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Dans les documents du moyen âge relatifs au Haut Dauphiné dépouillés par Joseph Roman plusieurs concernent plus particulièrement Brunsel (1).

L'un des plus anciens documents concerne la donation par Falcon de Veynes le vieux, le 4 avril 1244, d'une condamine à Brunsel qui s'ajoute aux propriétés que les chartreusines de Berthaud possédaient déjà.

Les ruines de Brunsel. Cliquez...Le monastère possédait déjà une grande partie de cette condamine qu'elle avait acheté à Burnon de Montmaur. Falcon y ajoute ses droits sur le Pomaire et deux sétèrées à Costebelle. Conformémént à ses privilèges, la donation est approuvée par l'évêque de Gap, coseigneur de Montmaur pour le hameau de Brunsel et pour la Bâtie-de-Montmaur ; les témoins sont l'archidiacre de Gap, Osacica, Arnaud, son fils, Lumbard de Laye et Gir. Arnulphi.

Après le réglement en 1245 du conflit qui les opposait au monastère de  Durbon et la fixation par l'évêque de Gap des limites des domaines respectifs "au torrent de la Béoux", d'années en années les moniales augmentent leurs possessions sans crainte de litiges. 

Ainsi le 10 septembre 1260, elles achètent à W. Grégoire de Montmaur ses possessions à Brunsel, moyennant 60 sous viennois. A nouveau, la transaction est approuvée par l'évêque de Gap ; le témoin est le chapelain de l'évêque W. de Beaumont.

La vente à la Chartreuse de Durbon, dont Raymond Olivier est alors le prieur, le 1er juin 1276 :

...d'une tasche de 6 deniers qu'ils percevaient sur le champ de Play à Vaux, moyennant 50 sous viennois...

nous apprend le nom des premiers habitants de Brunsel connus, Hugues, Guillaume et Lantelme Boycet (1).

Cependant, au cours du temps, l'évêque de Gap perd petit à petit son pouvoir temporel. Ses sujets gapençais s'étant révolté contre lui, l'évêque Othon, doit se tourner vers le Comte de Provence afin d'obtenir du secours.

Le 19 décembre 1271, à Aix dans l'église Saint-Sauveur, il signe un traité par lequel il fait allégeance au Comte de Provence avec Guillaume de Gonesse, sénéchal de Provence :

Les Gapencais s'étant révoltés, ayant cédé leur consulat au Dauphin et ayant été dépouillés de la terre de Manteyer, l'évêque se déclare vassal du comte de Provence pour les terres de Gap, Chateauvieux, Lettret, Rambaud, Tournefort, la Bâtie neuve et vieille, Montreviol, la Fare, Poligny, le Noyer, le Glaizil, Manteyer, Montmaur, Brunsel et la Bâtie de Montmaur ; il lui fournira six cavaliers pendant trois semaines pour ses chevauchées (2) ; le comte ne pourra rien acquérir dans Gap, ne lèvera aucun impôt nouveau ; l'évêque sera seul seigneur de Gap, le comte lui fera restituer le consulat; il lui donne les fiefs de Reynier et de Sigoyer de Malpoil [Basses-Alpes], et 30 livres de rente.

Humbert II.Dès lors, tous les évêques de Gap feront allégeance au Comte de Provence, même après la vente du Dauphiné à la France par le dauphin Humbert II en 1349. 

Le 27 mars 1296, c'est Geoffroy, le 24 juillet 1329, Dragonet de Montauban, le 14 mai 1353, il s'agit de Gilbert, 28 mai 1406, c'est au tour de Jean et le 24 janvier 1410, au tour d'Alexis.

Les pouvoirs de l'évêque sont peu à peu contestés et grignotés. Le 18 janvier 1305, Rostaing Gauthier et Raymond Dalphin, bailli et juge de Sisteron enquêtent sur les droits de l'évêque et de l'église de Gap, à Gap, Manteyer, Montmaur et Redortier (1).

C'est ainsi que les villes sujettes de l'évêque obtiennent peu à peu des libertés et des franchises qui définissent leurs droits et leurs devoirs envers leur suzerain. La ville de Gap par exemple ménageait à la fois, ou alternativement, la souveraineté des comtes de Provence et celle du Dauphin, pour défendre ses libertés contre tous les deux, et principalement contre l'évêque.

Le 12 mai 1392, l'évêque Jacques Artaud de Montauban (1367-1399) (3) :

... confirma aux habitants de la Batie-Neuve, de la Batie-Vieille, de Poligni, de la Fare et du Glaizil, les libertés et les franchises dont ils avaient joui sous ses prédécesseurs. Les autres terres épiscopales ne sont pas mentionnées dans cet acte ; peut-être que les habitants en étaient soumis au régime du bon plaisir.

Il se peut aussi que les priviléges de l'évêque sur les autres terres ne soient plus que théoriques.

Le 9 mai 1452, après divers litiges entre l'évêque de Gap et le Dauphin et les heurts entre les soldats du Dauphin et les gapençais, ces derniers ayant empêché le passage des troupes envoyées par le Roi de France en Lombardie, le Comte de Provence reconnaît que l'évêque doit obéissance au Dauphin pour Manteyer et Brunsel à Montmaur et transfère au Dauphin l'hommage que lui devait l'évêque de Gap.

Ainsi le 29 Juillet 1479, Gaucher de Forcalquier, évêque de Gap, ne rend plus hommage au Comte de Provence que pour Gap, laLa source de Brunsel. Cliquez... Batie-Neuve et Vieille, Rambaud, le Noyer, Poligny, Lazer, Chateauvieux, Sigoyer-de-Malpoil, Lettret, Reynier, la Fare, le Glaizil et Redotier.

L'évêque de Gap ne possédait, au XVIème siècle, plus aucun droit sur Brunsel.

Lors de la perception de la taille seigneuriale, le 30 novembre 1694, le hameau comptait pour 3 feux.

Les noms et prénoms de plusieurs personnes originaires de Brunsel peuvent être trouvés sur Internet (4). Il s'agit par exemple de :

Jacques ROUX, né à Brunsel et baptisé le 7 janvier 1717. Il décédera à Montmaur et y sera enterré le 2 Mai 1792. Il avait épousé, le 10 Janvier 1736, Suzanne MÉTAILLER, née au Grand Vaux et baptisée le 28 Août 1719. Cette dernière décédera à Brunsel et y sera enterrée le 13 Août 1742.

Ce qui laisse penser que Brunsel possédait son propre cimetière.

Mais Brunsel est surtout connu comme le berceau de la famille MESCLE. C'est ainsi qu'au XVIIIème siècle on trouve :

    Pierre MESCLE, (baptisé le 24 Janvier 1700 à Brunsel, enterré le 13 Mars 1782, à Brunsel), qui se maria le 5 Novembre 1731 à Montmaur avec Madeleine ARNAUD, (baptisée le 17 Septembre 1706 à Montmaur, morte et enterrée le 24 Mars 1775 à La Montagne). De cette union naquit un fils, Joseph, baptisé à Montmaur le 13 Juillet 1747.

    Marie MESCLE qui épousa en deuxième noces Jean ARNAUD, et mourut vers 1814 en Claret.

Cependant, le premier MESCLE dont on trouve la trace dans les archives des Hautes Alpes habitait Pellafol : le 28 juin 1243, il vendit à la Chartreuse de Berthaud ses pâturages de la Cluse et du Dévoluy, moyennant 4 sous.

Enfin, il semble que les habitants aient quitté le hameau de Brunsel vers 1935.

Les ruines de Jacaye. Cliquez...Le hameau de Brunsel ne peut pas être dissocié de Jacaye, un autre hameau qui se trouve quelques 120 mètres plus bas.

Le 17 Avril 1694, Marthe MÉTAILLER, épouse de Jean ROUX était inhumée à Jacaye (5).

Jacaye est le berceau de la famille LIOTARD. Leur maison s'étant révélée trop petite, cette nombreuse famille quitta ce hameau un beau jour ("c'était un 15 août", se souvient Louis GUÉRIN sans pouvoir préciser l'année – sûrement dans les années 1920) pour aller s'établir quelque part en Isère.

Un de leurs ancêtres, Martin LIOTARD, né en 1790, était soldat au 4ème Hussards en 1813 et à ce titre fut décoré de la croix de Sainte Héléne.

Louis Guérin. Cliquez...Dans la fratrie des LIOTARD ont trouve Émile, Jean, Stéphanie dite Fanny, Léonie, Lucie et aussi Delphine. Celle ci en première noce épousa Louis-Paul GUÉRIN venu comme fermier à Brunsel. Leur fils, Louis, né le 3 avril 1915, n'avait que 6 mois lorsque Louis-Paul, soldat du 158ème Régiment d'Infanterie, fut tué au combat devant Angres (Pas de Calais), le 12 octobre 1915 (6).

Louis Guérin, décédé en 2005, était le dernier représentant des montmaurins nés à Brunsel.


  1. J. ROMAN, "Tableau Historique du département des Hautes-Alpes", deuxième partie, A. Picard Ed., Paris, 1890
  2. Le service de chevauchée permet au seigneur de lever une armée féodale qui pourra assurer quelques coups de main. Il dure environ une semaine. Les vassaux n'ont pas à effectuer plus de vingt-quatre heures de marche ce qui limite le service géographiquement. Il peut être demandé, en revanche, autant de fois que le seigneur le désire. La guerre n'est pas faite de grandes expéditions mais d'escarmouches. On harcelle l'adversaire plus qu'on ne l'affronte vraiment. Les morts, sur les champs de bataille sont peu nombreux.
  3. Théodore GAUTIER, "Précis de l'histoire de Gap", Alfred Allier Ed., Gap, 1844
  4. Sites Internet : http://geneweb.geneanet.org/teddybear1 et http://geneweb.geneanet.org/lombard
  5. Jean-Paul METAILLER, communication personnelle
  6. Site Internet : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/