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Une colonie de moines de la Grande-Chartreuse, conduite par le prieur Lazare, fonda la Chartreuse de Durbon, le 28 octobre 1116. Aussitôt au travail, ils construisirent une église, des bâtiments et se lancèrent dans l'agriculture et l'élevage. Comme le montre le Cartulaire de Durbon (1), il n'eurent de cesse d'obtenir le libre passage pour leurs troupeaux de moutons qui venaient pâturer sur les flancs d'Aurouse et d'augmenter leur domaine. Ils acquirent peu à peu de vastes possessions, consistant principalement en forêts, en pâturages de montagnes et en droits de parcours pour leurs troupeaux dans les mandements du Bauchaine, du Dévoluy, de Montmaur, et dans plusieurs paroisses de l'évêché de Die ; ils obtinrent de la plupart des grands seigneurs dont les domaines les avoisinaient, de nombreux privilèges, dont le plus précieux était l'exemption de toute redevance pour le passage, le séjour et le pâturage de leurs troupeaux : privilège d'autant plus important qu'en leur qualité de moines pasteurs, les Chartreux de Durbon possédaient d'immenses troupeaux de moutons, séjournant en hiver dans les vastes pâturages des bords du Rhône et revenant en été dans les montagnes des Alpes. Du fait de leur prospérité, ils étaient à même d'acheter une à une, comme en témoigne le Cartulaire de Durbon, les terres qu'ils souhaitaient, mais encore ils purent augmenter leurs domaines grâce aux dons faits par les seigneurs des alentours (2) :
Ce n'était pas le seul ordre monastique installé dans la région : le 29 septembre 1188, par une donation d'Alays Flotte, femme du seigneur de la Roche-des-Arnauds, les Chartreusines obtenaient le vaste domaine de Berthaud, situé au pied d'Aurouse :
Elles aussi recevaient des dons quelquefois minimes mais quelquefois substantiels comme le legs qu'elles obtinrent en 1420 par testament de Béatrix, veuve de Clément TORNATORIS, de Ventavon. Cette dernière après avoir pris des dispositions pour ses obsèques - pour les huit prêtres chargés d'y assister, pour le clerc porte croix, pour "celui qui jouera des cymbales et de la trompette", pour la neuvaine célébrée après sa mort, pour le luminaire (les cierges et la lampe ardente) de l'église de Saint Laurent de Ventavon - fit don de la literie à l'hôpital de cette paroisse et du reste de ses biens à la chartreuse de Berthaud. Faisant fructifier leurs possessions, les moniales furent bientôt propriétaires d'une partie des terres voisines de Berthaud par donation ou par achat, comme par exemple le 21 septembre 1250 :
C'est ainsi qu'au cours du temps, elles devinrent propriétaires des terres des Sauvas. Tout comme les chartreux, elles possédaient des troupeaux de moutons pâturant sur les montagnes voisines du monastère. De sorte que le 27 juin 1222, les chartreux et les chartreusines passèrent un accord touchant les pâturages de Montmaur, la Cluse et le Dévoluy stipulant que désormais, ils seraient communs (3) :
Ce qui n'empêche pas les deux monastères de se quereller comme en témoigne le jugement rendu par l'évêque de Gap le 12 avril 1245 qui fixe les limites des deux monastères (1) :
On peut remarquer qu'à la même époque, dans les écrits de Durbon comme dans ceux de Berthaud, le couvent de Berthaut est désigné sous le nom de Santa Maria de Aurossa (1) ; ce qui témoigne peut-être de la volonté des chartreusines de se recentrer autour d'Aurouse ou bien encore de l'obligation qui leur est faite de se cantonner dans ces lieux. Déforestation - Reforestation Parlant du Dévoluy au début du XXème siècle, RECLUS écrit (4) :
Les causes de la disparition de ce pays idyllique ont pour nom surpâturage et surexploitation. Il semble qu'au cours des siècles la montagne soit devenue surexploitée à un point tel que, dès 1789, les cahiers de doléances de Montmaur (5), signalent les torrents :
En 1800, le problème reste entier et le préfet de la République, Félix BONNAIRE, peut écrire dans un mémoire adressé au Ministre de l'Intérieur (6) :
Car dit-il :
Les montagnes ont été l'objet d'une désertification, d'une déforestation telle que les habitants n'ont même pas de bois pour se chauffer l'hiver :
et qu'ils sont contraints de passer l'hiver dans les écuries au milieu de leurs bêtes :
Selon le préfet, la seule forêt qui persiste dans toutes les Hautes - Alpes est la forêt de Durbon :
On peut noter que cette forêt vient d'être nationalisée par la République. Cette déforestation n'est pas le fait de l'ignorance car on connaît depuis très longtemps le rôle des forêts dans la protection des sols et des avalanches. En 1426, par exemple, les habitants de Château Queyras s'opposent à l'acquisition et à l'exploitation d'une forêt en rappelant que le dauphin Humbert II avait défendu d'exploiter les bois dominant les routes du Briançonnais à cause des avalanches. Les causes de la déforestation sont multiples. Barthélemy CHAIX, qui fut sous préfet au début du XIXème siècle, en fait l'historique en remontant jusqu'au premiers habitants des contrées alpines, il les discute une à une et n'oublie pas de donner un coup de griffe aux employés de l'ONF de l'époque (7) :
La surexploitation, cause d'une profonde modification du paysage et responsable de la misère des paysans, serait même à l'origine du nom du de la région (8) :
Il faudra les lois et décrets promulgués dans les années suivantes pour amorcer le reboisement, la conservation et la restauration des terrains de montagne et l'assagissement des torrents (9) :
Cependant, il fallut attendre 1895, pour que commence la "grande reforestation" Le Maquis Un jour, un avion transportant des munitions à l'attention des maquisards dirigés par le Commandant MAUDHUIT, au lieu de lâcher sa cargaison en Dévoluy, le fit sur le plateau de Bure. Tout explosa en plein jour sous les yeux des enfants de l'école de Montmaur en promenade aux Sauvas. L'instituteur leur fit croire qu'il s'agissait d'un orage. Les enfants ne répliquèrent rien bien qu'il fasse grand beau temps ce jour-là... Malgré son vacarme, l'affaire ne fut jamais ébruitée (si tant est qu'elle pouvait l'être davantage !) et resta ignorée des Allemands (10). La mort de Jean Couzy Jean COUZY, pilote d'essai officier de l'armée de l'air qui avait déjà à son actif de nombreuses et célèbres courses d'alpinisme à travers le monde entier, après une nuit passée aux Sauvas, se lança, le 2 novembre 1958, à l'assaut de la face sud de la crête des Bergers en compagnie de son ami PUISEUX. Gaston ALLEAUME, le garde forestier, tenta en vain de les en dissuader, d'autant que les parois étaient déjà bien enneigées.
De nombreux alpinistes de renom assistèrent aux funérailles dans le petit cimetière de Montmaur : LACHENAL, HERZOG, TERRAZ, REBUFFAT, DEMAISON, etc... (10). Sur sa tombe, on peut lire cette épitaphe : " Jean Couzy, 1923-1958. Alpiniste d'exception qui a ouvert ou répété, de l'Olan au Makalu, les plus beaux itinéraires du monde." Une grande première : la dent d'Aurouse En décembre 1966, le guide René DEMAISON, en compagnie de Lucien CARCASSES, préfet honoraire, et du guide pyrénéen Robert FLEMATTI, réussit la "première" de la dent d'Aurouse, dont l'ascension est rendue particulièrement difficile et dangereuse par une violente tempête de neige et la glace recouvrant la roche. La voie ouverte a été classée E.D. (extrêmement difficile). L'observatoire du Pic de Bure En 1979 est fondé l'observatoire du plateau de Bure par deux organismes de recherche, le CNRS et l'institut allemand Max Planck GESELLSCHAFT. Il est exploité par l'Institut de radioastronomie millimétrique (IRAM), une société indépendante dont le siège est à Grenoble. Plus de cent personnes y travaillent en permanence. L'IRAM emploie 25 scientifiques, 75 ingénieurs et 15 personnels administratifs. L'observatoire possède cinq télescopes de 15 mètres de diamètre, les
interféromètres. En hiver, ces télescopes permettent des observations exceptionnelles
en raison de très faibles précipitations, ce qui fait La voie Demaison En 1994, René DEMAISON, accompagné de Jean-Marc BOIS et du préfet Lucien CARCASSES, réussit une nouvelle première : le pic de La Cluse (2 682 m), dans le massif d'Aurouse, dont la paroi verticale, haute de 450 mètres, nécessite douze heures d'ascension, de jour et, à l'aide de lampes frontales, de nuit. Cette voie d'escalade est désormais connue sous le nom de voie Demaison. L'accident du téléphérique et de l'hélicotère Le 1er juillet 1999, la cabine du téléphérique desservant
l'observatoire s'écrasait dans la vallée de la station de ski de St-Etienne-en-Dévoluy,
entraînant dans la mort après une chute de 80 mètres les vingt passagers qu'elle
conduisait au sommet. Les victimes étaient des employés de l'observatoire, des employés
d'une société de BTP, d'une entreprise de nettoyage, ainsi que A la fin de la même année, le 15 décembre, cinq personnes qui se trouvaient à bord d'un hélicoptère privé ravitaillant l'Institut de radioastronomie millimétrique du Pic de Bure (Hautes-Alpes) trouvaient la mort dans l'accident de leur appareil. Le 15 juin 2000, le 4ème régiment de chasseurs, aux ordres du colonel DE LANGLOIS, érigeait au sommet du pic de Bure une croix monumentale portant la plaque : "aux morts du massif d'Aurouse".
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