montcontour.

De par sa naissance, il est coseigneur de Montmaur. L'autre moitié de cette seigneurie lui sera apporté en dot lors de son mariage avec Antoinette Artaud de Montauban avec qui il aura 6 enfants :

  • Balthazar Flotte de Montauban, né en 1554, érigé baron de Montmaur en 1569 et comte de la Roche en 1592, gouverneur de Gap. Il embrassa la parti des armes, fut guidon du grand-prieur (1577), capitaine d'une compagnie (1581), colonel et gouverneur de Romans  (1587). Il voulut livrer cette ville au duc de Savoie et en fut chassé le 23 octobre 1597. Il se retira à la cour du duc. Fort de ses appuis, Balthazar Flotte revint en France en 1603 ; Henri IV lui pardonna et le nomma son écuyer ; il retourna de nouveau en Savoie en 1610 ; n'ayant pas bien été accueilli, il revint en France en 1613 ; puis voulant rentrer en grâce auprès du duc, il fit assassiner, près de Tarare, un prêtre italien qui portait à la régente des papiers compromettant le duc de Savoie. Il fut arrêté, convaincu de ce crime et eut la tête tranchée à Paris, en place de Grève, le 6 août 1614. Outre ce crime, il avait commis celui de bigamie, ayant épousé Marthe de Clermont d'Amboise du vivant de sa première femme, Isabeau des Astars de Loudun (1).
  • Jeanne Flotte de Montauban,
  • Françoise de Montauban qui se mariera avec Aymar de Bisieu, gouverneur de Lyon
  • Jean-Georges Flotte de Montauban, commandeur de Saint Jean de Jérusalem,
  • Jacques Flotte de Montauban, chanoine de Gap et
  • Claude Flotte de Montauban.

De Jeanne Disdier, Jean II aura un fils illégitime, Jean né en 1552, légitimé en 1602, qui héritera de la petite terre de la Frédière et portera le titre de seigneur de la Frédière et de Thivoley (26). Contemporain de Lesdiguieres, il sera capitaine, maréchal de camp et commandera deux régiments. Marié à Françoise de Barret de Moras, il aura trois fils : Balthazar, Annibal et Jean Antoine, avant de décéder vers 1615.

Une révision des nouveaux et nombreux anoblissements qui avaient été concédés par Henri III et Henri IV avec une prodigalité inouïe à l'occasion de services plus ou moins réels rendus pendant les guerres religieuses ayant été demandée, cette révision fut exécutée d'une manière illusoire et presque tous les anoblis furent maintenus dans leur privilèges. Cette révision concernait aussi Jean Flotte, Seigneur de Freydière et Châteauvieux, et Lesdiguieres, à qui il devait son anoblissement, s'en défend dans la lettre suivante, datée du 29 juin 1602 (2) :

A MONSEIGNEUR, MONSEIGNEUR LE CHANCELLIER.

Monseigneur, les services que le sieur de Frediere a fidellement rendus des sa jeunesse au Roy et à ses predecesseurs, paroissent par escript aux commissions des charges honorables qu'il a eues parmy les armées de leurs Majestés, ils sont tesmoignés par des personnes de qualité et dignes de foy et se font cognoistre par quatre harquebuzades en sa personne pour, marque de sa valleur et de son affectionnée fidelité. Sa vertu luy a adjugé sans contredit le tiltre de noblesse lequel encores il possede par son extraction, suyvant la forme d'user de ce pays, comme fils naturel de feu Monsieur de la Roche, baron de Montmaur. Il est très digne regetton de ceste souche et ne s'en est jamais rendu indigne, encores que la branche droite et legitime, qui est le comte de la Roche, aye prevariqué par la revolte. Mays cestuy cy, demeure en sa fermeté, sans variation, se voyant exclus de ce qu'il tient de plus cher par l'arrest dernièrement donné pour ce Daulphiné, a recours au Roy pour obtenir déclaration de Sa Majesté en l'affermissement de sesprivileges. J'implore pour cest effect vostre bonne justice en sa faveur et je vous supplie très humblement de ne la luy desnier soubz l'asseurance que je vous donne avec verité de son merite & de ses services, lesquels il continuera jusques à la fin de sa vye, et saichant que c'est son intention aussy bien que son devoir et que vous aymez ceulx qui ne se lassent point de bien faire, je ne vous en ferait point de plus estroitte recommandation et vous diray seullement que je suis tousiours, Monseigneur,

Votre très humble et très obeissant serviteur.

LESDIGUIERES

A Grenoble, XXIX juin 1602.

Selon Roman, à la mort de Jean Flotte de la Frédière, son fils Balthazar pourrait avoir revendu la Frédière aux barons de Montmaur (1).

Ce Balthazar Flotte eut trois enfants d'un mariage avec Claudie de Chastelard  :

Tous deux portent le nom de Flotte de la Frédière ce qui permet de supposer que la famille n'avait pas vendu cette terre contrairement à ce que laisse supposer Roman.

Lorsque le curé de Montmaur Jacques Reynaud en 1637 réalise le premier cadastre de la commune, il note que deux propriétaires de la Frédière, Louis Grand et Jean Guillaume, émergent un peu du lot car ils cultivent environ 10 hectares chacun.

Lors de la perception de la taille seigneuriale, le 30 novembre 1694, le hameau de La Frédière comptait pour 7 feux.

Jusqu'au début du siècle dernier, il y avait deux familles Roux à la Frédière sans aucun lien de parenté : La famille de Jean Roux avec toujours le même prénom Jean qui revient de génération en génération et la famille de François Roux qui s'installa par la suite aux Philippons.

Parmi ces deux familles, on connaît (4) :

Jean Roux, né vers 1755, cultivateur, marié avec Anne Vernet. Ils eurent une fille Agathe, née aux Sauvas le 24 Septembre 1798, et morte à la Frédière après 1843. Celle-ci épousa le 3 Février 1814 Jean Etienne Arnaud (1787 - 29 Juin 1833) de Claret.

Pierre Roux, baptisé à La Montagne le 5 Juin 1764, marié le 13 Avril 1796 avec Agathe Métailler, née aux Turins en Juin 1779.

Jean Roux, né en 1790, soldat du 3ème Régiment du Génie, qui reçut en 1858 la médaille de Sainte Hélène La médaille de Sainte Hélène. Cliquez...pour sa participation aux guerres napoléoniennes de 1809 à 1815. Il faisait partie des plus de 300 000 hommes de France et de l'étranger pour lesquels les maires avaient demandé cette médaille (5).

Cette décoration avait été instituée par le décret impérial du 12 août 1857 pour "tous les militaires, français et étrangers, des armées de terre et de mer qui ont combattu dans nos rangs de 1792 à 1815", et portait d'un côté l'effigie de l'Empereur et, de l'autre, pour légende : "Campagnes de 1792 à 1815 - à ses compagnons de gloire, sa dernière pensée, 5 mai 1821".

La remise des médailles ayant eu lieu pour la première fois en 1858, et s'étant poursuivie sur 12 ans, Jean Roux était donc âgé de 68 ans au moins et de 80 ans au plus lorsqu'il fut décoré.

et enfin Léon Roux, né 23 juin 1888, sergent au 157ème Régiment d'Infanterie, tué au combat au nord de Flirey (Meurthe et Moselle) le 15 juin 1915 (6). Depuis le début de la guerre, il avait pris part avec son régiment aux opérations d'Alsace au mois d'août 1914, puis à la bataille des Flandres en Belgique  (Boezingue , Nieuport) et au début de l'année 1915 à la bataille de la Woëvre (Bois de Mort-Mare). Il repose à la Nécropole Nationale "Noviant-aux-Prés" (tombe individuelle n°128) (7).  

D'autres familles ont habité la Frédière :

Pierre Robin, (1770 - 1824) né et décédé à La Freidière. Marié le 25 Novembre 1811 à Marianne Vollaire, née en 1793, à Vitrolles (05184) et qui mourut en 1841 à l'âge de 48 ans, ils eurent trois enfants : Aimé, né en 1813 à Montmaur, Pierre, né en 1816 à La Freidière et Apolonie, née en 1819 à Montmaur. Aimé se maria avec Rose Bourges, née à Veynes en 1811. Ils eurent un fils Aimé Justin, né en 1845 à La Freidière.

Émile Robin (1878-1967) qui, de son épouse Mathilde née Aubin  (1885-1980), eut trois filles dont l'une, Marthe (1908-1988), repris la succession de ses parents à la ferme avec son mari Henri Amouriq (1901-1980).

Un autre Justin Robin mourut à la guerre en 1918 (6).

Barthélemy Moyne (1690 - 1740), né et décédé à la Frédière. Il se maria 3 fois :

  • le 14 Octobre 1709 avec Françoise Métailler (1672-1712)
  • le 16 Janvier 1716 avec Françoise Roux (1686, la Montagne -15 Juin 1720, la Frédière)
  • le 22 Juillet 1720 avec Françoise Lesbros (1698, la Frédière -1759, la Frédière)  (En fait la famille Lesbros habitait la ferme des Philippons).

Étudiant le cartulaire de Durbon, Roman signalait qu'au XIIème siècle les seconds et troisièmes mariages étaient courants (8) :

Un autre fait qu'il est bon de constater, c'est la multiplicité des secondes et des troisièmes noces.

Il s'agit donc là d'un phénomène qui a perduré au cours des temps. Ce qui n'a rien d'exceptionnel si l'on imagine la vie des femmes de ces campagnes et les risques encourus lors de l'accouchement par exemple.

Selon certains ces communautés ne connaissaient ni médecin, ni accoucheuse. Les seuls secours pouvaient venir de Veynes ou de Gap par des chemins souvent dangereux. Seul le village de Chaudun possédait une accoucheuse. Mais rares étaient les femmes qui avaient la chance de pouvoir y recourir (9).

Cependant, en 1771, l'état civil de Montmaur signale la présence, dans le village ou ses environs, d'un chirurgien. Le nommé Honoré Gérard s'est rendu coupable d'avoir promis le mariage à Agathe Roux, veuve de Jacques Arnaud, et de lui avoir fait un enfant (10) :  

L'an mil sept cents soixante onse et le sept avril est né dans ce chef lieu Honnoré Agathon Gérard fils naturel et illégitime d'Honnoré Gérard chirurgien et d'Agathe Roux veuve de Jacques Arnaud du lieu de Montmaur Laquelle pour satisfaire aux ordonnances du Roy a declarée pardevant le sieur Toscan chattellain de la baronie le dix septieme jour du mois de fevrier sûr les huit heures du soir susdite année qu'elle etait enceinte des œuvres du sieur Honnoré Gérard chirurgien de ce lieu et qu'elle n'a succombée que sur les promesses que le sieur Gérard luy fit de la prendre en mariage L'enfant a eté baptisé le mesme jour son parrain Jean Guillaume, sa marreine Marguerite (illisible) La parrain a signé le grand père et autres ont signé en foy de ce :

Pouillard Curé, Roux, J. Guillaume , J. Beynets, Roux.

Et pour terminer signalons la famille de Marie Barbesier née Métailler dont la maison fut détruite en 1968 par un incendie.

Aujourd'hui encore, on peut trouver 5 habitations à la Frédière sans qu'il y ait l'eau courante desservie par la commune de Montmaur. C'est un réseau privé qui distribue l'eau dans chaque maison.


  1. Joseph ROMAN, "Tableau Historique du département des Hautes-Alpes", A. Picard Ed., Paris, 1890
  2. Comte DOUGLAS et Joseph ROMAN, "Actes et correspondance du connétable de Lesdiguières", E. Allier Ed., Grenoble, 1878
  3. Site internet : http://cca.qc.ca/adhemar/chrongouvml.stm
  4. Sites internet : http://geneweb.geneanet.org/teddybear1 et http://geneweb.geneanet.org/lombard
  5. Site internet : http://www.stehelene.org
  6. Site internet : Mémorial GenWeb
  7. Sites internet : Sépultures de guerre et Mémoire des Hommes
  8. Joseph ROMAN, "Le Cartulaire de Durbon" dans "Notices et documents publiés pour la Société de l'histoire de France", Lib. Renouard, Paris, 1884.
  9. Claudine FOUQUE, "Histoire de villages disparus... Rabioux", Alpes et Midi, 17 Octobre 2003.
  10. Jean-Paul METAILLER, Communication personnelle.